LIVRE VIII. ISS
La fièvre ardente qui dévorait Arthur s'est enfin apaisée ; mais à déplorable situation ! uto abattement moral joint à un accablement physique le privent à la fols de toutes ses facultés. Il regarde autour de lui , on ne sait point s'il vpit ; il écoute avec attention , on ignore s'il entend ; il est dans l'attitude de la réflexion; rien ne témoigne qu'il pense.
Hélas ! on voit bien qu'il existe , on ne peut pas dire qu'il vit*
Aucun gémissement n'échappe de £on sein; aucttn mécontentenieiit ne se peint < sur ses traite ; amune parole amère ne sort de sa bouche. Arthur, *i violant autrefois, doux maintenant comme )'agnçau nouveau^oé ^ paisible comme la fontaine* «U* désert, triste comme la cloche du soir, a ptrdu sa ligueuse ardeur. Ses chagrins sont muets et solehneteu Mort à toutes les joies de la vie, il | l'est itiéuie à ses distractions. Rien ne l'oc-
cupe, rien ne l'agite; il paraît étranger à ses propres maux. Faible, amaigri, décoloré, jamais il n'avoue de souffrances; mais son sourire patient et forcé révèle ses douleurs inconsolables plus que ne le ferait la plainte. Inexplicable à tout le monde , à peine est-il compris de lui-même.
Quel est donc ce désespoir insouciant et résigné qui s'oppose aux bienfaits de l'art et triomphe de la nature , comme la source in* visible qui mine un rocher et le renverse?
C'est le découragement complet d'un cœur noble mais déchu, indigné des hommes et de lui-même , qui n'a plus de désirs , d'illusions, ni d'avenir; et qui, devant une existence nue et désenchantée , recule avec dégoût et mépris.
La grande horloge du Castel venait de sonner la première heure de la nuit. Arthur