‹ L'étrangère (volume 2)Chapitre 51 sur 93 · LIVRE m. i · texte numérisé non relu

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paroles le dernier cri de la raison , la dernière plainte de la vie.

Tout-à-coup se relevant , et de Tair le plus aolennel : « — Plus d'entretien ensemble l )» dit-elle ; et lui montrant du doigt le^ cieux : « Là^haut ^ peut-être ; ici^ jamais ! »

L'Etrangère s'est éloignée. Le comte est reste quelques instans muet, immobile et glaoé j puis, avec Fénergie de la fureur, du dépit et du désespoir , il sort de la funeste cabane ; et remonté sur son coursier , il fuit au milieu des forçts.

Irrité contre lui-même , il erre à l'aventure ; il court sur des rochers aigus ; il saute les plus larges ravins j il cherche enfin par le danger à détourner violemment son esprit de l'idée fixe qui l'obsède. — « Quel funeste )i génie , se dit-^il à lui-^méme , m'a poussé » vers cette Etrangère ! Comment ai-je pu.

i36 l^etrangère.

)A voir en elle un être adorable et céleste ! )) Ce n'est qu'une femme parmi les autres H femmes ; et peut - être même est-elle la

)i honte de son sexe ! Avec quelle froideur

» elle écoutait mes transports brûlans!....

)) Un cœur* enthousiaste et pur n'a rien qui

» puisse la séduire. Son ame a repoussé la

» mienne. Nous sommes séparés , je le vois j

)> par l'intervalle immense qui existe entre

)) la droiture et l'artifice : rien ne saurait

)> nous rapprocher. »

Il fait sentir de nouveau l'éperon à son

destrier écumant ; il croit par l'agitation du

corps apaiser le trouble de l'ame. « — Tra-

» hie peut-être par un amant j reprend-il ,

» elle le pleure et l'aime encore j ou bien sa

n douleur n'est qu'un rôle. Mais moi ! que

» peu de temps m'a changé ! moi que char-

k> mait la vertu seule ! moi qui demandais

p au Très-Haut , dans celle qu'appelaient

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)» mes vœux , la sincérité , la candeur ,- la » simplicité, Tinnocence ! qu^ai-je trouvé )> dans Finconnue où je croyais voir tous ces » dons ? Tinquiétude , Tégarement , la dîssi- » mulation , le mystère , et parfois mêitie , w au fond du cœur , le remords d^une vie )> coupable.

)) Izolette , aimable Izolette ! j'ai pu la pré- » férer à toi dont rien n'a souillé Famé pure » et les virginales pensées !... C'en est fait , h je le sens , l'Étrangère , de ce moment , a » perdu pour moi tous ses charmes. Jeune , )) vif j sans expérience , j'eus un instant d'a- )) veuglement ; mais il est passé , mes yeux » s'ouvrent; je quitte la plage enivrante, 5) le bocage mystérieux qui m'avait paru » l'Elisée : loin dé moi l'étoile enchantée aux » lueurs vagues et douteuses, dont les rayons » mélancoliques embrasaient mes sens éga- » rés; je reprends la vraie existence, je

l38 L^ETRANGÈRE.

» revois les biens véritables , je retourne

» à la vraie beauté ; Izolette , je reviens

» à toi ! »

Il dit ; et redouble la vitesse cjç sa course ;

il semble fuir un ennemi j hélas ! cet ennemi

c^est lui-même. Il s^ordonne avec une sorte

de frénésie , de songer à la vierge de Mon-

tolin ; mais une puissance intérieure se rit

de la fougueuse ordonnance ; çt chaque

pensée qu^en dépit de son cœur il dirige vers

Izolette , sMgare , se perd sur la route , et

n^arrive qu^à FEtrangère.

Soudain le bruit d^un cor éloigne lui rappelle le sire de Montolin j et le repas de la forêt ; il se dirige du côté d^où le son e$t parti j et répétant Pair belliqueux de Finstrument cher aux chasseurs , il ne s^aperçoit nullement que sop coursier est tout en nage , et prêt à tomber hors d^haleine.

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A Tundes détours d'une all^e uft^ri de surprise l-âirëte. CV*st Ixolette qui Tappelle.

<f — Dieu quelle ardeur impétueuse ! dit » rhérkière du ^&tel suivie de sa joyeuse )) escorle. Quel est ranimai invisible que vous )* poursuives avec cet acharnement extraor* 4> dinaire ! Quelle est cette subite passion de ^chasse qui s'est développée dans votre » ame ! En quel état, en queWésordre vous a » jeté la brusque ir uptioil de vmre esprit w veî:s îles dqlices de Nemrod ! Arrêtez*, ^e » grâce , arrêtez ! *

Le rire malin d'Izolette et ses sarcasmes n'ont point irrité Ravenstel ; il se joint gaiement à la troupe , s'exéuse de sa longue absence, vante les plaisirs de la journée, et semble partager vivement les jouissances de ses compagnons. Bien qu'habituellement silencieux , il élève bruyamment la voix , parle à chacun , ■ ^«pond à tous , prononce des

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discours sans suite , fait des appels et des paris ) propose des jeux, chante et rit. Hëlas ! était-ce de la joie? non c'étaient ces démonstrations tumultueuses , cette fausse copie du plaisir, cette lutte intérieure de Pamour et du délire, qui ne sont que la fièvre d'un cœur déchifé, TeUes s'oflfrent les étincelles qui jaillissent éblouissantes de Farme qui donne la mort*.

H — Comte ! a repris Izolette , notre repas » est achevé. Vous n'avez rien pris d'aujour- )) d'hui. Venez , suivez-moi vers la tente où M la table est encore dressée. Il vous faut » reprendre des forces pour nous étonner de )) nouveau par un redoublement d'agilité.

» Vous l'emporterez un jour sur Éole. Le )» vif et bouillant Méléagre , suivant moi , » comparé à vous , n'était qu'un apprenti » chasseur, w

En achevant ces mots, Izolette d'un ton

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