LIVRE III
» et sensible Arthur ! dît-elle j que tu mé- » rites d'être heureux!.... Ah! pourquoi » m'as-tu rencontrée ! »
Puis , pâle comme la fleur de Tachante (i) tombée la veiUe au pied de Tarbre , elle lève au ciel ses regards , et continue d'un ton plaintif :
<( —Dieu juste ! ne le punis point de m'a-
»^ voir aimée ! l'imprudent n'a pu me con-
» naître. Pardonne-lui un instant d'erreur !
» il ne sait point >) le malheureux ! que mon
)> approche, qui jadis annonçait les bienfaits^
i> présage aujourd'hui les désastres ! Wé-
» tends pas sur lui ta colère : c'est sans le
)> vouloir qu'il t'offense } moi j'ai mérité les
)> souffrances ! moi je suis coupable ! mais )> lui !.... )) .
Quelles paroles effrayantes pour Aythur !
le moment d'ivresse est passé; la raison a
(i) Espèce d'épine blanche.
«26 L^ÉTAANGSRE.
repris ses droits..,. Son cœnr, serré conime en des tenailles de fer , 3e retire et ne bat qu'à peine; sa respiration est coupée; ses genoui fléchissent, il répond ces mots à voix basse :
« -^ Ainsi donc il n'est que trop vrai
)> vous Tavouez vous-^méme ; les bruits pu- » blics n'étaient point mensongers. Quelque )i perfide suborneur, quelque tendresse illé- )) gîtimer yons ont ravie à. rinnoceûce ; et » proscrite, errante, avilie. *.. »
Alaïs tressaille aces mots^ etrîntwrompant avec feu, emportée par un sentiiîient involontaire qu^elle-même ignorait encore :
<(*^ Avilie ! a-t-elle répété. Ah! pour tous les » biens dé ce globe je ne* t'eusse pas adressé h cette parole , quand le monde entier t'ac- )) eusant m'aurait dit : « Il Va méritée ; »
» non , un perfide suborneur , une tendresse » illégitime, ma vie n'offre rien de sem- » blable. Arthur ! ôte-toi de ma vue. »
. LIVRE iir. i!27
Le sang du comte de Ratvenstel recotnmerice à couler librement dans ses veines.
Le cri d^indignation de PEtfangère, son accent plein de vérité ^ la noblesse de son maintien , <mt changé témtes ses pensées , ont banni totrteâ ses terreurs ; dan» Fextase délicieuse d^un premier sentiment d^amour il se précipite à àes pieds , et toujours immo^ déré, toujours donnant un libre cours à ses désirs impétueux : « — Grâce ! créature anw géliquel sMcrie4-il en joignant ses^ mains » devantelle , j^aiptt douter de là vertu ! Vois D mcm repentir et pardonne ! Je nMcouterai » plus que mon cœur ; je ne croirai de toi » que le biecr ; je n^obéirai plus qu^à Va.^
» mour Otii raipour , ne t'alàrme point
)» à ce mot : c^en est fait ! je Pai pro9]N)ncé ; » comme il a soulagé mon ame!w. il n^est » plus d^aveûx qui me pèsent, n
Arthur, en s'expfflnant ainsi , Penvclôp-
128 L^BTRANGEaE.
pait en quelque sorte de ses regards passionnés. Alaïs recule en tremblant devant les paroles de Famour comme devant le dard d^un serpent. Elle veut lui imposer silence ; mais lorsque Famour a parlé , celle qui a écouté une fois écoutera une seconde.
« — Ne m'^interromps point ! poursuit-il.
M Je suis jeune ^ riche 9 indépendant , et libre » encore de moi-même , je t^ofire ma main )) et ma vie ; il est des secrets que tu veux i> cacher, je jure de ne jamais chercher à les i> connaître; îl est des soupçons odieux que » tu peux vouloir repousser, mets seulement » ta main dans la mienne , et sans autre » gage ici-bas je combattrai le monde entier » pour garantir ton innocence. 1» ^
Douloureusement agitée , Alaïs tombe sur un siège, w — Si tu crains et fuis la gran- » deur , continue Fentrainant Arthur , eh j) bien ! dans le fond des déserts jHrai m^en-