LIVRE I. ai
d^àccôrds enchanteurs, et dont les autres transportent au manoir les nobles convies au banquet féodal; leurs blanches voiles glissent le'gèrement ça et là sur les eaux comme le vêtement aérien dès ombres heu- Jreuses errantes dans TElysée. Les voix des bateliers chantant des hymnes nationaux, célébrant à la fois la Guerre et FAmour , se répondent de loin et se joignent aux sons tnélodieux des harpes éoliennes, dont les bardés de la contrée font vibrer les cordes sonores. Le ciel est pur, le temps est serein , le firmament est peuplé d'étoiles ; le castel , chargé de lumières, se reflète éblouissant dans le miroir de Ponde. Jamais plus impo-< sant spectacle , jamais tableau plus magni->> fique n'avaient charmé les yeux d'Arthur. ' Cependant un nuage de tristesse est répandu sur ses traits. Arthur , au coucher du isoleil , en se rendant à Montohn , avait passé
devant le fort de Karency ; là vivait ou plutôt lan^ssait , aux portes du tombeau , la belle et malheureuse Agnès de Méranie, répouse de Philippe-Auguste. Le comte de Ravenstel avait souvent ouï parler des infortunes de cette illustre tictime des grandeurs humaines; ses yeux sVtaient fixés sur les croisées du donjon où pour jamais était (Confinée la jeune princesse , qui naguère sMtait vue élevée sur l'un des premiers trônes du monde; il avait conçu ses souffrances, il avait gémi sur son sort.
L'impression douloureuse a laissé des traces profondes ; il s'est promis en secret de revenir le lendemain visiter la prison royale; et , au milieu des joyeuses acclamations de la soirée, il.se rappelle Agnès, et soupire.
Quelle princesse en effet fut jamais plus à plaindre ! Philippe-Auguste , au printemps de son âge , avait épousé lafière Isamberge,