L'OBJET DE LA MÉTAPHYSIQUE
Critique sommaire de l'empirisme, du monisme et de l'idéalisme subjectiviste, fondée sur l'analogie du concept logique de l'être et l'affirmation de son contenu objectif.
Les empiristes, Hume et Stuart Mill en tête, prétendent que, semblable en cela à toutes nos idées, l'être n'est qu'un signe verbal, une image vague, imprécise, simple, pouvant, grâce à ce caractère, synthétiser toutes nos expériences passées. Ces expériences, en vertu d'habitudes acquises, nous renseigneraient avec une probabilité plus ou moins grande, sur l'expérience à venir.
Cette théorie ne peut se soutenir. L'idée, en effet, dépasse le fait individuel isolé ou considéré dans l'ensemble des associations de l'expérience complète. L'idée d'être n'est pas un simple mot, une pure entité verbale. Quoique cette idée nous vienne des sens, elle ne peut s'identifier avec le phénomène. L'être, ce n'est pas telle chose que voici, à tel endroit de l'espace, à tel moment du temps. C'est tout ce qui est, ou peut être, étendu ou inétendu, temporel ou intemporel, matière ou esprit, fini ou infini. D'où me viendraient les idées de Dieu, de l'âme, de la substance, des lois de l'être qui se manifestent comme nécessaires, les termes étant posés, si le concept d'être ne dépassait point l'image phénoménale, le percept vague toujours particulier ? L'idée d'être laisse de côté, néglige les conditions individuelles de l'expérience sensible, pour s'appliquer indifféremment et proportionnellement à tous les êtres.
Aristote affirme que l'animal se distingue de l'homme, précisément par le fait qu'il est incapable de donner un sens à ce petit mot : est. La métaphysique répond à cette question : puisque l'être existe, que faut-il affirmer ? Qu'est-ce qui doit exister ? La philo-
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Sophie première n'est rien autre chose que l'appréciation réflexive des richesses, que sans se douter de leur valeur, toute intelligence possède, dès son premier exercice spontané.
Etant immédiate, la notion d'être ne peut se définir. Ce serait la ramener à une notion plus simple, mieux connue, dont elle constituerait une spécification. Etant la plus générale possible, se présentant spontanément à l'intelligence, l'idée d'être ne peut se rattacher à un genre supérieur. Tout au plus pourrait-elle constituer le genre suprême.
Que cela même soit impossible, un instant de réflexion suffit à le montrer. La différence spécifique est une notion qui, nécessairement, est extrinsèque par rapport à la notion générique. Elle forme une composition logique avec le genre, déterminant celui-ci du dehors, d'une manière positive. L'homme est un animal raisonnable: voilà une définition. L'homme est ramené à une notion plus simple: animal. Celle-ci est déterminée par une notion qui, comme telle, lui est étrangère: la différence spécifique, raisonnable. C'est une addition logique proprement dite, parce qu'elle est extérieure par rapport à la notion animal.
Or, tout ce qui peut déterminer la notion confuse de l'être est aussi de l'être. Une chose ne peut pas s'ajouter à elle-même. Une différenciation de l'être, tel être, n'est pas, à proprement parler, une addition faite à l'être. En dehors de l'être, qu'y a-t-il ? Le néant. Mais le néant est incapable de diversifier, n'ayant aucun contenu objectif positif 0-
Nous sommes ici en présence de Vaporie logique, fameuse dans l'histoire de la philosophie grecque, qui détermina Parménide à professer son monisme radical. Le changement, la multiplicité, comportent du non-être. Pour changer, il faut ne pas être ce que l'on devient. La multiplicité des êtres suppose que l'un ne possède pas ce qui, vraiment, constitue l'autre. Donc, concluait Parménide, puisqu'il n'y a que le néant en dehors de l'être, le changement et la multiplicité des êtres ne sont que des illusions sensibles, qui ne peuvent trouver grâce devant notre raison. L'être est un, toujours identique à lui-même.
