‹ L'étrangère (volume 2)Chapitre 11 sur 93 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

j^phère étrqite , il visait aux grandeurs so« ciales , et se flattait d^ parvenir. A cet effet , ne voyant dans ses semblables que des instrumens ou des obstacles , il méprisait , en lui-même , la vertu comme une absurdité ; il la haïssait comme une insulte ; et pourtant , pour arriver à son but y il remployait comme un moyen.

Le comte de Ravenstel , son élève , possédait d'immenses richesses ; les plus hautes destinées étaient promises à sa naissance, et son front eût pu porter la couronne , car il descendait du premier roi chrétien de TArmorique , du fameux Conan Mériadec.

Le sire de Montolin , administrateur àe% vastes domaines de son illustre parent, avait voulu qu'OUmrge fut seul chargé de l'éducation d'Arthur ; un tel homme convenait à ses projets ambitieux; il désirait unir sa fille Izolette au puissant comte de Ravenstel ; et

rartîficîeux Olbiirge, prévenu qu'^à cet hymen était rattachée sa fortune, n^avaît entretenu constamment le bel Arthur, depuis bien des années, que des charmes de sa future épouse.

Fondant sur son jeune élève Tespoir dW brillant avenir, Olburge, habile dans ses plans y maîtrisait toutes ses pensées. Vou^^ lant toujours lire en son ame, il lui avait inculqué un amour pour la vérité qu'il portait parfois à l'excès ; Arthur pensait à haute voix.

Il n'avait encore vécu qu'avec son cœur , et poussait la passion du bien jusqu^au délire. Plaçant les félicités humaines dans les sublimités idéales , il cherchait en son exaltation rêveuse des biens imaginaires entre la vie et Téternité , des jouissances éthérées moins pures que les plaisirs du ciel , plus grandes que celles de la terre. Sa jeunesse

LtVRE I. 9

contemplatjive s'élevait ainsi , fougueuse et superbe. Sa volonté , qu^app^y aient ses vertus , avait une force d'enthousiasme que rien ne pouvait ébranler. Le seul Olburge en triomphait ; aussi , fier de sa puissance y le maître systématique voyait avec orgueil rouler Fimpétueux torrent dont il calmait les flots à son gré. L'imprudent ! à la saison des orages , sait-il ce que sera le torrent ! sait-il ce que pourra la digue !

Arthur ^vait scrupuleusement observé les dernières intentions de son père , toutes bizarres qu^elles étaient, par lesquelles il lui avait été enjoint de ne sortir, qu'à vingt ans accomplis , de sa sauvage demeure ; Théritière de Montolin lui était encore inconnue ; mais enfin Fheure de la délivrance avait sonné : il s'élançait ivre de joie dans le monde de plaisirs et d'amour que lui avaient créé ses songes d'adolescence. Oh ! que d'é-

fO L^ETRANGERB.

difices chimériques bâtis par son imagina*^ tion allaient s^écrouler devant lui] Hélas!

Favenir et ses joies vus par les dëbutans au théâtre de la vie , que presentent-ils ? qtie sont-ils? des labyrinthes lumineux, mais sans issue; des perspectives enchantées, mais dans le vide ; des décorations magiques, mais de vapeurs*

Arthur de Ravenstel est sur la rive du lac de Montolin , où plusieurs écuyers du châtelain sont venus à sa rencontre. Une barque légère l'attend; lèvent du soir enfle sa voile, et le mât qui la soutient est orné de guirlandes fleuries. Des gondoliers, vêtus de blanc et penchés sur leurs rames , marient leurs chants d^allégresse au léger bruissement des vagues ; de tous côtés le lac est semé de nacelles illuminées, dont les unes chargées de musiciens font retentir les airs

Page 1