‹ L'étrangèreChapitre 140 sur 161 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

dressant à lui d'une voix passionnée , comme s'il pouvait l'entendre encore : « — O mon » Arthur ! dit l'Etrangère , il est donc glacé

» ce cœur , autrefois si brûlant! Hélas J

» pourquoi m'as-tu rencontrée ! j'essayai le h bien sur la terre , et n'y fis jamais que le

m mal. La fatalité , ce fut moi. L'héritier

» des rois de Bretagne, grand par lui- » même et par ses pères , entrait illustre

» dans la vie; Arthur m'a vue Arthur

» est mort. Il pouvait prétendre à la gloire , * à tous les biens de la fortune , peut-être 1» même à quelque trône; Arthur vint à » moi.... , il est mort. Son ame était ardente » et sublime , l'enthousiasme était sa vie , » les vertus étaient son flambeau } j'aimai » Arthur.... , Arthur est mort.

n Noble victime de l'amour ! dors sous le d funeste bocage où la proscrite a tant )> pleuré!.... Que l'eau de la sainte fontaine

33o l'étrangère.

» passe e n murmurant auprès de ta tombe ! . . .

» Repose en paix sur cette rive , où tant de

» douleurs s'agitèrent!.,..

: » Cher Arthur, si tout à l'heure tu ne

» m'as pas dit adieu y c'est que tu avais la

» certitude que j'allais te suivre là-haut.... ;

>* mon Arthur ! tu avais raison , 'nous ne

» devons point nous quitter ; entre toi et

» moi point d'adieux ; ton oubli était un

» appel..... Un instant encore ! etj'ar-

» rive... »

Elle se précipite sur la couche fatale, et serre tendrement dans ses bras la dépouille inanimée d'Arthur ; puis se relevant égarée , elle s'adresse à Izolette.

; ; « — Sortez! qui vous retient ici !... Vivant, » il a pu être à vous; mort , il n'appartient » qu'à moi seule..... Je l'ai tué, je veux » ses restes; qui oserait me les disputer!... » ils sont à moi, c'est mon ouvrage..;. Froide

' LIVRE XII. 33l

*> et insensible poussière ! que j'ai le droit de » contempler, tu es le seul trésor que je h réclame ! tu es mon bien , et j'en veux » jouir seule. Allez! je suis chez moi...., » laissez-nous. »

La vierge du castel , à genoux , n'a plus , pour résister à la reine , que sa gémissante prière. « — Agnès ! pourquoi me séparer » de lui!.... Vous qui sûtes si bien aimer, » ayez pitié de ceux qui aiment!.... ne vous » montrez point barbare !..... je né puis ni » ne dois le quitter.... , c'est mon époux.

» — Votre époux ! dit l'Etrangère en la » repoussant; il ne le fut point; jamais il » n'a voulu l'être. Moi! prendre pitié d'Izo-

» lçtte! non, je ne le puis:..., tu m'es

» odieuse ; n'as-tu pas eu sa dernière pensée , » son dernier regard , sa dernière parole ?. . . » tandis que moi!....

» — Agnès ! • Agnès ! s'écrie douloure u-

» sèment Izolette; que ces reproches sont » injustes! Ah! dans les derniers mots que • m'adressait Arthur , il y avait plus pour

» vous que pour moi! Oui , j'eusse pré-

» féré les yeux qu'il détournait d'Agnès , )> aux regards qu'il portait sur Izolette.

» Amante ingrate ! ne vous plaignez point

» de votre partage! Lorsqu'il mourait

» entre vous et moi , j'avais ses paroles et » vous son cœur* Son langage était l'amitié , » son silence était l'amour. »

Mais rien ne peut fléchir l'Étrangère ; et d'un geste de la main, elle renouvelle à sa

rivale l'ordre de sortir de sa cabane

Izolette s'est relevée; la cruauté de la princesse la révolte et lui rçnd des forces.

« — Non y reprend-elle avec énergie > non n je ne vous céderai point mes droits... Vos » commandemens sont vains; il rC est point » de reine en ces lieux , c'est vous-même qui

Page 1