LIVRE X. <2o
son front ; et cependant son regard est vif et brûlant. Une irritation convulsive agite toute sa personne. Les cris du peuple, les hymnes des jeunes bergères, les tambours et les chants guerriers n'arrivent plus à son oreille qu'en sons confus et discordans. Il voit la flèche du couvent de Saint-Irénée j l'Etrangère est là.... Bientôt il prononcera devant elle le fatal serment de l'hymen j bientôt il jurera devant elle de n'aimer jamais qu'Izolette. Quelles pensées et quelles images ! Comme elles bouleversent ses sens !
Plus il approche du monastère , et plus son désordre s'accroît. Il ne cherche plus à chasser de son esprit les souvenirs qui le pour^ suivent, les regrets qui le dévorent, et le supplice qui l'attend ; non , il les attire tous à lui; il aborde sans ménagement toutes les horreurs de la souffrance ; il se soulage en s'y; plongeant. Avant d'arriver à l'autel y û
2o6 l'étrangère.
veut les forces du délire, la raison n'en a plus
pour lui.
Les habitans de la contrée, en voyant passer les époux chargés de parures somptueuses , environnés des pompes de la grandeur et de la fortune , brillans de jeunesse et de charmes , les contemplent avec admiration. Semblables aux vieillards de Troie , extasiés à la vue d'Hélène': « — Qu'elle est » belle ! criaient les anciens du village.
» — Qu'il est beau ! répondaient tout bas » les jeunes filles du hameau.
» — Qu'ils sont heureux ! disait la foule. »
Hélas! auraient-ils pu croire les uns et les autres que la seule exclamation qui convenait en ce moment à l'illustre couple , était ces mots : « — Qu'ils sont à plaindre ! »
Ils sont aux portes de l'abbaye. Le prieur de Saint-Irénée , suivi d'une troupe de reli-