LIVRE VI. l
Jls frappent à coups redoublés ; ils entrent , Alaïs est absente. Nicette , inquiète , alarmée , attend impatiemment son retour.
L'Étrangère était sortie pendant Forage , et s'était dirigée , une torche à la main , vers le roc de Fontaril , où des cris s'étaient fait entendre. La jeune et timide Nicette qu'épouvantent les vents , la nuit et le tonnerre, n'avait pu se déterminer à la suivre ; elle $e le? reproche et pleure.
Les émissaires de l'abbaye, étonnés du récit de la villageoise , veulent courir à l'instant aux froids du lac , à la recherche d'Ar lais. Ils se inunissent de flambeaux , et Nicette les accompagne.
Leur trajet est presque achevé. Ciel ! en croiront-ilç leur vue !-••• L'Etrangère, vêtue de blanc , sort tout-à-coup d ? entre les ro-r chers , et marche à pas désordonnés. Sa belle chevelure est éparse ) ses vétemens sont dé-
chirés; son regard est celui delà démence,
et sa robe est ensanglantée.
Elle se précipite, éperdue, vers les envoyés du prieur « — Là haut ! de ce roc , » s'écrie-t-elle , il est tombé au fond des gouf- » fres. Oh ! qui que vous soyez ! sauvez-le. »
La clarté des flambeaux jaillit sur sa blanche tunique ; elle se voit couverte de sang ; et succombant à l'horreur qui Ta saisie , elle tombe dans les bras de Nicette.
Plusieurs religieux volent au bord du lac , ils n'y trouvent point de victime. Montés au plateau de Fontaril, ils voient une place sanglante.... Ils y ont ramassé un glaive.
C'était Tépée de Valdebourg.
Plusieurs questions sont adressées à la malheureuse Alaïs; elle refuse d'y répondre.
Les religieux l'ont sommée de se rendre à l'abbaye ; elle n'hésite point à partir.
Enveloppée d'un long voile , elle quitte le
toit de l'exil. Ses gardiens la, considèrent avec surprise. Son regard chaste , doux et pur est le regard de l'innocence ; sa voix expressive et touchante est l'accent d'un cœur vertueux . Ah ! Fordre de Fentourer d'égards était inutile à donner; les prêtres qui contemplent sa grâce , sa noblesse et sa dignité , ne Fapprochent qu'avec respect. Etaitce le pouvoir de la beauté ? non ; c'était je ne sais quel vague instinct qui la présentait à eux non dans l'état d'humiliation et de détresse où elle était tombée , mais sur les hauteurs sociales où sans doute elle s'était vue.
L'Etrangère est à l'abbaye. Un péril affreux la menace ; elle voit qu'un soupçon de meurtre peut-être , ou du moins de complicité, va peser sur sa tête. Accusera- t-elle Arthur ? Non. Elle est lasse de l'existence , rien ne l'attache plus au monde. Elle expiera