LIVRE VI. > io
)> contrées ; il faut qu'on sache enfin qui » vous êtes. Comment se fait-il qu'à vptre » âge vous soyez seule en ce pays , sans ap- )> pui , sans parens , sans guide i abandonnée » de tous vos proches , et comme exilée de » la terre ? »
Alaïs lève les yeux sur l'inconnu qui l'interroge ; et le visage glacé d'Qlburge lui a déjà appris qu'il ne connaît point la pitié , et moins encore la clémence. B n'ept aucune voie de salut pour elle, ^i />on sort dépend de cet homme. Il chercfce eu vain à donner à ses traits quelque apparence de bonté, il ressemble au lac de Syrie dont la surface , quelquefois, reflète les rayons du soleil, mais qui ne renferme rien de vivant , et n'a que la mort sous ses vagues (1).
(i) La mer Morte ne renferme , dit-on , ni végétation , ntf réatwne vivante.
<2o l'étrangère.
t( — Seigneur , lui répond l'Étrangère , » vous qui connaissez les humains, le monde » et la vie, pouvez- vous vous étonner du )> malheur ? Être sans parens , sans appui , » n'avoir ni famille ni biens, se trouver » jeune encore , sans guide , c'est le sort de » bien des mortels ; qu'y trouvez-vous d'ex- » traordinaire ?
w — Fille bannie du sol natal , pourquoi , » si vous êtes sans tache , vous envelopper de » mystères ? pourquoi déguiser votre nom ?
» pourquoi taire votre origine ?
» — Et quelles sont les lois , seigneur, ré- » pond Alaïs avec force , qui défendent à » une étrangère de vivre en paix et retirée ? » qui lui commandent de raconter sa vie et » ses secrets aux insoucians de ce monde ?
» qui lui prescrivent de fatiguer autrui des )) maux qui ne concernent qu'elle ? L'adver- » site n'est point le crime , elle ne doit Ici-bas