‹ L'étrangèreChapitre 53 sur 161 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

» à me refuser rentrée de cette demeure, » c'est me pousser toi-même au crime. Vois » ce rocher, l'abîme est là... Quelques pas, » et je disparais. Une amé perdue par ta » faute! quel reproche éternel pour toi! »

II dit , et se dirige vers la pointe du rocher qui s'avance en saillie en-dessus du lac de Montolin. Le prieur effrayé l'arrête.

« — Arthur , au nom de Dieu ! s'écrie-t-il , » écoute-moi , que vas-tu faire ! »

Raveîistel se tourne vers lui. « — Tu par- » les de Dietr! répond -il; Dieu ne dit -il » point à toi) cœur, lorsqu'un malheureux » s'offre à toi : Prends pitié de lui , c*e$t ton )» frire ? Eh bien , je suis ce malheureux , ce w frère... Ah cruel! prends pitié dé moi; » ne sois pas semblable au roc escarpé que » le naufragé vainement cherche à saisir au » bord des gouffres.... Je tombe à tes pieds, » vois mes larmes!.... Fais en sorte que je

» parle un instant à l'Etrangère ; un ; seul » mot d'elle et je repars. Il me faut aussi » ton pardon; relève-moi, tends-moi tes

» bras; que je m'appuie contre ton sein

» J'ai tant besoin qu'un cœur me plaigne ! »

La pâle figure d'Arthur, sa physionomie suppliante, une teinte funeste, un présage de mort comme répandus sur ses traits, sa voix touchante et son discours, attendrissent le saint abbé. Il ouvre ses bras au jeune homme, et le presse contre son sein.

« — Demeure en ces lieux ! dit-il , ta » douleur est irrésistible , et je cède à son » ascendant. Tu ne verras point Valde- » bourg, ce serait vouloir son trépas; mais » peut-être obtiendrai-je de sa sœur qu'elle » consente à t'écouter une fois encore. Je » vais du moins l'y engager. Mais, Arthur !

m que l'entretien soit court ! que ce soit le » dernier adieu. »

Page 1