‹ L'étrangèreChapitre 67 sur 161 · LIVRE VIII. l · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. l

et cVst alors , plus que jamais, le beau comte de Ravenstel.

Il a /épris avec sa force physique son effervescence morale; cependant son humeur est totalement changée. H s'étudie à se contenir, fl veut cacher ce qtfil ressent ; mais son extérieur contraint avec son ame sans détour , sa tranquillité affectée avec sa fougue invincible, font de lui un être biîstirré, inconcevable, éauVâge, et en dehors de la vie commune. Inégal, brusque, insociabie, importuné dé ses idées et répoussant celles des autrès , il est fatigué de ses semblables et plus encore de Im-irtême.

Il â demandé soîentiellement la main dlzoïette au sire de Montôliri; à peine a-t-îl entendu la réponse. On dispose avec pompe les fêtes de l'hymen , lui seul n'en remarque point les apprêts. Lôrsqu v ôu lui adresser la parole, il écoute parfois attentivement, et

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comme avec un vif intérêt ; mais , lorsqu'on attend la réplique, l'interruption de tout bruit est pour lui un . coup violent qui fait tressaillir tous ses .membres... et alors il s'éloigne irrité, ou s'il prononce quelques mots, ils sont brusques et déplacés. Son regard est souvent farouche , son sourire est toujours

amer ; et dans son langage incohérent , dans son accent rude et coupé , il y a tour à tour du courroux, de l'insouciance et du dédain.

D ne souffre point les questions. Tout entretien lui pèse. Il s^enferme dans ses douleurs et n'y laisse pénétrer personne. Une impatience habituelle , et sans objet apparent , agite et contracte ses nerfs. Cherchant à s'interdire le souvenir, la réflexion et la pensée, il lutte nuit et jour avep eux; Tinsçnsé se croit leur vainqueur, il est constamment leur victime.

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La reUgioo »auW eût pu iftaîtriser œHe ame e^altw à laquelle gavait pa$ été donnée cette régularité froide et passive qv.i calcule et coordonne les événemeus de la viç } imtis Arthur n'avait pas été élevé à appuyer son imagination sur la piété. L'arbitre suprême , dans lequel il eût cherché un ami et un père , si son coeur, qui avait plus de ten~ da&ee à akner qu'à raisonner , eût suivi ses propres peuchans j l'arbitre suprême ne lui avait été présenté par Olhurge que comme un problème insoluble ou une abstraction sans objet. Perdu dpnc dès sa jeunesse dans un vague de théories hyperboliques , où la foi chrétienne n'entrait pour rien, il n'avait reçu pour, guide ici bas que les leçons philosophiques. Néanmoins sa pensée , trop immatérielle et trop subtile pour ne s'attacher qu'aux objets sensuels , avait toujours aimé à s'élancer hors des cercles systéraatitome u. 10

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ques ; mais arrêtée en son essor par la puissance des sophismes, et alors comme balancée entre deux mondes , elle luttait contre sa nature , n'avait ni route 7 ni marche , ni but , et n'était plus ni du ciel , ni de la terre. Aussi Ravenstel , aux jours de l'adversité , se cherchait en vain des ressources ; il n'avait nui genre d'appui et nulle sorte d'espérance.

Il n'est que la seule Izolette dont la voix ait quelque empire sur son esprit. Il suffit qu'elle se présente à sa vue pour rendre momentanément la paix à ses sens. Point d'emportemens devant elle. Izolette est une égide pour lui , qui brise les nuées orageuses. Elle a seule accès à son cœur. Quand la fureur va le saisir , qu'elle le regarde il s'apaise. Lorsqu'il veut fuir l'aspect des hommes , que son œil l'appelle, il demeure. Jamais une parole amèrene lui échappe en sa présence; elle voit, elle sent son pouvoir; elle en jouit et en est

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