‹ L'étrangère (volume 2)Chapitre 88 sur 93 · LIVRÉ. V · texte numérisé non relu

LIVRÉ. V

aurait perce le sein de son fougueux antagoniste; Arthur se jette àu-devant de tous ses coups , et novice dans Fart des combats expose à chaque instant sa vie. Déjà le baron malgré lui Ta deux fois atteint de son glaive ; une des blessures est profonde. Jamais le comte de Ravenstel n'eût triomphé si le ciel ou plutôt Fenfer notait venu le seconder.

Un éclair subit et brûlant passe sur les yeux du baron qui recule presque aveuglé. Arthur profite du moment; il a plongé Farme homicide dans le sein de son ennemi.

« — Malheureux Arthur ! qu'as-tu fait ?,)> dit le baron de Valdêbourg.

Son sang coule à flots, il chancelle. Se retirant en arrière devant son vainqueur, il s'appuie contre une roche voisine; et son fer échappe de ses mains.

A Faspect du baron expirant, à la vue du sang qu'il a versé, et surtout à la voix plain-

tive de sa victime, Arthur frémit dans tous ses membres. — «Valdebourg! s^écrie-t-il , h tu ne fus qu^un traître pour moi , mais tu

)» meurs Je te pardonne, n

Hélas ! le baron nV pu entendre ces accens où règne bien encore la fureur, mais où déjà commence à percer une sorte de repentir; il n^a vu que le mouvement impétueux qui pousse le comte vers lui. L^œil hagard de Ravenstel et ses traits décomposés n'expriment qu^un horrible délire; il croit qu'il n'a d^autre pensée que de savourer de plus près les délices de la vengeance et de hâter sa fin peutêtre; il fait un effort, il recule Son pied

glisse sur un terrain humide de sang; il tombe du rocher dans le lac; il a disparu sous les ondes.

Valdebourg, au moment de s^ chute, a

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voulu proférer quelques mots encore , mais si ses lèvres les ont articulés, le bruit des vagues les a couverts. Il n'est parti du fond des gouflfres qu'une plainte sourde et sinistre ; c^est Faccusation de la tombe ; c'est le cri du sang innocent; c'est l'appel au juge vengeur.

Les cheveux d'Arthur se hérissent sur sa tête. Une sueur froide inonde ses joues, le sang de ses blessures se fige. Ses fibres se retirent ou plutôt se tordent, cpmme saisis par les dernières convulsions de la vie; sa poitrine oppressée repousse l'air avec horreur comme s'il n'était plus composé que d'une exhalaison de sang, comme si le meurtre venait d'élever autour de lui une atmosphère de crime. Livide, éperdu, chancelant, il pousse un cri épouvantable dont le son n'a plus rien de l'homme, et qui joint au bruit

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de la foudre, des vagues, et de Pouragan, parait échappé du Ténare.

Sort regard le tromperait-il? ou sa raison est -elle perdue? Devant lui, au feu des éclairs, comme envoyée du palais de la justice éternelle à la poursuite du meurtrier, une figure vaporeuse, à traits vagues et indistincts, semble, debout sur le rocher, sortir du milieu des tempêtes.

Blanche comme le linceul des spectres, elle tient une torche à la main dont la fiinéraire lueur tombe sur la pierre sanglante; telle , messagère divine , la conscience vengeresse se présente en fantôme au crime.

Ravenstel si pur jusqu'à ce jour a souillé pour jamais sa vie; il voit à la fois son attentat, sa chute et sa dégradation. Il se persuade en son délire que les esprits du mal auxquels il vient de s'allier par un premier

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