LIVRE II
plusieurs milles de BJontolin. A peine remarquera-t-on son abseni3e. Il quitte là vallée ; sa course est rapide ; il reconnaît la route qu'ail a suivie le jour précédent en venant au manoir. Il a gravi les monjtagnes , il a franchi les torrens ; il ne s^est point perdu dans la forêt qui sépare les deux contrées ; , il a passé près de la tour où , selon ce qu'avait prédifle prophète Merlin , un des rois d'Albion périt consumé par le feu du ciel (i). 11 est enfin à Karency.
Agnès de Méranie , long-temps adorée de Philippe-Auguste , n'y est point tout-à-fait seule et prisonnière. Le monarque a placé près d'elle, pour adoucir les ennuis de sa captivité , des dames , des écuy ers , des pages , et toute une garde d'honneur. Souvent portée par un destrier agile , ou traînée dans un
(i) Ce Yoi s'appelait Fortiger.
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char découvert , Agnès, tloblement escortée , 3e promène à Tentour de sa prison, et va respirer librement IViir pur des montagnles vmâines. Le peuple alors se porte en foule sur son passage ; la beauté malheureuse inspire à rfaonime un intérêt si vif !.... Maïs Agtiès évite les regards; un voile épais Couvre son visage lorsqu'elle sort de sa dem^eùre. Proscrite , humiliée , frappée d'anathétnè, elle lie pourrait rencontrer Poeil d\m étranger, quel qu'il soit, «ans qu'une vive rougeur et d'abondantes larmes ne vinssent décomposer ses traits. Les officiers et les dames de sa maison sont seuls admis en sa présence. Les malheureux de la province ont en elle une bienfaitrice ; mais , comme une autre providence, elle est invisible à leurs yeux ; ils n'ont jamais pu l'approcher.
Il est des imaginations heureuses qui peu-
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vent couvrir de joyeux ornemens ^ et parer de couleurs brîUailtesi la triste nudité de Pexistence humaine. Il est des êtres insoûciaHs qui ne prennent point la vie trop au sérieux; quand les coursiers du temps, presses par d^invisibles esprits , emportent le char l^ger de leur destinée ,- ils eu tiennent gaî«^ ment les rênes, et , les dirigeant au hasard, ils sourient aux divers tableaux devant lesquels Il faut qu^ils passent. Tel ne s^ofirait point , parmi ses semblables, le noble comte de Ràvenstel: plutôt triste que gai, non moins grave qu^enthousiaste , il nVtait point du nombre de ces jeunes irréfléchis , qui se jouent des hommes et des temps, ne méditent aucun sujet, peuvent rire avec tout- le 'monde, et ne pleurent avec personne.
Les malheurs de ïa reine Agnès ont touché vivement son ame ; tout ce quisotiffirerîntéresse. Il arrive à la citadeUe dont il voit les
grilles ouvertes. Une cavalcade nombreuse ^ au dehors, se dirige de son côté; c^est la princesse elle-même revenant déjà d^une promenade du matin. Arthur descend à la hâte de son coursier, Tattache à Tune des barrières extérieures; et à demi caché par un pilier , il se place sur le passage de celle qui fut reine de France.
Le char d^ Agnès va lentement. Plusieurs dames y sont assises ; mais Arthur n^a pu voir les traits de Pauguste captive ; son voile baissé les dui cache. Ravenstel , vêtu simrplement, se glisse, inaperçu, parmi les écuyers et les pages qui Tescortent; nul d'^entre eux ne Ta remarqué. La princesse descend du ohar au fond de la dernière cour; elle monte les marches d^un perron, entre sous un grand vestibule ; et là , libre au milieu des siens , rejette soi^ voile en arrière.