‹ L'étrangèreChapitre 54 sur 161 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Et le prieur, après ces mots, est rentré seul au pavillon.

Le comte de Ravenstel va donc revoir l'Etrangère. Pourra-t-il, dans son état de souffrance et de faiblesse, supporter une pareille épreuve ! Il s'avance sur le plateau dominant le lac. Son œil paraît sonder l'abîme; est-ce un tombeau qu'il lui demande ? En cherche-t-il la place d'avance?

Alaïsne paraît point. Arthur se rappelle sa générosité an tribunal, et le désir tacite qu'elle a montré de le préserver de tout péril ; elle a donc quelque affection pour lui , puisqu'elle a voulu le sauver au risque de ses propres 3 ours. Àh! s'il est aimé d'elle, comme en ce moment elle doit souffrir aussi! Cette pensée l'enchante et l'accable. Incompréhensible contradiction du cœur humain!

L'amant passionné désire à la fois dans la

1 1 o l'étrangère.

destinée de celle • qu'il adore ses propres tourmens, ses mêmes angoisses, et pourtant aussi le bonheur.

Les astres de la nuit laissaient tomber leurs rayons argentés sur les blanches colonnes du pavilloji. La demeure du baron s'élevait silencieuse et solitaire sur le plateau de la montagne. Celait l'heure mystérieuse des tendres méditations. C'était la lumière voilée des lieux de rendez-vous de l'amour ; c'était ce calme harmonieux qui , précurseur mélancolique des doux aveux de la pudeur , dispose l'ame au sentiment.

Arthur regarde , et tous les objets à reflets blancs qu'agite la brise du soir, offrent à ses yeux l'Etrangère; Arthur écoute , et toutes les voix de la nature sont pour lui la voix d' Al aïs.

Enfin les plis légers d'un voile ont flotté

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