‹ L'étrangèreChapitre 19 sur 161 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

mens , elle sacrifiera sa vie, plutôt que d'exposer celle d'Arthur. Sa tête est ardente, exaltée ; il n'a rien à redouter d'elle.

Et quand même elle trahirait son amant que soutient un rang illustre , .qui pourra croire à ses discours que n'accompagnera nulle preuve ? Arthur ne comparaîtra point, et Olburge le défendra. Presque tous les habitans du pays , séduits et gagnés par le traître, doivent venir témoigner contre Alaïs.

L'abbé a voulu donner un avocat à la captive , elle l'a refusé. Elle veut plaider sa causé elle-même , sans appui , sans conseils , sans . guide. Ah ! la proscrite du hameau , ainsi abandonnée du genre humain f pourrait-elle résister à tous les coups portés contre elle ! Sa perte paraît assurée.

L'heure du jugement a sonné. Quel spectacle imposant offre l'enceinte renommée

qu'un jour obscur éclaire à peine , et qu'environne une baie de gardes! Les juges vêtus de noir sont assis sur une haute estrade et rangés en demi-cercle à l'extrémité de la salle. Le prieur est au milieu d'eux sous un dais armorié que surmontent de noirs panaches ; il tient à sa main une sorte de sceptre; et chargé des décorations qu'il obtint jadis à la coUr de Philippe - Auguste , il porte le vêtement pompeux des chefs de la sainte abbaye.

Des étoffes d'un rouge sombre sont tendues autour de l'enceinte , et ne laissent voir aucune porte. Un immense crucifix domine l'assemblée ; et près du fer sanglant de Valdebourg exposé aux regards publics, des instrumens de torture et de mort qu'inventèrent les siècles barbares , mais dont il ne fut jamais fait usage au couvent de Saint- Irétiée,so&ten£ais§eaux aux pieds des juges.

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