‹ L'étrangèreChapitre 142 sur 161 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

généreux sont les seuls qu'éprouve Izolette, L'excès des angoisses d'Agnès a désarmé son ressentiment; elle se trouverait barbare d'irriter de semblables maux en rendant outrages pour outrages; et la douce compassion a seule parlé à son ame.

La princesse , ramenée à elle-même par l'interruption funèbre de tout bruit et de tout mouvement, jette un œil hagard autour d'elle.. . Celle qu'elle vient d'accabler des traits de sa colère ne se souvient plus de ses injures, et ne remarque plus sa présence ; Arthur lui seul . est devant elle : et , sous le coup qui l'a frappé, elle est retombée tout entière.

Le premier objet qu'aperçoit Agnès est Izolette , pâle et glacée , tombée sur un genou près du lit. Son corps est à demi renversé en arrière, tel que la tige d'un lis que . vient de briser l'ouragan 5 et cette

attitude effrayante de la désolation et de la défaillance peint mieux que toute expression le complet déchirement de son être.

La fille des rois, à son tour, est émue de

compassion j elle se rappelle ses torts

elle songe à les réparer.

« — Izolette!» s'écrie Agnès d'une voix douce et suppliante* La vierge de Montolin entr'ouvre les yeux.,. ... regarde aveeéton-

nement; reprend peu à peu ses esprits

la reine est debout devant elle.

« -— Izolette ! » répète Agnès.

Elle ne pçut ajouter aucune parole... mais elle lai ouvre ses bras avec l'expression la

plus touchante et la plus irrésistible et

Izolette s'y précipite. Auprès du corps de Ravenstel , leurs pleurs s'unissent , se confondent et les deux rivales s'embrassent.

L'oratoire de l'Etrangère était au fond de

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la cabane ; Agnès y court et s'y prosterne.

Izolette est demeurée seule auprès du malheureux Arthur. La main de son époux est posée sur. le bord de la couche, elle y imprime un tendre baiser ; et, remarquant un anneau d'or à son doigt, elle a voulu s'en emparer. L'Etrangère bien qu'éloignée, r suit des yeux tous ses mouvemens...*.. elle se relève à la hâte; et , comme pour s'opposer au dernier désir de la compagne d'Arthur t elle porte ses pas vers elle. Sa marche et son visage ont révélé sa pensée à la vierge de Montolin; l'expression la plus déchirante est empreinte sur les traits d'Agnès ; la compatissante Izolette la regarde.... et, par un mouvement aussi rapide qu'irréfléchi , elle lui présente la bague.

Confondue par ce nouveau trait généreux, par ce noble élan de la pitié , par ce sublime effort d'une rivale, h princesse, étonnée , tome 11. 22

recule Plaçant une main sur ses yeux,

de Vautre elle repousse Panneau. Mais elle a gardé le silence , elle a pu refuser par un geste , elle ne l'aurait pu par des paroles.

La bague reste à Izolette.

a — Arthur! s'écrie la douce vierge; tes » derniers vpeux sont exaucés* Près de ma » tombe, disais— tu, si tu la rencontres jamais, » ne la fuis point! pleurez ensemble.

» — Izolette! il t'a dit cela! répond

» vivement l'Etrangère; et c'est toi qui me » le répètes! ah ! tu étais digne de lui....

» oui, plus digne de lui... que moi.»

Elle prend la main de sa rivale , l'entraîne auprès du lit fatal , pose cette main sur son cœur; et levant la sienne vers la voûte céleste avec un regard plein d'enthtiusiasme et d'inspiration :

« — Arthur, cher Arthur ! s'écrie-t-elle , » tu nous regardes... tu nous vois; du haut

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