De la même façon, Spinoza a prétendu que la substance comprend en elle la totalité de l'attribut dont elle est la réalisation. Elle est infinie en son genre; et, par conséquent, absolument
1) Cfr. S. Thora., Contra Gentes, 1. I, c. 25; III Metaph., lect. 8.
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incapable de produire une autre substance. De là, le panthéisme spinoziste.
Et pourtant la multiplicité des êtres n'est-elle point réelle ? Le devenir n'existe-t-il pas ? La substance vivante ne produit-elle pas son semblable? Manifestement oui. Ce sont des faits qui ne peuvent être mis en doute. Au nom d'une théorie, fût-elle métaphysique, on ne peut pas répondre par le mot que l'on prête à certains discuteurs déductifs aux abois : Nego experientiam.
Il nous faut donc reprendre notre analyse et considérer attentivement comment l'être n'est pas une notion aussi simple, que le ferait croire une vue superficielle. Tout est de l'être, jusque dans son fond, jusque dans ses différenciations ultimes. L'être dépasse toutes les classifications, toutes les limites des espèces, des genres, des catégories, des divisions, qujelles qu'elles soient, logiques ou réelles. Le concept de l'être ramasse et synthétise, dans l'unité d'une forme intellectuelle vague et imprécise, tout ce qui est ou peut être. Notre notion d'être, en d'autres termes, est une notion transcendantale *)•
Comme, de fait, il existe plusieurs êtres, il nous faut restreindre à plusieurs réalités, cette notion unique. Cette restriction, cette descente de l'être dans ses inférieurs, comme l'on dit, ne pourra être médiate, s'accomplir par l'intermédiaire d'une notion qui ne serait pas de l'être. Dans les choses que nous définissons par genre et par espèce, le genre et la différence spécifique sont cet intermédiaire. La notion d'animal est restreinte à signifier l'homme, par l'intermédiaire de la notion : rationnel. Au contraire, la descente d'un transcendantal dans ses inférieurs ne peut être qu'immédiate. Entre Vêtre et ses subordonnés : les différents êtres, il ne peut y avoir de composition quelconque.
Pour que plusieurs notions puissent vraiment composer un tout, un ensemble, elles doivent être positivement distinctes l'une de l'autre. Puisque l'être comprend en lui d'une façon confuse, indéterm.inée, sans doute, mais pourtant actuelle, les différenciations
*) Transcendantal signifie, dans la philosophie traditionnelle, ce qui dépasse toutes les divisions de l'être, et s'applique à tout être indifféremment. Chez Kant, au contraire, il n'est peut-être pas inutile de le rappeler, transcendantal se rapporte non à l'objet mais à notre manière de le connaître, en tant que celle-ci est possible a priori (Kritik der rein. Vern., cap. III).
Cfr. S. Thom., 5. Theol, la, q. 3, art. 5.
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de l'être, quelles qu'elles soient: tel animal, cet homme-ci; toute composition dans l'ordre de l'être est impossible. La composition ne pourra se présenter que dans la talité de l'être, à l'intérieur même de la définition, entre les éléments constitutifs de ce qui est tel être déterminé. Dans l'ordre logique il y aura composition entre les notions animal et rationnel ; dans l'ordre réel, entre les membres, parties intégrantes composant le corps humain ; entre le corps et l'âme, parties réelles constitutives du moi ; bref, entre tel être et tel être. Mais entre l'être et tel être toute composition, même logique, est un non-sens.
La notion générique reste identique dans les espèces subordonnées. En elle-même, elle est parfaitement déterminée et précisée.
