LIVRE VI
» de comptes à aucun juge. Je ne demande , » hélas ! à la terre qu'une retraite , son ou- » bli , et l'indifférence publique. »
Olburge , surpris des expressions de Pinconnue , de sa grâce et de sa fermeté , poursuit du ton de l'ironie.
« — Créature artificieuse ! pourquoi donc, » puisque vous désirez l'oubli général , at- » tirer dans votre solitude par vos charmes » et \os mystères , le beau comte de Ra- » venstel ? Est - ce pour mieux faire éclater » le pouvoir de vos vertus et la force de vo— » tre innocence que vous disposez en secret » sous de voluptueux ombrages , vos amou- » reuses entrevues ? Est-ce par candeur et » par modestie que vous persuadez au cré- » dule Arthur que vous sortez d'un sang » illustre ? Est - ce enfin par devoir et par » bonté que vous portez le désespoir au cas- » tel qu'habite Izolette ?
» — Seigneur! dît Àlafe indignée , avec » l'accent d'une ame pure ; et à quelle fins » m'adressez^-vous ces questions outragean- » tes ? Pourquoi cet interrogatoire étrange ? j> quels droits vous croyea-vous sur moi ?
» Que le prieur de Samt-Irénée refuse à une » Etrangère Fhospitalité sur ses domaines , » qu'il Ten chasse , il en est le maître; je puis » me résigner à ses décrets, je ne saurais » souffrir vos insultes.
» — Eh bien ! je vous ordonne en son » nom
» — Qu'il me donne ses ordres lui-même !
» reprend-elle avec énergie. Partout dès ma » jeunesse j'ai appris à obéir, d'abord aux » vœux de ma famille, puis aux lois de mon » souverain , ensuite aux volontés du ciel ; » mais me conformer à l'arrêt tyrannique m d'un juge sans titres pour Têtre , je ne l'ai » appris nulle part. »