‹ L'étrangèreChapitre 25 sur 161 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

» verrez plus long-temps ; je n'ai que peu » de jours à vivre , ne déshonorez pas les » vôtres. Je vous somme , au nom de Dieu » même , de jurer devant cette croix , par » le sang du sauveur des hommes , qu'au » pied de ce saint tribunal , vous avez dit » la vérité; celui qui se taira se rétracte, » Pas une voix ne s'est élevée , pas un témoin n'a persisté dans ses accusations. Les dernières paroles prononcées ont retenti par toute la salle comme dictées par le Seigneur ; elles trouvent dans tous les cœurs un écho dont le son absout l'Etrangère. Debout , appuyée contre une colonne , immobile f à demi - voilée, elle semble un esprit céleste , partant la vérité , aux juges. Un rayon de l'astre du jour tombait d'en -haut sur le pilier contre lequel était son siège ; on eût dit que la clarté donj elle s'offrait entourée était une émanation de sa personne , et venait de tome 11. 4

5o l'étrangère.

briser devant elle toutes les nuées de Terreur,

Un silence plein d'agitation et de mouvemens règne quelque temps dans l'enceinte. Et comme si une flamme électrique passant sur l'assemblée eût rendu simultanément à Faccusée tous les cœurs , l'enthousiasme et l'admiration l'ont environnée de nouveau.

Mais tout-à-coup s'arrachant des mains du factionnaire qui gardait une des entrées de la salle, une jeune villageoise se précipite

vers l'Étrangère C'est Nicette. Elle

écarte la foule étonnée , elle parvient jus^ qu'à l'estrade ; et là tombant agenouillée , hors, d'haleine , sans pouvoir prononcer ttn seul mot , elle présente un écrit aux juges.

Le prieur a pris le papier sur lequel est apposé le sceau royal de France. Il l'ouvre , et lit à haute voix j

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« — Si ma prière a quelque puissauce

» encore, sur le peuple dont je fus reipe ,

» que partout où sera Y Etrangère on res-

d pecte son existence , ses secrets et son in-

» fortune.

m La princesse de Méranie. »

Quelle extrême surprise a saisi tous les assistans !.... Agnès de Méranie , la captive de Karency, Fepouse de Philippe-Auguste ,

sHntéresse au sort d 1 Alaïs ! Le prieur ,

pensif et muet , parait confondu d'etonnement.

« — Qui vous a remis cet écrit ? dit un des » prêtres à Nicette.

— » Ce matin , seigneur, repond- elle , je » Fâi trouyé chez ma maîtresse.

»» — Qui Vy avait porté ?

» — ëe l'ignore. Mais gréée aux soins de

* ma: bienfaitrice, je sais enfin lire et

m jVi lu. « . .

Le prieur se tourne vers l'accusée . «— -Étran- » gère ! lui dit-il , en la regardant attenti- » vement , pourquoi n avez- vous point fait m valoir plus tôt et vous - même, auprès de » vos juges la pièce importante que vous » possédiez ? Celle à qui la vertueuse prin- » cesse de Méranie a pu remettre un pareil ^

» titre , ne peut être une vile créature

» L'intérêt que vous porte Agnès est d'un » grand poids pour vous défendre.

» — Seigneur ! répond Alaïs ; je vous l'ai » dit, je le répète, peu m'importe ma >» destinée j aux tribunaux de cette terre , » tout arrêt m'est indifférent. D'ailleurs >» l'écrit royal d'Agnès, qui depuis long- )> temps est en ma possession, ne me disculpe » point des forfaits récens dont on m'ac- » cuse ; je n'ai point pensé qu'il dût m'être » utile en cette circonstance. J'ai pu jadis

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