LIVRE VI
Alaïs a été conduite aux prisons du monastère. Olburge est retourné vers l'abbé; il peint sa victime sous les couleurs les plus noires; il ne parle que vaguement de l'entretien qu'il a eu avec elle, et en omet le ré-
sultat; mais il conseille avec force au prieur, afin d'éviter le bruit et le scandale, de faire enlever de l'abbaye la misérable amante d'Arthur, de la faire enfermer secrètement dans quelque couvent éloigné, et de faire ainsi disparaître à jamais de la contrée l'objet du mépris général.
« — Non, répond le prêtre sévère, votre » conseil n'est pas celui de la sagesse; les » voies que vous me tracez ne sont pas celles » de la justice. Un meurtre a été commis, il )> faut en découvrir l'auteur. L'Etrangère a » été témoin du forfait; peut-être eRe en est » le complice y peut-être mêlrie elle a frappé } » car cette femme, selon vous, est capablç
» de tous les crimes. Valdebourg, dit-on T )> lui était connu; ils se voyaient secrè- » tement. Un coupable amour a pu l'en- » traîner vers elle; et son amante, en un » transport de jalousie , a pu lever sur lui le » poignard. Olburge , point de fausses routes, » ni de tortueuses démarches ! laissons-les à » l'iniquité. Je veux que cette affaire se pour- » suive hautement, au grand jour, avec » éclat et loyauté. Il faut que tous les mys- » tèress'éclaircissent, que toutes les perfidies » se dévoilent, et que le baron soit vengé.
» — Seigneur! dit le traître avec effroi....
» — Olburge! point d'objections; retournez » au castel de Montolin. Vos soins me de- » viennent inutiles. Ce n'est plus ici une » simple intrigue d'amour à déjouer, c'est » un homicide à punir. L'Étrangère, gardée » à vue , et que personne n'approchera dé- )> sonnais, sera solennellement jugée. J'é-