‹ L'étrangèreChapitre 24 sur 161 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

» seule en sa retraite, partagea son pain » avec vous ? Vos époux ne. m'ont point » connue ; mais vous qui lisiez dans mon » ame aux jours où la vôtre souffrait, » parlez! me croyez-vous coupable? »

Elle dit ; sa voix touchante a subjugue l'auditoire. Toutes les femmes de la contrée se sont levées à son appel. Leurs joues sont inondées de larmes ; et , trop vivement émues pour obéir aux règles sévères établies dans r enceinte des tribunaux , levant toutes les mains au ciel , elles s'écrient avec transport : « — Juges! c'est notre bienfaitrice.

)> Nous cautionnons son innocence.

« — Si je tenais à conserver mes jours , )> a repris la belle accusée , je me justi- » fierais sans peine , et bientôt Podieux >» soupçon cesserait de planer sur moi; » mais-» je l'avoue, à tort peut-être , peu » m'importe ma destinée ! Quel que soit

)> Faire t de mes juges, il m'est entièrement » indifférent. J'ai tant souffert parmi les » hommes , que l'existence m'est à charge.

» Perdue à jamais au bonheur , je ne crains

» point un tribunal qui peut me sauver

)> de la vie.

» Mais vous , malheureux délateurs ! son- » gez que ma mort pèsera sur vos têtes , » et que le ciel tôt ou tard vengera l'in- » nocence. Ce n'est pas pour moi, c'est » pour vous que je vous implore. Nobles » Bretons ! rétractez-vous ; quittez les voies » de l'iniquité , et qu'ici je ne sois pas cause » encore de votre perdition future. Hélas !

» sans le vouloir , et malgré moi , j'ai fait » assez de mal sur la terre.

» Je vois que je vous suis odieuse, eh » bien, sans le secours du crime, vous » serez bientôt délivrés de ma présence.

» Condamnée ou justifiée , vous ne me

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