‹ L'étrangère (volume 2)Chapitre 32 sur 93 · LIVRE II. 6g · texte numérisé non relu

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» mais sur elle y et de consacrer à sa défense » son bras y son épée et sa vie.

» — Dieu puissant! je te remercie , dit le » vieillard avec transport en levant ses mains » vers la voûte éthérée ; tu viens d'exaucer » le plus ardent de mes vœux ^ elle a maiii- » tenant un appui. )>

Le soldat continue sa route; et le comte de Ravenstel s'^est dirigé vers Montolin. OH !

quelle profonde impression a fait sur lui le récit qu'il vient d'entendre ! déjà la vision du lac avait troublé ses sens, maintenant elle agite son cœur : les bruits outrageans répandus contre TEtrangère l'avaient indigné dès la veille ; il ne pourrait plus les écouter aujourd'hui sans être enflammé de courroux.

Arthur, l'impétueux Arthur qui voudrait s^approprier tout ce qui est beau , se rendre inhérent tout ce qui est admirable , s'emparer

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de tout ce qui est sublime , ne songe plus qu"^à s'^enchaîner à l'Etrangère , non par le nœud dW amour sensuel) mais par une fraternité de nobles sentimens, par une con* formité de grandes pensées , par une association de vertus. Il veut la protéger , la défendre y se lier en quelque sorte à ses destins ipystérîeux ; et , sorti des routes vulgaires , s'élever et vitre , comme elle , au-dessus de rhiunanité. Doué de trop de facultés intellectuelles , il a des besoins plus puissans que son existence , des désirs plu$ vastes que sa destinée , des sensations plus élevées que sa nature.

Il marche d^un pas rapide au milieu de la forêt, dont les arbres, aussi droits que les mâts d'un navire , montaient sans branches autour de lui à une hauteur prodigieuse , et formaient sur sa tête une voûte de feuillage. La mousse unie et luisante qui couvrait

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leurs troncs immobiles les faisait paraître de bronze ; et la clarté du jour descendait de leur chapiteau de verdure , comme la lumière de3 cieux du dôme des palai& ^antiques.

Le fond de la forêt vu à travers ces colon^ nades majestueuses, et éclaire à Toriant par le soIqiI dont les rayons se glissaient sous la feuillée , semblait offirir de loin aux regards le sanctuaire illuminé de quelque temple aérien.

Arthur plongé dan& une douce rêverie y cherche la Circé des Grecs armée de sa baguette dW, la Morgane (i) de TArmorique aiguisant la serpe sacrée ^ et la Telléda des Gaulois couronnant son front de verveine.

Uoiseau chantait sous le bocage; plusieurs sources voisines, tombant des rochers de

(i) PotiMnte fée de PArmoriqoe. Morgane était une des prophétesses de l'île de Saine , et la plus puissante des neuf sœurs. (Yoy. Précis de V Histoire de Bretagne^ par Ed. Richer.)

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granit épars dans laforêt, joignaientleur doux murmure à toutes les autres harmonies de la solitude. Arthur dontrimagination est exaltée par les tableaux qui Tont successivement frappé, se complaît en ces lieux agrestes.

Les charmes de la fille du lac sont constamment devant ses yeux; et les louanges du vieux soldat sont répétées sans cesse en son ame ; bien qu^il se croie livré tout entier à la contemplation des objets extérieurs, il ne rêve qu'^à rÉtrangère. — ^ « Nature ! admirable » . nature ! s'écrie-t-il' avec véhémence, je Ife » sens , et je le proclame , j^ai une ame pour 1» te comprendre. Le silence des bois et du » désert , les astres du jour et des nuits , là » voix des flots et des orages , rien de toi ne » me parle en vain. Je lis en ton sein comme » en celui d'un ami. Un lien fraternel m'unit » à tous les ouvrages sortis comme moi de » tes mains ; ah I guidé , soutenu par toi , je

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