LIVRE V
Ces mots , prononcés avec un accent ennemi, et que n^adoucit aucun regard de compassion, achèvent d^attérer le comte; en lui , Fimmobilité de la mort succède au spasme des angoisses.
« — Son corps ! Il est là.... Dans le lac , >» répond Tinsensé avec calme.
Cétait le calme terrifiant de Fanéantissement moral.
(( — Oui j dans le lac , ajoute - 1 - il ; ses )) secrets , qu^il m^a refusés , il les a confiés » aux gouflfres; et cependant je Faimais )> tant !... Plus de nœuds aujourd'hui ; me » voilà libre , dégagé de tout sentiment , de )) toute crainte , de toute joie. Point de mi-
» séricorde à attendre Avais -je autre
» chose à demander? non; je n'ai plus be- )) soin de rien. »
Mais FEtrangère, sans Fécouter , descend
2%S L^ÉTRAN€£RE.
du rocher à la hâte. Elle veut, sur la rive 4ii lac , redemaiider aux ondes son frère.
Arthur la mit; il la retient par sa nhe^ « — Meurtrier ! Laissez-moi ! » dit^-elle.
Et levant au ciel sa main armée de la tordie ftinebre : « — Arbitre suprême ! conti- )> nue Tinfortunée ; tes décrets s^accomplis- » sent. Ce que j^avais pressenti est atrîvé ; w une catastrophe et des crimes. Ici comme » en tout lieu ta ntalédiction m^accompa- » gne. En vain j'ai voulu vivre cachée ; dans » ces solitudes profondes, où à peine je suis » établie , j'ai séparé deux êtres faits Pun » pour l'autre; j'ai porté le malheur dans » deux familles; j'ai chassé la vertu d'un w cœur pur. Il manquait le meurt^re et le )> sang.... Ai-je assez marqué mon passage !
» Ainsi donc, partout , ô juge terrible !
)> bien qu'aujourd'hui toute aux vertus, je » suis la puissance du mal ! )>