‹ L'étrangèreChapitre 46 sur 161 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

» voir, j'y serai fidèle. Qui sort de sa classe » n'est plus d'aucune; et, déplacé, n'est bien molle part. J'ouvris les yeux fille des champs ; je les fermerai villageoise.

)# — Et tu renonces à l'hymen ?

» — Non ; s'il me faut choisir un époux , je prendrai celui qu'à son lit de mort ma mère m'avait désigné. Je le connais peu ; il n'a ni beauté ni jeunesse, mais je sais que son cœur est bon ; que dois-je demander de plus ? Ah ! long-temps sans doute, en secret , je pleurerai le jeune page ; mais , loin de lui , je prierai Dieu ; la vertu peut dompter l'amour. J'aurai marché droit dans la vie ; cela soutient , cela console. Je me dirai: « Inexistence humaine est courte; » je regarderai loin audelà , et Dieu prendra pitié de Nicette.

» — Adnlirable enfant ! s'écrie le comte de Ravenstel ; digne élève de l'Etrangère !

g6 l'étrangère.

» c'est Alaïs qui a formé ton ame , je la re- » trouve dans tes discours. Va, pars, era- » porte ma cassette ! dispose à ton gré de » ta vie.... Hélas! que n'ai-je ta force!.... )* Point de i*efus ! point de réponse! Je suis » riche, je puis donner, je n'aurai jamais » d'épouse ; retire-toi! »

Et prononçant ces mots avec véhémence, il Fa poussée hors de la salle , sans qu'elle ait pu lui résister. L'orpheline , malgré elle , emporte le riche présent.

« — Quel exemple et quelle leçon ! se dit » Arthur demeuré seul ; et c*est une villa- » geoise qui me les donne! Elevée aux » champs, elle n'a reçu aucune instruction , >» et que ses doctrines sont belles!... Ah! ce » que la raison naturelle lui a enseigné est » mille fois préférable à tout ce que là mo- » raie philosophique m'a appris; elle sait » maîtriser son cœur, et moi je suis dompté

Page 1