LIVRE VI
La bourrasque passée, il prie son hôte hospitalier de le ramener dans sa barque au castel; et déjà il traversait Fonde lorsque , repoussé vers la cote par les vents encore irrités, il aperçoit tout-à-coup une torche allumée descendre du roc de FontariL Malgré l'obscurité répandue sur la nature, il distingue les vêtemens blancs d'une femme...
Un jeune homme suit l'inconnue, il a cru reconnaître Arthur.
Olburge veut à l'instant le joindre ; il fait changer de direction à sa nacelle ; et après quelques difficultés , il parvient à débarquer près du roc où la curiosité l'appelle. Ses yeux ne l'avaient point trompé. Mais dans quel état, juste ciel! a-t-il retrouvé son élève!
Arthur , baigné de sang , était couché sur le sable; il n'avait plus aucune force et ne poussait pas une plainte. On l'eût pu croire privé de la vie , si son œil hagard et inter-
rogatif n'avait attesté le contraire. Ses vagues réponses aux premières questions d'01burge n'avaient présenté que d'effrayantes images ; elles ne donnaient aucune explication ; cependant elles ont suffi à Olburge. Il n'interroge plus , il sait tout*
La barque fend les flots; l'air frais de la soirée et la brume élevée du lac rafraîchissent les sens d'Arthur. Ses blessures ont été pansées. Ses facultés entières lui sont rendues par degrés. Il a recouvré sa raison ; le malheureux ! qu'il va souffrir !
Il regarde les objets qui l'entourent ; et l'aspect d'Olburge est son premier supplice.
C'est lui dont les perfides insinuations ont armé son bras furieux; c'est lui dont les fausses révélations l'ont poussé à la vengeance. C'est lui , enfin , qui l'a conduit au crime.
Rien ne l'arrache à ses douleurs morales , pas même ses douleurs physiques. Arthur!
te souviens-tu de ce temps où tu demandais à la vie des commotions et des tempêtes ?.... Le ciel a exaucé tes vœux. Les voilà ces biens désirés ! Tu avais pensé dans ton orgueil superbe , et sans autre appui que toimême ) pouvoir impunément lutter avec eux, et te jouer de leur puissance. Téméraire ! où est ton audace ? Insensé ! où donc est ta force ?
« — Comte de Ravenstel !.... dit Olburge.
» — Qui parle ici ? interrompt Arthur à » voix basse et sans le regarder ; ne recon- » nais-je pas la voix trompeuse qui , exha- » lant la calomnie , m'a dirigé droit vers le » meurtre!.... Qu'a-t-elle encore à me pres- » crire? N'est-ce pas assez d'un forfait !
» — Quoi ! répond Olburge , vous m'a-
io l'étrangère.
» dressez un tel langage ! moi qui fus votre » second père , moi que chérissait votre eh- » fance
» — Point de retours sur le passé , a re- » pris Vivement le comte. Tel que je vous » croyais, j'ai pu vous aimer; tel que vous » êtes , je vuos repousse.
» — Arthur ! je le vois; vos tourmens
» — Mes tourmens ! Olburge : lié plus » cruel de tous en ce moment , c'est de vous » voir là.... près de moi; et, contraint de » rester en place , d'être forcé de vous en— » tendre.
» — Que dites-vous !
» — Ce que je pense. Je n'ai jamais parlé » autrement. Vous m'avez élevé à vous tout w dire; et ce n'est pas à l'heure présente » que je voudrais vous rien cacher. Vous » m'avez lâchement trompé ; je ne puis plus )> vous aimer, car je vous méprise. Je suis