‹ L'étrangère (volume 2)Chapitre 13 sur 93 · LIVRE I. l · texte numérisé non relu

LIVRE I. l

princesse de Danemarck ; mais cette alliance exigée parla politique , n^ayant point été consentie par Famour , Isamberge lui était devenue odieuse ; et le monarque avait fait casser son mariage par une assemblée d'^évéques.

Le divorce est prononcé. La fiUe de Waldemar4e-Grand descend du trône; et, peu de temps après, la belle Agnès , princesse de Méranicy est proclamée reine de France.

Innocente, crédule et tendre, elle vient, sans nulle inquiétude , confier sa destinée au plus beau des souverains , au plus grand des monarques. Helas ! à peine sous la pourpre, elle voit les foudres de Rome éclater sur sa tête couronnée; Philippe en vain veut la défeadre; son mariage' est déclaré nul; la France est excommuniée (i).

Les ennemis de Philippe , forts du terrible

(i) yoyez, sur ces grands éyénemens du r^gne de Philippe- Auguste , tous les historiens.

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arrêt de rÉgiise,se sont tous armes contre lui* L^empereur d'Autriche, le comte deFlandre^

' le roi d'Angleterre, le comte de Champagne et plusieurs souverains d'Italie , menacent à la fois le grand homme du siècle. Il veut rassembler une armée , ses principaux chefs l'abandonnent ; le$ familles les plus illustres du royaume ont déserté Paris et la cour; l'effroyable afnathéme enlève au malheureux Philippe, amis, serviteurs et soutiens. Il faut qu'il cède à sa destinée ; avant le devoir de l'époux est placé celui du monarque ; Isamberge est rappelée au trône; la France a recouvré la paix, la gloire, le bonheur; Agnès «st sacrifiée; et l'auguste exilée va payer^ enun château de la Bretagne, par

* toute une vie de rjegrets et de larmes , quelques jours de gloire et d'ivresse.

Cherchant à dissiper les sombras pensées

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d^Arthur^ Olburge lui fait remarquer ies divers objets qui Tentourent. Leur gondde a passé près d^un rocher élevé que stu^monte un bâtiment dWchitecture moderne magnifiquement illuminé. « — Cette demeure , dit )> un des écuyers du sire de Montolin, est )> celle d^'un guerrier philosophe , du baron h de Yaldebourg; il Fhabite depuis peu » de temps. Quelle est sa famille? On » Tignore* Sa patrie? Il se dit Français.

h Quant à sa vie passée , jamais il n^en parle. » Cependant il a dû rendre de grands ser<- » vices à Tarmée., car il porte les plus bril-* » lantes décorations ; et le baron de Valde^ i> bourg y si tant est que ce nom soit le sien , » ne pant.étre quW personnage illustre^ » car Philippe-r Auguste lui envoie souvent » de secrets messages et lui adresse des » présens. Sa fortune parait immense. Un » seul écuyer, Oni^l , le sert et connaît ses

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» secrets. Le noble chef est bienfaisant; j» mais simple dans ses actions comme dans )) ses discours j il vit sans faste et sans or-* » ^eil ; bien que froid et silencieux , il nM- )» vite point ses semblables. Il sera ce soif » au castel.

» — Et quelle est cette maison blanche , » isolée au milieu d^un bouquet dVrbres ?

» dit tout-à-coup le jeune Arthur? »

LVcuyer ne répondait point ; un batelier prend la parole , et prononce ces mots avec Texpression du mépris et du dégoût :

« — Cette maison blanche ! seigneur ; c'est » la cabane de r Etrangère, w

Et appuyant fortement sur ce dernier mot comme s'il renfermait en lui seul toute une histoire déplorable , et n'avait pas besoin d'explication , il bat les ondes de sa rame*

« — Et qu'est-ce que c^est cjfxe PEtrart* » gère?^i reprend Le comte en souriant.

a "~ Rien de remarqudjble ^ Sreigneui*) ré-^ » pond froidement Fécuyer» L'iiu^oanue de » cette cabale est une jeune aventurière 2> dont la conduite est équivoque ; ^e ha- )> bite seule ce bord , et voudrait sans doute » y cacher son nom, ses fautes et sa vie.

D — Est-elle belle ? demande Arthur.

» — Je Tai vue de loin une fois : elle est » d^une extrême pâleur. Sa taille paraît gra-- » cieusc, mais sa démarche languissante^....

)> — Que nous importe «ette fçmme ! in-* )i terrompt brusquèmeni Olburge. >»

Mais la curiosité d'^ Arthur a voulu dcnouveaux détails.

« — Continuez î ajoute-t-il ; F Etrangère )> est pauvre, sans doute ?

* — Je Fignore , dit récuy ér. »

Le batelier se touirne vers eux. « -^ Illustre » seigneur! reprend-il, l'J$tr(mgère paraît i> avoir le maUbeur attaché à sespa^ ; P^^*^

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» sonne ne s'occupe d'elle ; on évite de la i> rencontrer; sa vue est de mauvais augure.

» Heureusement pour le canton , sa retraite » est loin du village, et elle aime à demeu* » rer seule. » '

De brillantes fanfares parties du pied des murs du castel , saluent de loin le noble Arthur. Une foule de varlets et de pages Fattendent sur la rive. Sa tristesse a totalement disparu ; il va voir Fépouse qui lui est destinée , Izolette de Montolin. On vante ses vertus et ses charmes. De quel bonheur il va jouir! Que de plaisirs lui sont promis!... Bientôt, maître de sa fortune, il disposera de lui-même ; il connaîtra la liberté.... La liberté ! ce mot magique , ce rêve enchanteur, ce trésor idéal vers lequel toute la nature incline et qui échappe à toute la nature; que tant de voix appellent , et qui ne répond à aucune ; qui semble commander les ver-

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