‹ L'étrangèreChapitre 95 sur 161 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

et qui veut y rester caché. Ne pourra-t-il le découvrir ? '

Un groupe de religieux se tient à l'extrémité de la salle; le comte s'en est approché. Une figure mystérieuse est debout derrière ces prêtres , et s'appuie contre une statue. Son maintien est peu assuré ; un capuchon voile ses traits ; elle a le long vêtement noir des moines de Saint-Irénée ; Arthiml'e Aminé attentivement , et le cœur d'Arthur a battu.

Elle a vu l'attention qu'elle a excitée , elle a reculé de quelques pas...., et ce mouvement l'a trahie. Plus de doute , c'est Alaïs ; l'élégance de sa taille et ses formes enchanteresses n'ont pu se perdre et disparaître entièrement sous son habillement lugubre.

Cest Hébé revêtue du manteau de la divinité des nuits ; c'est la plus timide des Grâces , qui devant l'Amour prend un voile; 6'est

ai S l'étrangère.

une aurore éblouissante qui s'est couverte

d'un nuage.

Le comte de Ravenstel s'arrête. Un frémissement religieux , semblable à celui qui saisit une ame enthousiaste à l'aspect d'un temple sacré , s'est emparé de tout son être. Il lui semble qu'un souffle divin exhalé autour de lui vient d'épurer les airs et Penceinte. Il sent , il respire > il existe, t

Il est prêt à s'élancer vers l'objet adoré qui dispose de son destin ; mais un geste de l'Etrangère , un geste doux et suppliant qu'aucup spectateur n'a pu voir bien qu'Arthur ait pu le comprendre , l'enchaîne captif à sa place. Il reste immobile et muet.

La porte de l'église s'ouvre. Les époux sont appelés à l'autel. Tout est prêt; ils sont

urne x. 219

attendus. L'orgue retentit sous la nef, et l'heure de l'hymen a sonné.

Le sire de Montolin s'approche d'Arthur ; et lui montrant sa fille : « — Comte de Ra- » venstel ! lui dit-il ^ prenez la main de votre » épouse, et conduisez -la vous-même à » fautel.

» — Mon épouse ! s'écrie Arthur , revenu » brusquement à sa situation réelle ; oui...

» je l'ai juré.... me voici, n

Il va vers Izolette , il est près d'elle Il

suspend tout-à-coup sa marche et prononce ces mots : « -—Sire de Montolin ! allez prendre » place à l'église; que tous les assistans s'y » rendent ! je désire y entrer le dernier. »

Le châtelain parait d'abord étonné , mais Arthur l'a depuis long-temps accoutumé à ses «montantes étranges ; 3 cède à son nouveau désir, et feint de le trouver convenable. Pourvu que sa fille porte le nom du descend

dant des rois de Bretagne , et jouisse de son immense fortune, peu lui importe tout le reste. Pourvu que son ambition soit satisfaite , les moyens qui l'auront servie lui paraissent indifférons. La foule entre avec lui à ^église. Il ne reste dans la galerie qu'Arthur , le prieur , Izolette , et la malheureuse Etrangère.

Quel était donc Pespoir d'Arthur en écartant ainsi les conviés à la cérémonie nuptiale? voulait-il avant l'hyménée entretenir seul Alaïs ? Songeait-il à rompre ses engagemens ?

quel était son projet, son but? Hélas ! il

n'en avait aucun. Le vœu manifesté par lui retardait le oui solennel; il en avait eu l'idée vague et l'avait jetée au hasard. Quelques instans de liberté étaient devenus un besoin pour son ame. Pourquoi ? qu'en veut - il faire ? Il l'ignore.

Page 1