PATHOGÉNIE
L’explication du mécanisme de l’étranglement rétrograde de l’épiploon trouve une solution complète et facile dans les propriétés physiologiques de cet organe. Nous savons, en effet, que le grand épiploon est doué de propriétés phagocytaires qui lui permettent de détruire les micro-organismes qui ont pu pénétrer dans l’économie et qui peuvent se trouver en son contact. Sous l'influence d’une intoxication ou d’une infection, il réagit comme un organe hématopoiétique ; il balaye sans cesse la cavité abdominale, il est comparable à un véritable filet où viennent se prendre les corps étrangers, les microbes qui y sont tombés ; 1l s’en empare, les absorbe, les élimine grâce au rôle primordial que jouent les leucocytes et les lymphatiques. Il jouit, d’autre part, de propriétés plastiques, se traduisant par la possibilité qu'il a, sous l'influence d'une inflammation, de contracter des adhérences avec la paroi abdominale.
La coexistence d’une hernie doit être la règle dans le cas d’étranglement rétrograde : on sait en effet qu’elle joue un rôle tout à fait prépondérant dans les
torsions de l’épiploon. Si l’on veut étudier le mécanisme de cet accident, on voit que plusieurs influences contribuent à la production de l’étranglement rétrograde.
Tant que la hernie est réductible, l’épiploon contenu dans son sac est soumis, à son niveau, à des mouvements constants de va-et-vient; ces mouvements s’arrêtent au moment où la hernie devient irréductible etne peut plus rentrer par les orifices naturels. L'épiploon est alors tiraillé de haut en bas; il s'accroît de longueur en se ramassant sur lui-même, ne peut plus s’étaler au devant de l'intestin et s’enflamme ainsi avec une plus grande facilité. On peut, dans ce cas, le comparer à ce qui s'était produit chez un malade dont Broca rapporte l'observation dans les Maladies de l'enfance, (1902) : l'épiploon était appendu à un kyste hydatique, du volume du poing, et s’élait légèrement tordu sur son axe longitudinal.
Cette explication s'adapte surtout aux cas où 1l y a torsion de l'épiploon combinée ou non à l’étranglement rétrograde comme dans le cas de Bayer dont nous relatons l'observation. Il n’est pas douteux non plus que l’on puisse observer aussi des étranglements rétrogrades sans lorsion, notre cas en fait foi; 1l est logique alors d’incriminer un taxis trop violent ou trop répété. La porüon centrale de l'épiploon se trouve alors soit refoulée, soit invaginée dans ce qui reste d'orifice praticable, et ainsi l’on conçoit facilement qu'elle ne puisse plus sortir à nouveau. Quant aux causes déterminantes, il faut invoquer, pour en avoir
une explication suffisante, la différence de densité
Des.
entre les différentes portions de l'organe, due à l'infiltration graisseuse, à la production de brides ou de franges épiploïques, à l’inflammation de cet organe lui-même. Ainsi on voit que l’épiploïte joue un grand rôle dans la pathogénie des torsions de l’organe. Cette inflammation de l’épiploon est favorisée dans une grande mesure par les violences, les traumatismes, les froissements accidentels dus au port d'un bandage mal adapté. Parfois, il est vrai, l'épiploïte se présente dans des hernies petites et peu exposées aux différents froissements et traumatismes; ce fait est assez rare pour que nous ne fassions que le mentionner.
En résumé, pour nous, la pathogénie de l’étranglement rétrograde, combiné ou non à la torsion, se ramène à trois points principaux, à savoir :
1° La coexistence constante de la hernie avec étranglement rétrograde ;
2° L'absence de l’intestin dans le sac hermiare;
3° L'absence d’étranglement de l’épiploon par le sac herniaire.
Pour éclairer notre pathogénie, le fait suivant paraît avoir un certain intérêt.
Vignard relate, en avril 1903, un cas d’appendicite avec des phénomènes d'étranglement de l'épiploon. Celui-e1 avait contracté des adhérences intimes, tandis que l’appendice, lui-même enflammé, offrait des bosselures dues à trois calculs de la grosseur d’une petite noisette.
Nous avons, nous semble-t-il, ainsi résumé les différents facteurs qui doivent intervenir dans le cas d'étranglement rétrograde de l'épiploon.
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