LIVRE VI
Son maintien plein de dignité est celui d'une souveraine ; Olburge demeure interdit ; il n'ose soutenir son regard ; mais contre elle , au fond de son ame , sa haine et»
sa fureur s'accroissent.
« — Etrangère ! continue-t-il ; le sang » couvre vos vêtemens ; vous portez la li- * vrée du meurtre. »
Alaïs frémit à ces mots. La scène de Fontaril , la fin tragique de son frère et le crime de Ravenstel se représentent à sa mémoire et rouvrent les plaies de son cœur ; elle appuie son front sur ses mains ; et ses maux semblent l'accabler.
Olburge feint d'être attendri : c< - — In- » fortunée! a-t-il repris , savez- vous quel » sort vous attend , Une prison et Pécha- » faud.
» Ecoutez-moi , poursuit-il d'un ton plus » doux. J'ai pitié de votre jeunesse , je veux
» bien vous croire moins coupable que vous d ne paraissez l'être ; vos souffrances m'ki- » téressent, et je puis encore sauver vos » jours. Avant que vous soyez dans les fers , » avant qu'un arrêt de mort vous ait frap- » pée , j'ai les moyens de vous soustraire au » glaive de la justice. Vous vous évaderez » cette nuit des prisons du monastère, je n favoriserai votre fuite ; et le meurtre de » Valdebourg , dont j'effacerai toutes les » traces , demeurera à jamais pour la con- » trée un impénétrable mystère. »
Alais paraît réfléchir ; elle est immobile et se tait. Olburge ne doute point du succès de sa proposition , il continue en ces termes :
a — Je n'exige de vous qu'une seule con- » dition : vous ne devrez point hésiter , car » votre salut en dépend. Cette nuit même , » avant de fuir , vous écrirez au comte Ar- » thur ; vous lui direz que vous ne voulez