‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 39 sur 102 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

distingués de la ville; elle lisait beaucoup, des livres sérieux pour uue femme. Elle s'intéressait aux monuments, aux souvenirs^ à l'histoire de ce grand pays. Elle m'offrit quelquefois une place dans sa voiture, aux heures de la promenade, et nous allions à Pausilippe, à Bahia, à Portici, à Pompéi. Cela créa entre nous une certaine intimité. J'éprouvais le besoin de parler de vous à quelqu'un. Elle était femme, elle pouvait me comprendre. Je lui racontai notre histoire, sans vous nommer, bien entendu, a Âhl me dit-elle avec une certaine émotion, c'est de mademoiselle Mauriceau, c'est de la duchesse de Septmonts que vous êtes épris? C'est chez moi que le duc a rencontré son père, qui m'avait raconté ce premier amour sans plus me nommer l'homme que vous ne m'avez nommé la femme; mais c'est vous, je vous devine. C'est curieux 1 Je suis désolée d'avoir contribué à un mariage qui est un si grand chagrin pour vous et pour elle, i» La promenade s'acheva sans qu'elle revînt sur ce sujet. Le lendemain, quand je me présentai pour la revoir, elle était partie.

Vous ne l'avez plus revue?

GÉRARD

Si, à l'Opéra, il y a sept ou huit mois. J'avais voulu entendre Guillaume Tell, que je n'avais pas entendu depuis le jour où nous l'avions entendu ensemble, dans la loge de votre père. J'espérais vaguement vous y revoir, et peut-être me montrer à vous. Vous n'y étiez pas.

CATHERINE

Qu'est-ce que je pouvais faire ce soir-là? Elle y était, elle?

GÉRARD

Oui. Deux hommes très-distingués, dont l'un célèbre même, occupaient tour à tour le devant et le fond de sa loge. Dès qu'on baissait le rideau, un grand nombre de visiteurs. J'étais son Obligé; je me présentai pendant un entr'acte. a Je vous avais vu, me dit-elle, bien que vous fussiez au fond d'une baignoire et tout seul; mais j'ai des yeux excellents. » En

parlant ainsi, elle me regardait d'une façon étrange. II y avait comme de la colère dans son regard. Elle ne me tendit pas la main, et, à la permission que je lui demandai d'aller lui présenter mes hommages chez elle, elle me répondit qu'elle n'était pas encore installée et que, jusqu'à nouvel ordre, elle ne recevrait pas. Je me retirai, et, quelques minutes après, M. de Septmonts entra dans sa loge et y passa le reste de la soirée. C'était la première fois que je voyais votre mari, et j'aurais ignoré qui il était, si deux spectateurs de l'orchestre, qui parlaient assez haut de mistress Clarkson, et qui nommaient tous les hommes qui venaient la saluer, n'avaient dit : « Voilà maintenant le duc de Septmonts. »

C'est tout ce qu'ils dirent?

GÉRARD, après un temps.

Oui.

CATHERINE

Et croyez-vous qu'elle ait parlé de vous au duc?

GERARD

Je ne le crois pas. Il n'a pas tourné une seule fois les yeux de mon côté, ce qu'il n'eût pas manqué de faire instinctivement si elle lui eût parlé de moi.

CATHERINE

Mais vous Tavez rencontrée hier ?

GÉRARD

Cette fête était publique ; j'étais sûr de vous y voir ; j'espérais que vous me comprendriez et je pensais qu'il était temps de tenir ma promesse. Malgré l'accueil qu'elle m'avait fait à l'Opéra, je me suis approché de mistress Clarkson. Nous avons échangé de ces phrases banales qui font les frais de ces conversations de hasard, et nous avons causé ensuite d'un travail que cet excellent Rémonin m'a demandé pour M. Clark^ son et que j'ai terminé. Là où mon vieux maître a vu une occasion de me faire gagnor une grosse somme, je ne vois, moi, qu'un moyen de m'acquitter d'une dette de reconnais-

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