LIVRE III. Il
» si rares t . . Il faut que j^en fasse im recueil, ït ce ne sera pas un long ouvrage. »
Le prieur de Saint - Irénëe venait alors à leur rcncoiitre. « r— Evitons Tabbé, dît Ar- )) thur , cet ^homme m'est insupportable.
» — Vous avez tort , dit Izolette d^n ton » grave , vous Favez mal jugé. Le prieur )> est le plus respectable des hommes. Bien n que d'une haute naissance , il est aussi )> simple que noble ; il eut pendant long- » temps , à la cour , la faveur de Philippe- » Auguste ; et les honneurs Tenvironnèrent.
» Humble apôtre de Févangile , il a craint » recueil des grandeurs : loin d'être ébloui » de sa position , il a r^eté les pompes mon- » daines , et s'est enseveli par cht^ix au cloî- )) tre de Saint-Irénée. Tout le canton l'aime » etTadmire. Mais , poursuit-elle en sou- » riant , qui pourrait vous plaire ici-bas ?
» — Qui pourrait me plaire ?... Vous.
1 14 L^ÉTRAlfOàRE.
» — ^ Voilà enfin de la cc^iKrtoisie;
» — Ëb! pourquoi pas du sentiment ?..•»
^interrogation est restée sans réponse ;
le? prieur les a salués; et, sortis dWe allée
obscure y ils ont côtoyé la forêt.
Artbur est hors des bois , et sur une éminence qui domine la vallée : il aperçoit dans le lointain la blanche maison isolée ; et Phéritière du castel a joint sa pensée à la sienne. « — Le repas du matin , dit-elle , nous at- » tend au carrefour de la forêt:. il faut nous » y rendre à Tinstant. »
Puis 4i*un ton plus bas elle ajoute : <( Ar- », thur! ce repas achevé, nous. irons voir, w tous deux , FEtrangère^ »
Et pressant les flancs de son coursier , elle a bientôt rejoint son père aux tentes dressées dans les bois.
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Le prieur raccompagne ; mais Arthur n^^t plus auprès d^elie. L'image die PEtrangère ^ avec tout sou prestige et &es cbjurteie^ , est Tenue s^emparer de sou esprit. Il craint que Taspect dlzolette et sa visite inattendue ne la troublent et ne Taffligent ; il appréhende que Tinconnue xHj voie un désir curieux , n'interprète mal leur pensée , et n'accueille mal leurs avances. II voudrait que Théritière du castel fût charmée comme lui de la proscrite du hameau, et qu'un tendre intérêt émût son ame en sa faveur. A cet effet , il a voulu la prévenir du dessein secret dlzo-^ lette ; et , à l'un des détours du bois , tour-* nant la bride de son coursier , sans réfléchi]^ davantage , il s'est dirigé à la hâte vers la maison de l'Etrangère*
Son imagination n'a plus d'idées sombres en ce moment, tout lui rit et rien ne l'alarme ; il porte plus gaiement la vie ; loin de lui touf
1 16 L^ETRAMGERE.
noir soupçon élevé contre FEtrangère : il se rappelle le récit du, vieux soldat de la forêt , et elle a repris sur lui son empire. Ah! déjà, sans qu^il ait essayé de sVn défendre , son cœur est tout entier àTamour: cette puissance dominatrice est si étrangement invincible ! Elle a gagné la victoire avant qulon ait pensé au combat j celui qu'elle a voulu dompter ne songe à déployer ses forces que quand il les a toutes perdues.
Arthur attache son cheval à Tormeau voisin de la cabane. Il avance d'un pas craintif. Une porte est ouverte , il entre. Pas un obstacle ne l'arrête . La première salle est déserte; son ameublement est simple et rustique : nul . ornement , nulle recherche. Il poursuit sa marche indiscrète : un passage étroit le conduit au fond d'une chambre écartée dont la croisée donne sur le lac ; elle
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est faiblement éclaii'çe ; c^est un réduit silencieux ; c'est uRe espèce d'oratoire. Un cru* cîfix, entouré dUn^ages saintes, est placé dans renfoncement sur une forme d'autel.
