‹ L'étrangèreChapitre 101 sur 161 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Chacun de ses regards est un trait de feu ; chacune de ses pensées est un transport ; chacun de ses mouvemens est une frénésie.

Avant de s'éteindre à jamais, son imagination embrasée devait cet affreux complément à sa nature immodérée.

H saisit fortement le bras d'Alaïs , la retire avec impétuosité de son engourdissement léthargique , et l'entraîne à pas pressés hors de l'immense galerie. Où va-t-il ? l'insensé l'ignore. Quel est son but ? il n'en a aucun. S'arracher à ses nouveaux liens j les briser , revoir Alaïs : telle est sa vague volonté.

L'Etrangère n'a ni la force de lui résister ni le pouvoir de le comprendre.... dans le trouble de ses esprits elle voit et entend à peine. Emportée comme par le tourbillon de la tempête, elle traverse hors d'ejle-mêrr me, et presque dans les bras d'Arthur, des corridors, des galeries, le monastère tout

entier. Là terreur, se peint dans ses yeux ,

le désespoir est sur ses traits; et pourtant ,

au fond de son cœur, cette terreur n'est

point sans charme , ce désespoir a quelques

joies.

Ravenstel dépose enfin Alaïs dans une enceinte solitaire où nulle issue ne s'offre à lui; il est contraint de s'arrêter. Arrivé à l'extrémité du couvent, Arthur ne peut aller plus loin. La cellule écartée où il se trouve était la chambre du prieur. Le jour ne l'éclaïre que faiblement. Au fond, sur une espèce cPautel, est uti immense crucifix, l'image sainte delà vierge et quelques livres de prières. '■

L'Étrangère revient k elle , cfcse voit seule avec Arthur en un réduit obscur et inconnu. Aucun religieux ne s'est trouvé sur leur passage, et n'a pu s'opposer à leur

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étrange faite ; tous les prêtres sont à l'église.

La mante qui couvrait les traits d'Alaises*

rejetée sur ses épaulep ; que de charmes elle

découvre !...... ses beaux cheveux blonde

tombent en boucles ondoyantes et flottent sans art autour d'elle. Son regard tendre et prolongé implore la pitié $ Arthur. Son teint v habituellement pâle, a pris ce léger incarnat que la blanche rose du printemps emprunte à sa brillante sœur» Sa robe noire est entr'ouverte; et la blancheur de son cou gracieux arrondi par les autours éblptfit l'oçil qui le contemple. Son inquiétude «t ses alarmes 9 animant son charmant visage, \ç rendent plus attrayant encore. Oh! que son trouble l'embellit ! que son désordre . est .eaçhantepr 1

« — Arthur ! où suisr-je ? .ditc*eUe, » — Auprès de moi , ^i ye'pood-il d'une j> yo^c tonaanle; tu ne causais plus être

i» ailleurs. Ici, dehors, plus loin , partout , » ma place est désormais à tes côtés. Elle y » est fixée pour toujours , soit dans la vie » soit dans la mort, à l'Elysée ou au Tartare. »

L'aliénation de ses esprits est à son comble. Alaîs est tremblante devant lui; il la contemple avec une joie farouche. Jamais elle ne lui avait paru si belle; et soudain une pensée , enfantée par le délire , pensée qui à la fois Peffraie et l'enivre, qu'il repousse et qu'il ressaisit , vient s'emparer de tout son être.

« -— Idole de ma vie! s'écrie-4-il , nous p sommes seuls, nous sommes libres. Un mot !

» un $eul mot ! . . . . m'aimes-tu ?

» — Arthur ! lui répond l'Étrangère , » est-ce le moment, l'heure et le lieu de m'a- '» dresser dételles paroles!... l'honneur, le » devoir , tes sermens

y — Encore les mêmes réponses! encore

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