‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 6 sur 102 · ACTE PREMÏEU · texte numérisé non relu

ACTE PREMÏEU

des travaux très-intéressanls. Une grande compagnie minière se l'est associé tout de suite. Gérard gagne trente ou quarante mille francs par an. Et ce n'est pas fini. Il fait sur le lavage de Tor un grand travail que je lui ai demandé pour un Américain, et s*il réussit, comme je le crois, ce sera une fortune.

MAURIGEAU.

Tant mieux I tant mieux I Lui as-tu dit que tu allais venir me retrouver ici ?

RÉMONIN.

Oui, je lui ai dit que nous étions d^anciens camarades.

MAURIGEAU.

Et il n*a pas demandé à t'accompagner?

RÉMONlN.

Non.

MAURIGEAU.

Il ne l'a chargé de rien pour moi ?

RÉMONIN.

De rien.

MAURIGEAU.

C'est drôle I il n'aura pas osé. Je ne lui en veux cependant pas. C'était bien naturel.

RÉMONIN.

Quoi donc?

Je te conterai ça un de ces jours. Ah! que c'est curieux, la vie! Te rappelles-tu ma petite chambre du faubourg Saint- Denis? Nous y avons bien rj quelquefois. Quel bon temps! J'étais cependant simple commis de magasin, pendant que tu étais interne à la maison municipale de santé, quelques numéros plus haut. Nous allions de temps en temps déjeuner et dîner chez la mère Salignon, trois francs tout compris. Mais j'avais mon idée et le père Maroizel m'a pris pour associé et m'a donné sa fille. Il est vrai qu'il n'y avait guère moyen de faire autrement; la petite m'adorait. Tu te souviens de ces magasins sombres, de cette clientèle bourgeoise, de cette vieille -

routine commerciale. Une fois le père Maroizel mort, j'ai bouleversé tout ça. Pour faire venir le monde élégant faubourg Saint-Denis, sais- tu que ce n'était pas commode; j'y suis arrivé cependant et je me suis retiré avec dix millions, en êonservant une part importante dans la maison, part que j'ai vendue six millions, pour rien, quand j'ai marié ma fille. £n la faisant entrer dans la noblesse, je ne pouvais pas rester marchand, même dans la coulisse. Tu comprends ça.

RÉMONIN.

Parfaitement.

■Wv.

MAURIGEAU.

Du reste, j'ai mis des capitaux dans d'autres affaires trèssûres, et tu retrouves ton ami avec une vingtaine de millions.

RÉMONIN.

Je te fais mon compliment.

MAURIGEAU.

Mais oui, ce n'est pas mal, et je ne me plains pas,

Alors, tu es heureux?

MAURIGEAU.

Parfaitement heureux.

RÉMONIN.

Ce monde nouveau dans lequel tu es entré par le mariage de la fille ?

MAURIGEAU.

Est charmant; et il a cela d'agréable qu'au bout d'un certain temps qu'on y est, on croit qu'on en est. Il y a bien eu dans le commencement quelques pimbêches, montées sur leur noblesse comme des perruches sur leur perchoir, qui m'ont lancé quelques plaisanteries sur mon ancienne enseigne des Trois Sul^ tanes; mais mon gendre m'avait raconté des histoires sur la plupart de ces dames; j'ai riposté. Quant aux hommes, ils ne s'y frottent pas. Septmonts est de première force à l'épée. Il a eu jadis étant garçon, deux ou trois affaires dont ses ad ver-

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