‹ L'étrangère (volume 2)Chapitre 36 sur 93 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

L^Etrangère a cherché doucement à dégager des mains d^Arthur le vêtement qu'ail a saisi, a — Qui que tu sois ! lui répond-elle , » si jamais tu essuyas une larme sur ta pau* » pière, si jamais ton ame innocente à re*- M poussé des vœux coupables , si jamais la » voix de la pitié s^est fait entendre à ton » oreille , je t'en conjure , laisse-moL •

n — Non , reprend le comte avec force j » non j je ne saurais t'^obéir ; pour te retenir » un instant^ j'emploierai ton propre lan- » gage. Si jamais Fange des prières a recueilli » tes douces plaintes , si jamais tu tendis la » main à Finfortune suppliante ^ si ton œil A) levé vers le ciel en implora jamais Fappai , M je t'en conjure > écoute-moi. >i

L^trangère s>arréte surprise. Un sourire vague et léger éelaircit ses traits abattus. Le vent se jouait dans les boucles gracieuses de sa belle chevelure blonde. Un ruban iioir

8o L^ÉTBANGÈRE.

sans omemens pressait les contours de sa taille; son regard et son attitude avaient une grâce mystique, une apparence de sublimité morale qui la présentaient comme descendue du séjour. des perfections. Debout j au milieu des bosquets , aussi simple dans sa parure que les vierges vouées au ciel ,. pâle comme on peint la douleur courbée sur Tume des tombeaux , elle s^oSre à la vue d'Arthur, entourée de tout le charme de la piété, de U«él«.coHe.ie la beauté., du mystère-

« — Eh bien ! parle I lui répond-elle , que » peux-tu désirer de moi ? Seule , sans api) pui sur la terre , j ^ suis inutile et de trop. » La faible plante du désert , dont nul être » ne s'inquiète , qui languit et meurt sur le I» sable , loin de tout regard protecteur, sans » aucun aide secourable , est Fimage de FE- » trangère.

LIVRB II. '8l

» — Injuste sort ! sYcrie Arthur. Toi si » jeune ! si douce! si beUe! être abandonnée

*> des humains ! Non , c'est une erreur de

» la terre , un oubli de la Providence ; le jour » de la justice e^t venu. Ce inonde dont tu » serais Torgueil a si peu d'êtres tels que.toi; » il t'avait créée pour l'amour....

» —L'amour ! interrompt l'Etrangère ^ de » l'accent le plus douloureux. Son langage M m'est défendu; pour moi sa couronne est i> flétrie , pour moi ses rayons sont éteints.

), — Non , poursuit Arthur avec feu , je » ne croirai point tes discours : à qui peut 1» contempler tes traits , douter de toi n'est » pas possible . Pourquoi recouvrir tes pen- )» sées de mystérieuses terreurs ? QueUe est i> l'affliction qui t'accable ? Oh ! qu'une parole » de confiance s'échappe vers moi de ton » sein. Dans les tourmentes de la vie je puis a être un appui pour toi.

8a L^RrRAvroiitE.

1» ^ Uh dpput I repotid inSti-angère ; dis 1» {dutèt uû danger de plus.

)) ..^ Ici , je le sais , continue Arthur , des )^ doutes injurieux , des soupçons outra^eans » répandent leurs poisons sur toi.... Ne cher^ i> che point à repousser deirant moi leslàches » attaques de la malignité ; lu n^as pas be-^ u soin d^être justifiée à mes yeux. En te rete gardant je te juge. Le peuple , en ses avep* » mons , est aussi lâche quVbsurde. Tu parais » pauvre, il te dédaigne; tu es belle , il te n calomuie ; tu es seule , il te croit proscrite. » Ah ! si tu sfô été sans soutien ^ tu ne le seras i plus désormais. €e moment va changer ta D vie , il â déjà changé la itlien^è^ n

D dît ; malgré sa résistance il l^entraîne auprès du vieux saule où s'ofifire la i^ainte «ta*tue , et là sVcrie avec transport :

il ~ Mère du Sauveur des hommes l con- » solatrice des affligés i modèle des vertus

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