LIVRE V
prendre un tel mystère ! Comment expliquer de tels faits ! Cette aventurière suspecte que dédaignait tout le canton est l'amie des rois et des reines, est la protégée des palais!.... Cette misérable inconnue serait-elle donc une puissance ! Que penser ! que dire ! que faire î
Un long silence a suivi la lecture de Pordonnance souveraine ? L'Étrangère n'a manifesté ni émotion , ni joie , ni surprise. Elle est restée calme et paisible, appuyée contre sa colonne , et toute à ses tristes pensées. On eût dit que témoin fatigué d'une affaire qui ne la concernait point , elle n'y attachait nulle importance. Peu occupée de l'extraordinaire message et de l'effet qu'il a produit, indifférente au jugement qui doit être porté sur elle,, et spectatrice inattèntive, elle n'écoute ni tie voit rien. Tous les regards sont fixés sur elle, aucun ne rencontre le sien.
L'infâme Olburge se lève ; il voit qu'Àlaïs est au moment de triompher , et le monstre a frémi de rage.
« — Juges éclairés ! s'écrie-t-il , la date » du royal décret de Philippe est antérieure » au meurtre de Valdebourg ; et l'intérêt » que prennent à l'Etrangère la noble Agnès » et le roi de France ne détruit point les » faits qui l'accusent ; ses illustres protec- » teurs y instruits des circonstances pré- » sentes , seraient les premiers peut-être à » la condamner aujourd'hui, s'ils siégeaient » au milieu de vous. Ministres sacrés ! avant » tout la justice. Votre tribunal suprême est » indépendant de la couronne. Ne vous lais- » sez point influencer par des recomman- )> dations puissantes ; ne vous laissez point » éblouir par l'éclat merveilleux dont s'est » constamment entourée cette femme mys- » térieuse. Vous devez punir les forfaits;