LIVRE I
tus, et souvent ne mène qu^aux crinpies.
Beau comme le premier rayon dW soleil du printemps , naïf comme la pensée naissante du premier homme , enthousiaste comme Tëlan d^nn premier amour , Arthur n^admire dans le monde que ce qu'il croit pur et sans tache. Plein de candeur et de loyauté, il ne soupçonne ni la fausseté ni le vice ; il sait qu'il existe ici-bas des méchans ; mais il ne les craint point , il les plaint. Son caractère est ferme et juste , mais vif, irascible et bouillant; s'il se livre jamais à sa violence , aucun frein ne le retiendra. Ce sera Fouragah déchaîné, la force humaine n'y pourra rien, il faudra Dieu pour Tarrêter.
Téméraire , mais bon , il possède une ame trop passionnée pour demeurer toujours sans reproche; élève d'un sophiste incrédule , Ravenstel , bien que pieux par nature,
20 L^ETRANÛÈRE.
connaît peu lies deroirs chrétiens ; jamais on n^arrêta sa pensée sur les maximes de la ibi , et nulle force religieuse ne msdtrisera en lui ses passions. Mais 3 est heureusement né; et de même que de grandes erreurs pouJrraient souiller sa vie , de grands remords sauraient les expier. Son imagination exal-* tée donnait parfois à son regard quelque chose de fixe^ d^irréyocahle , d^efirayatit. On pressentait en Tobservant que soa ardeur immodérée le jetterait au-delà d^es bori^s de la sagesse; et<]ue ce cceur ttop enthousiaste , à qui tout semblait accordé ^, ne joui* rait peut-être de rien*. L^4ttxour du beau lui paraissait celui du vrai ; au début de sa car« rière , il ne voyait qu^u^e route |K>ssible à rhomme, celle des vertiiÉ^ et de Fhonneur.... Ah! s^il pouvait lire au livre des destins!... Mais non ; malheur à qui aurait la faculté de rouvrir! Quel est le jeune homme, cekii
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même dont Tetoile naissante se lève la plus radieuse , qui , à Faspect de sa course à travers la vie , de ses fautes parmi ses semblables, de ses mécomptes dans ses espérances , de ses tourmens dan^ ses plaisirs , ne reculât efirayé devant son avenir, et ne songeât plus qu^à jeter le livre , s^asseoir, fer^ mer les yeux et mourir !
Tout-^à-^coup^ le long du rivage^une barque mystérieuse a frappé les regards d'^Arthur. Tandis c^ les nombreuses gon«doles I éparses sur la {daine liquide , fendent gaiemait les eaux du lac, et, rivales d^éclat et de pompe, retentissantes d^harmonie, se présentent toutes chargée^ de fleurs et de lumières ; un seul bateau , sans ornemens , se glissé dans Fonibre, semble redouter d^^xe yu, et passe silencieusement au milieu des joyeux esquifs comme un coupable ^ou*
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vanté qui se dérobe aux châtimens et quW regard peut anéantir.
Il revient du castel ; il n'a point de mât , point de voile. Il n'est point orné de guirlandes , nul barde ne s'y fait entendre , et aucun flambleau ne Féclaire. Son aspect y au sein des plaisirs, a quelque chose de sinistre ; un simple pêcheur le conduit , et ses vêtemens grossiers contrastent avec les habits élégans des bateliers de Montolin* Que mène ce pilote étrange ? Deux personnes cachées dans l'ombre : Ravenstel les distingue à peine. Témoins silencieux et tristes, elles semblent des pensées de douleur, traversant les joies de la vie.
Arthur n'est plus occupé que du canot inconnu. Quel est cet intrus dans la fête 2 que cherche-t-il, et que veut-il? Pourquoi cette promenade obscure? cette course errante et lugubre?.... Oh! que le mystère a