LIVRE X. 2l
flotte errante et légère joute et combat le Jong des rives. Une musique harmonieuse retentit sous chaque bocage où dansent les vierges du hameau , le front couronné de guirlandes. Des tables champêtres sont dressées sous les ormeaux du vallon 5 et les anciens de la contrée , tout au Dieu des festins joyeux , y chantent Bacchus et P Amour* Les plus jeunes pâtres du pays , dont les chapeaux sont ornés de rubans , et les houlettes garnies de fleurs, exécutent sur le préau mille tours de force et d' adresse. Cest- l'allégresse et le bonheur que la désolation contemple.
Ravenstel détourne les yeux du tableau mouvant de la vallée, et les porte au loin vers* les montagnes et la forêt , ou tout est calme et silencieux ; mais cet aspect pour lui n'a pas plus de charmes que l'autre. Lorsque l'ame est bouleversée , le repos de la nature
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cûritrftgte et 'discorde avec eMe. La terre , comme indifférente aux douleurs de ses enfans Malheureux, semble leur dire avec dédain: souffrez ou mourez! peu m'importe; elle nVii change rien à ses lois ; nulle pitié , nulle sympathie ! Le cœur de la plupart des humains , pour leurs semblables , n'est souvent qu'un roc insensible; le sol de toutes les contrées n'est* en résultat ^qu'une tombe; hélas! presque toujours ici bas* pour l'homme que poursuit l'adversité 1 tout est solitude et désert.
Izolette est venue joindre Arthur, vis d'elle, et à mi-côte de k montagne opposée ^ Mêlerait le clocher aigu d'un couvent de Bénédictines*; elle le montre à Ravenstel ; et d^ne voix plaintive : * — Arthur ! dit- *> eHe $ là4>as , sous ces murailles pieuses , » qu'elles ont wi destin paisible celles qui,
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» loin de tous les bruits de la terre , élèvent » leurs chants vers les. cieux !. ., Ravenstel > » quelles sont heureuses ! elles n'ont jamais » connu l'amour. »
Guillaume des Barres la suivait; il a écouté son discours. « — Qui vous assure > » lui dit-il , qu'aucune d'elles n'ait aimé ! » Il est peut-être de jeunes filles , qui, for- » cées d'immoler leurs penchans à leur de- » voir , sont venues réfugier en ce cloître » leurs regrets et leur désespoir. Plaignez-
» les , noble compagne d'Arthur ! vous ne
» savez pas , puissiez-vous ne jamais
)) savoir, quelle e$t l'angoisse poignante » qu'éprouve un coeur qui se sacrifie !... »
L'accent douloureux de Guillaume, et ses paroles significatives ont été entendus d'Arthur 5 il interrompt le sénéchal, « — Ces » vierges du Seigneur , dit-il , ont des joiçs * que nous ignorons. S'il ep est. parmi elles
» dont le cœur ait autrefois parlé , celles-là » même ont de saintes consolations ; elles » sont résignées à leur sort ; elles ne sont » point condamnées à subir des fêtes.... ; le )> monde a disparu pour elles ; dégagées de
» tous les liens terrestres , elles prient et
» Dieu les écoute.
» — Ah ! que ne suis -je une d'entre )> elles! s'est dit à voix basse Izolette. »
Ravenstel a quitté le balcon ; il fait le tour »■■* de la galerie , et parle à chacun des assistans. Son visage paraît plus calme , mais ses paroles ont peu de sens ; une idée fixe le préoccupe. Son but, en parcourant l'enceinte comme pour causer avec ceux qui la remplissent , est de chercher secrètement T et sans qu'on le remarque , un des témoins à son hymen , qui doit être parmi la foule