ACTE PREMIER
il a parfailement compris, et il s'est retiré. Sa mèvi^ j^ "ô dirai pas qu'elle avait prêté la main à ces sentimentalités, ni qu'elle avait rêvé un dénoûment irréalisable, mais enfin sa mère a dû quitter peu de temps après une maison où son fils ne pouvait plus revenir. Franchement, on ne gagne pas vingt Tiillions dans le commerce pour les donner au fils de la gouvernante de sa fille I Non, mon cher ami, j'ai bien réfléchi, et j'ai fait la seule chose qu'il y eût à faire. Quand on a une fille belle et richissime, et qu'on n^est qu'un roturier, un parvenu comme moi, on ne doit avoir qu'une idée, faire entrer cette fille dans le monde, et il n'y en a qu'un, où là beauté, respril,Ia fortune, servent vraiment à quelque chose et peuvent briller de tout leur éclat.
RÉHONIN.
Mais si tu avais eu un fils ?
MAURICEAU
Si j'avais eu un fils au lieu d'une ûlle^ j'aurais pensé tout le contraire» c'est bien certain; j'aurais invoqué les immortels principes de 89, j'aurais proclamé l'égalité des hommes, parce que mon fils, né Mauriceau, n'aurait pu mourir que Mauriceau. à moins qu'il n'eût été un homme de génie; mais je ne sais comment çà se fait, les millionnaires n'ont jamais cette idéelà; c'est la ressource des pauvres diables. J^avais une fille; c'est autre chose« C'est très-commode, une fille, ça change de* nom par le mariage. La duchesse de Septmonts, ça dit tout! Aujourd'hui nous sommes duchesse, et vraie duchesse. Nous avons acheté sept cents ans de noblesse en cinq minutes. Mon gendre a mené la vie à grandes guides ; je le savais. Il était plus que ruiné, entre nous il était couvert de dettes, c'est certain. Il écorne la dot, c'était prévu. Mais les enfants que la fille de Mauriceau mettra au monde seront ducs» marquis, comtes, vicomtes, barons, selon leur âge; ils seront inscrits dans le grand armoriai de France, au milieu des plus nobles et des plus illustres. Rien ne peut plus nous ôter ça; le notaire et le prêtre y ont passé. Quant à ceux qui disent que je suis un vaniteux et un imbécile, ce sont ceux qui ne peuvent pas en faire autant.
Et la duchesse est mariée depuis...
MAUniCEAU.
Depuis dix-huit mois.
RÉMONIN.
Et elle a qn enfaut?
Non.
RÉMONIN.
Eh bien, dis donc, les petits ducs se font un peu attendre.
MAURIGEAU.
Ils viendront. Tout vient à son heure.
RÉMONIN.
Tu es un grand politique sans en avoir Tair.
MAURIGEAU.
Je connais la vie; voilà tout.
RÉMONIN.
Je t'en félicite; mais, à propos de connaissance, comment astu connu le duc de Septmonts?Tu n'étais ni de son âge ni de son monde. Est-ce que tu avais de ses créances entre les mains?
MAURIGEAU.
Non. Et je n'avais môme pas plus d'idées sur lui que sur un autre. .
RÉMONIN.
Mais tu en voulais un comme ça.
J'en voulais un comme ça. Je ne me dissimulais pas que je ne pouvais le trouver que dans de certaines conditions.
RÉMONIN.
Ui) peu avarié.
MAURIGEAU.
Il est évident que quand un Gis de famille fait une mésalliance il a ses raisons. Il y en a de bonnes, il y en a de mau-