LIVRE I
Nulle dépense n*a coûté au sire de Montolin pour célébrer la grande époque qui , par un fortuné hasard , est aussi celle de sa fête. Il doit dans la soirée faire des distributions d^SLTgeni aux pauvres , accorder des grâces à ses serviteurs, et recevoir les vœux du canton. Partout des cris de joie retentissent ; il nVst pas une enceinte pieuse en ces parages d'où ne s'élèvent au ciel des cantiques d'actions de grâces ; Fallégresse publique est franche et sort 3u cœur; les indigens oublient leur pauvreté, les grands leur splendide esclavage. Le bonheur semble être partout.
Le jeune et bel Arthur de Ravenstel est attendu ce même jour au castel de Montolin, où, pour la première fois , il se rend. Proche
pie ancien où s^ opéraient des merveilles ', suivant Ogëe , ce fût le tombeau d'un général romain.
6 L^BTRAKGÈRE.
parent du suzerain, il rient dVtteindre sa vingtième année. Elevé par ordre de son père mourant dans une retraite absolue et entièrement isolée , il ne connaît les hommes que par les livres qu^il a lus y et les plaisirs de l'existence que par les vafgues rêveries d^une imagination brûlante.
Un seul homme a été le guide de ses premières années ; c^est le savant Olburge. Froid et dissimulé, ce maître sévère connaît tous les secrets de Tesprit, et n'a nulle idée de ceux du cœur. Si le sort l'eût fait naître dans un rang élevé, Olburge par sa science, ses talens et son éloquence, aurait pu paraître un homme supérieur; car il avait à la fois l'imagination qui pressent, le génie qui crée, et l'audace qui commande; mais où le destin l'avait placé, son ambition, hors de proportion avec son existence, ne pouvait prendre son essor. Etouffant dans sa