‹ L'étrangèreChapitre 84 sur 161 · LIVRE IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE IX. i

)> le sentiment; je n'ai plus rien de tendre » en mon ame.

»• — Mais vos méditations profondes sur » les plus hautes questions annoncent un » esprit réfléchi ; elles ne sont point de votre » âge, et

» — Je n'ai plus d'âge, Guillaume Autre- » fois j'ai eu l'instruction des savans , c'était » de l'étude que je l'avais reçue ; elle ne m'a » été utile à rien. Maintenant j'ai l'expé- )> rience des vieillards , c'est le malheur qui » me l'a donnée , le malheur est un si grand » maître !.... Vous implorez , dites- veus , ma » pitié ; je n'ai plus pitié que de moi-même. » Hors de toutes les saisons humaines je » suis en-deçà du tombeau , je suis en-delà

» de l'existence. En semblable position , rien » de moi , pour moi , ni par moi , n'est à es- » pérer sur la terre. Vous vouliez lire dans

i86 l'étrangère.

» mon cœur , c'est un livre inintelligible ;

» tout est effacé , tout est noir.

» — Et si j'aimais autant que vous, Arthur !

)> si l'état affreux où vous êtes devait aussi » être le mien !.... Si , perdant celle que j'a- » dore , je devenais semblable à vous ! si le » désespoir

» — Vous, Guillaume!... interrompt vive- » ment le»comte; non, ne redoutez pas cet » état , il ne menace point votre avenir. Que » moi , qui n'ai jamais connu la gloire et » l'ambition, je sois tombé victime du sen- » timent qui remplissait seul toute n* vie , » rien en cela ne peut surprendre; mais » vous !.... grand sénéchal du royaume , » vous ! surnommé Y Achille français , vous » qu'occupent les destins du monde , et » qui vantez le charme des cours ! non, mon » sort ne sera point le vôtre. Une seule idée » n'absorbe pas toutes vos facultés; vous

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» aimez Izolette , je veux bien le croire ; mais » vous songez en même temps à Phflippe- »> Auguste , à vos troupes , aux honneurs et » à la victoire Ne craignez point ma port sition, vous n'aimerez jamais comme » moi.

» — L'Etrangère, a repris Guillaume

» — L'Etrangère I...* s'écrie Arthur; ne » prononcez point ce nom devant moi , ou » je cesse tout entretien; parlez d'Izolette , et » j'écoute.

» — Parler du bonheur que je perds!

» Hoipme cruel ! voir le désespoir qui m'ac- » cable, est-ce donc une joie pour vous?

), — Sénéchal ! a repris le comte d'un air » grave et d'un ton solennel ; j'ai peu de » jours encore à compter ; Izolette ne tar-

» dera point à être libre Dès que ma

» cendre sera refroidie , épousez-la , et qu'on » m'oublie!

» — • Vous oublipr , Arthur ! jamais.

» — De la flatterie , dit Ravenstel avec un » sourire plein de dédain r d'amertume et i> d'ironie. Vous vous trompez de lieu y Guil- » laume^ Paris et le Louvre sont bien loin* » Regardez ce qui vous entoure ! trois objets » en parfaite harmonie, Arthur, un roc et » le désert.

» — Jeune homme étrange ! ame insen- » sible! reprend le chef désespéré; il faut

» donc renoncer à toi. Tu le veux qu'il

d m'en coûte ! adieu. »

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