En face est un prie-dieu ; à côté sont des livres de prières; et plus loin, suspendue au mur, est une lyre détendue.
Arthur s'approch.e de Finstrument dédaigné. Un médaillon s'offre à ses yeux dans le tiroir ouvert d'une table. P ciel ! qigi^l portrait enchanteur ! Ce sont les traits de l'Etrangère.... Mais quelsi vêtemens magpifiques !
Sa parure et ses pierreries sont cell^ d'une souveraine.;... Quelques mots étaient écrits sur le cadre ; une main les a effacés ; et un nom, récemment empreint^ y a remplacé les anciens. Ce simple nofli est «.^/^aî. )>
C'est donc là le seul qu'elle veut porter désormais ! De^ vers tracés sur un papier déplié aux pieds. d'Arthi^r ^pt a,ttiré son at -
H8 L^ETRAI^GÈRE.
tention ; ils étaient tombes de la lyre. Cèst une romance plaintive qu^a long -temps chantée FÉtrangère dans sa solitude ignorée;
<t Quand du jour parait la lumière , » Des villageois au front serein » J'entends les hymnes du matin.
» Seule qui pleure ?.... lî' Étrangère»
» Ils ont tous des parens , un nom ,.
» Un avenir , un jour prospère.
» Seule , je n'ai fîen au vallon^ » Je. n'y suis rien,,., que V Etrangère,
» li'ois'eau cl a bosquet solitaire
» En son nid doucement s'endort.
» Hélas , errante au même bord ,
» Qni y ^ïbR et souffre ?...,Jj Étrangère.
» Le palmier des lointains climats » Naît et meurt sur la même terre.
i) Moi ! transplàotae , où sui^rie ?• • • • Hélas ! : , » Le ciel.a maudit-... Y Étrangère.
' » Toit n^tal , abri tut^laire ! ' . .
» D'où me bannit l'injuste sort!
» Loin -de vous j'appelle la mort. ' )i Qui regrettera.... V Etrangère ?
' » Sans titres , sans amis , sans nom , 1) Je n'attends plus rien idela terre, ; )> Hélas ! et ma tombe au vallon » N'offrira qu'un iifot.... l'^fra/i^ère. J» ' * .
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Arthur est profondément eniu. Le chant tTizolette au cartel , ce chant d^allégresse et de gloire que saluèrent tant d^applaudis-»
semens, était, avant la fin du soir, presque banni de sa mémoire. Ah ! la romance d'Alaïs est pour jamais écrite en son cœur.
Il a regardé de nouveau le portrait de TÉtrangère. Elle est représentée à Fàge de quinze ans. LVclat pompeux qui Tenvironne annonce une illustre origine; il fut donc un temps où la fortune et la nature lui prodi-
guaient leurs dons réunis!.. Ses traits, bien qu^à peine formés , joignent à toute la candeur que donne Finnocence , tout le charme que répand Tamour; leur puissance est irrésistible ) le pinceau du génie n'eût rien inventé de plus divin dans un moment d"*^»thousiasme pour donner Fidée aux humains^ dVne vierge des champs du ciel.
120 L^BTRANCiRE.
Un léger bruit a retiré le comte de sa rêverie contemplative. O surprise l.^ TÉtrangère, seule et debout, est immobile -devant lui. Elle est vêtue de noir , et la blancheur de son teint nVn est que plus éblouissante.
L^azur d^un limpide canal réfléchissant un jour serein a moins d^attrait et de douceur que le bleu céleste de ses yeux. — « Excuse- D moi! lui dit Arthur, d^un air interdit et » confus , si j^ai osé pénétrer dans ta de- >i meure , mais nul désir curieux , nul dessein )» blâmable , nul sentiment qui puisse t^a- » larmer ne m^attirent auprès de toi. Daigne » m'écouter et m^entendre. '
» — Malheureux! que demandes-tu!... »
lui répond FÉtrangère , d'uiie voix dont le son touchant renfermait lui seul un reproche , <t quelle fatale pensée peut t^amener » vers moi ! Ce séjour est celui du deuil ; » qu^ trouveras-tu ? la souffrance ; qui Vy