LIVRE VI
natal pour empoisonnement et vol. Enfin , tous s'accordent à dire qu'elle est l'horreur de la contrée.
L'Étrangère, pendant ces divers récits , n'a paru ni alarmée ni surprise. Toutes les accusations étant terminées , elle se lève d'un air calme ; et se tournant avec dignité vers ses nombreux diffamateurs , elle prononce ces paroles :
« ' — Habitans de Saint-Irénée ! j'ignore quels sont les génies du mal qui vous ont dicté votre langage, mais il ne partait point de votre ame, il ne sortait que de vos lèvres. Enfans de la loyale Bretagne, l'imposture ne vous sied point. Gênés du rôle que vous remplissiez , vous en étiez honteux en vous-mêmes} vos yeux se détournaient des miens , et votre voix était tremblante.
w Qui m'a donc attire votre haine ? Ve- * aue sans crainte en vos cantons, en ai-je » troublé le repos ? Ai-je importuné vos » chaumières? Quels reproches peut-on » m'adresser? Qu'ai-je fait, au milieu de » vous , que de vivre et de pleurer seule au h fond de ma paisible retraite ?
» Vous dites que je suis initiée aux h sciences cabalistiques ; cette vague accu- » sation ne mérite aucune réponse. Pour » écarter de moi le vulgaire , mes magies » étaient ma douleur, et mes crimes mon w infortune.
)> Jeunes femmes de ces hameaux Ij'en ap- )> pelte ici à vos cœurs* Quand la discorde » planait sur vos cabanes , qui , par des pa- » rôles de paix , calmait vos esprits irrités ? » Quand l'adversité vous frappait, qui par- » fois soulagea vos peines ? Quand venaient » des temps d'indigence , qui , souvent ,