‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 40 sur 102 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

•ance. Cependant, hier, la voix de mistress Clarkson tremblait un peu. a Je suis installée, me dit-elle, et je serai heureuse de vous recevoir, d'autant plus que M. Clarkson va arriver et qu'il aura fort à s'entretenir avec vous et à vous remercier. » Elle m'a quitté là-dessus. Vous m'aviez vu ; vous étiez rentrée dans vos appartements ; je suis parti. C'est alors seulement qu'elle vous a fait passer sa carte. J'ignore ce quelle vous veut.

GATHEHINE, le leyant.

Elle me veut du mal : elle vous aime.

GÉRARD

Elle n'a jamais aimé personne ; elle me l'a dit, et je suis sûr qu'elle m'a dit la vérité.

CATHERINE

Parce qu'elle n'a jamais rencontré un homme tel que vous. Est-ce que vous ressemblez aux autres hommes ? Est-ce que je vous aurais aimé si vous leur ressembliez? Bref, je suis jalouse. .. Vous ne savez pas ce que c'est que la jalousie I

GÉ RA RD , la regardant.

Croyez-vous ?

CATHERINE

C'est vrai, j'oublie trop; mais c'est si bon d'oublier! Je vous en supplie, ne me faites pas souvenir, c'est horrible. Alors, vous avez été malheureux, vous aussi, et à cause de moi?

GÉRARD

Oui, malheureux à me tuer, si je n'avais pas eu ma mère.

CATHERINE

Elle vit toujours?

GÉRARD

Oui.

CATHERINE

Il a sa mère et il se plainti Elle vivra de nouveau avec moi.

Comment I avec vous ?

CATHERINE

Est-ce que vous croyez que je vais rester ici, maintenant ?

GÉRARD

Et votre mari?

CATHERINE

Est-ce que j'ai un mari? Qu'y a-t-il de commun entre cet homme et moi? Je lui rendrai son nom. Croyez-vous que j*y tienne ? Le peu de temps que je Taurai porté, je Faurai porté plus dignement que lui. D'ailleurs, je n'ai pas besoin d'être duchesse, et j'ai besoin d'être aimée.

GÉRARD

Et alors vous serez ma maîtresse?

CATHERINE, troublée.

Votre maîtresse?

GÉRARD

Oui... Quel autre titre pourrez-vous avoir auprès de moi? Et vous voyez l'effet que ce mot vient de produire sur vous. Consentez-vous à être déchue, non-seulement de votre rang, mais de votre dignité? non-seulement de l'estime des autres, mais de votre propre estime? Moi, je n'y consens pas. Si je reparais dans votre existence, si j'entre dans votre maison, ce n'est ni pour vous abaisser, ni pour vous compromettre, ni pour vous perdre. C'est pour vous aider, pour vous soutenir; c'est pour vous faire forte contre les autres et peutêtre contre vous-même ; c'est pour que vous sentiez auprès de vous l'appui qui vous a toujours manqué et qui ne faillira pas, c'est pour vous sauver, enfin. A partir de cette minute, je réponds de votre honneur, qui m'est plus cher que le mien. Je ne veux pas cesser de voir en vous ce que j'ai toujours vu : l'être sacré, la compagne de l'âme, celle dont j'aurais voulu faire l'épouse que le mari adore, la mère que les enfants vénèrent, la femme que tout le monde respecte et glorifie. Je ne saurais vous voir autrement. Les événements et les hommes, si puissants que soient les uns, si cruels que soient les autres, ne peuvent rien modifier dans notre conscience, et nous ne

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