LIVRE II
» viens tomber expirant auprès du lac de » Montolin.
» J'appelle en vain à mon secours; les » pâtres eflfrayés sVnfuient. J'allais périr » lorsqu'une femme.... Que dis-je 1 seigneur, » une femme !.... Non , un être à forme an- » gélique , un chef-d'œuvre du Tout-Puis- » sant vient à moi , m'eiilève à la tombe , » et me prouve que , sur la terre , il est des » créations célestes.
' >> Elle-même a pansé ma plaie ; ses soins » referment ma blessure. Sous sa cabane » solitaire elle m'a rendu à la vie ; ce n'était » pôiiit encore assez , elle veut me rendre » au botiheur.
tt Elle me dicte une lettre au sire de Mon- )) lolin, pôut solliciter la grâce à laquelle )) j'attachais tarit de prix. L'écrit , pleiri de » chaleur et d'éldquence , attendrit le châ- » telaîn; il m'acbordè ce que j'implore, et
» je reçois Tordre de venir chercher au » castel , le soir de la grande fête , à Theure » des distributions bienfaisantes, le billet » scellé de son sceau , où il daigne me re- )> commander aux bontés du duc de Bre- )> tagne.
» Mais comment se rendre au castel ?....
i> toutes les barques du canton sont louées u pour le brillant jour des réjouissances. Le » pauvre , couvert de haillons , est repoussé » avec dédain; et les gondoliers élégans » n^acGueillent que le riche à leur bord. A » Faspect de mon désespoir^ que fait encore » pour moi rÉtrangère ! Elle va trouver un » pêcheur dont , en secret près, du rivage , » elle a souvent calmé les maux , et secouru h Findigente famille ; elle Fengage à me » conduire au manoir dans son modeste » batelet. Hélas ! il ne peut s'y résoudre. Il » a été défendu expressément le matin , à
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M tout misérable canot, de se mêler aux » gondoles opulentes qui doivent courir sur » les eaux : rien ne doit attrister la fête ; et j» le pêcheur craint de contrevenir à Tordre » du suzerain. Cependant les touchantes i> prières de ma bienfaitrice triomphent de » sa résistance ; il cède , il promet de me n transporter sous les murs de Montolin ; D mais il y met une condition terrible. Il » faut que l'étrangère me suive ; îl veut que H dans le cas où il serait arrêté, elle soit là I» pour le défendre ; et que , responsable de » la faute ) elle le préserve du châtiment.
» Ma protectrice a refusé elle craint le
V regard des hommes ; accablée de peines » secrètes , elle fiiit les joies de la terre. Je tombe à ses pieds, je supplie... j^obtiens )> un dernier sacrifice» Invisible au fond >} du bateau , vêtue de noir et le front » voilé, elle m^accompagne au castel, reste
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H oachëe au pied des murs , daigne m^at- » tendre en son canot, puis me ramène à sa » chaumière. Une gondole armoriée Pavait n efirayëe un instant ; mais le danger était » passé : elle en remercie le Tout-Puissant , » qui compte aujourd'hui parmi les œuvres n bienfaisantes de l^trangère, un acte su-* I» blime de plus.
I) — Juste ciel ! interrompt Arthur avec » véhémence , et tu permets que cette fenime »• admirable soit déchirée par la calomnie !••• » EQe est poursuivie par la haine , environ- » née par le mépris ; le vulgaire , lâche et » crédule, croit sa vue d'un affreux présage; » et tu ne prends point sa défense ! tu ne » Tas point encore vengée ! »
Il dit i le vieux soldat se lève ; son regard est étincelant; le transport d'Arthur Ta ravi, et toute l'ardeur de sa jeunesse a reparu sur son visage, w — Oui , s'écrie-t-il avccf orce , on
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» la calomnie^ op Toutrage ^ et Dieu semblé » rabaadonner. Sur cette terre ingrate, dans n cette indigne contrée , pas une voix ne la I) défend , pas un bras ne s^arme pour elle.
» Elle est au printemps de la vie , sa beauté M nV point de modèle, ses vertus sont in-* I) comparables; et sans protecteur, âans sou- II tien, elle languit seule, soufirante et dé- >» laissée du monde entier. Ah! que n^ai-je a Tîiigt ans de moins , et la vigueur de mes M premiers ans! Oà es-tu, siècle d^Amadis !
» où éte»-vous, temps immortels des Lancelot » et des Tristan ! Alors la beauté malheu- » reuse avait des servans dévoués ; alors Tin- » juste calomnie ne levait point sa tête hi- » deuse ; Finnocence avait des appuis ; Fin-^ n foi^tune avait dés vèngeùi's. Maintenant , » époque honteuse ! la jeunesse n^a plus d¥- » lan , la chevalerie plus de héros , Topprimé » plus de défenseurs ; FégOïstne est le dieu
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n 4u jour. L^homme ne prend plus pour M Jboussole que son intérêt personnel. Ven-^ » thousiasme ^es grandes .actions , le dé« » youemeni.des nobles coeurs , sont mis au n nombre des folies. Malheur à qui voit le >i présent , et sait ce que fut le passé I »
. Arthur prend la main du soldat, qu^il serre d^un air expressif. Enflammé par les reproches qui lui sont indirectement adressés^ et se rappelant les traits enchanteurs de la belle inconnue du lac : « — Généreux vieil- ^> lard! s¥crie-l>nil, je n^ai point leinras d'A- )) madis ^ mais j^ai son ame indépendante ; )} et , des preux de la table ronde i j^ai Ten- » thousiaste courage. Jç verrai la belle » Étrangère; et si,- comme Je n^en doute » point, elle esttejUe que vous la peignez, le » comte. Arthur de Ravenstel pr^dici le ciel 9 à témoin du serment solennel qu^il fait de » se déclarer son chevalier, de veiller désor-