Seulement, le concept du genre étant objectivement imparfait, visant la réalité tout entière, mais d'un seul point de vue, le réel pourra s'éclairer encore, d'un autre côté. La différence spécifique ajoutera cette détermination. L'ensemble des notions : genre prochain et différence spécifique ultime, me fournira le concept objectif parfait, la définition, que poursuivent, sans l'atteindre toujours, les différentes sciences humaines. S'exprimant par le nom concret, le genre et la différence pourront dans leur ensemble ou séparément, être identifiés à l'individu existant. Je puis affirmer : je suis animal ; je suis raisonnable ; je suis animal raisonnable. Nous sommes en présence de ce que, en termes scolastiques, on nomme : abstraction totale. Elle s'oppose à V abstraction formelle qu'exprime le nom abstrait : humanité, par exemple. Je ne pourrais pas dire : je suis l'humanité, puisque je ne suis qu'une partie de l'humanité. La partie ne s'identifie pas au tout 0-
Quoi qu'il en soit d'ailleurs de la définition dans l'ordre de la talité de l'être, l'être comme tel ne peut se préciser, se déterminer du dehors. Il doit s'éclairer du dedans, de l'intérieur. De vague, d'imprécise, sa signification se restreint par des additions improprement dites, puisque déjà actuellement et implicitement, elles se trouvaient dans l'être. Je puis pourtant les appeler des additions si j'entends simplement signifier par là, qu'une notion imprécise se restreint, se détermine explicitement jusqu'à signifier tel être et pas tel autre ^).
C'est parce que Parménide n'a pas considéré la possibilité de
*) Cfr. S. Thom., De Ente et esseniia, c. III, circa finem.
'} Cfr. S. Thom., De veritate, q. I, art. 1. — C. Génies, 1. I, c. 25.
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cette restriction ab intrinseco, qu'il a professé son monisme de l'être. Pour user des termes techniques et consacrés par l'usage, Parménide a considéré l'idée d'être comme univoque, alors que la notion d'être, étant transcendantale, est nécessairement un concept analogique.
Il est clair, en effet, que, si l'être s'entend de ce que nous appelons la multiplicité des êtres, dans le même sens, cette multiplicité est illusoire, ne peut exister. Les êtres ne peuvent dans ce cas différer, puisque, précisément, ils devraient se distinguer les uns des autres par ce en quoi ils sont supposés identiques, par l'être. Si les différenciations ne sont pas de l'être, l'être est unique. On ne diffère pas, quand on n'est pas distinct par quelque chose. Si, au contraire, les différenciations sont de l'être, l'être les contient d'une façon actuelle mais indistincte. Plusieurs êtres étant donnés, la transcendance de la notion d'être exige que le concept de l'être ne s'applique aux différents êtres que d'une manière analogique, proportionnelle et nullement identique ou univoque.
Tout ce qui est, est réellement, intrinsèquement, vraiment de l'être. La notion commune de l'être n'est pas un pur symbole, un pur artifice mental, opérant une synthèse purement et simplement subjective. Ma notion commune de l'être a un fondement réel. Le rapport intrinsèque de Pierre avec son être est en partie le même et en partie différent du rapport de Paul avec le sien. C'est une analogie de proportionnalité intrinsèque. L'être de Pierre n'est pas l'être de Paul, puisqu'ils diffèrent réellement ; mais pourtant Pierre et Paul ont la même définition, la même nature humaine. La quantité est être, comme la qualité est être ; mais d'une manière qui, sans être absolument la même, n'est pas tout à fait différente. L'une et l'autre sont des déterminations adventices, accidentelles de l'être. L'évolution suppose qu'une réalité, tout en restant d'une certaine façon la même, devienne pourtant autre chose. Elle postule l'analogie de l'être. Si tout est dans tout, si l'être est toujours identique à lui-même, le devenir est impossible.
La première réponse à Parménide, à Spinoza et aux monistes de l'immobilité, c'est la communauté d'analogie du concept d'être. Grâce à son imprécision subjective, le concept d'être peut embrasser tous les êtres. S'il se précise, s'il se détermine, s'il se particularise objectivement pour signifier telle classe d'êtres, l'homme, le Belge, le professeur, c'est à la condition de se briser
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en plusieurs concepts distincts et objectivement plus parfaits 0- Les monistes du devenir, Heraclite, Bergson, pour citer certains noms, prétendent montrer que la contradiction est installée au sein de l'être d'expérience, précisément parce qu'ils ne se sont pas élevés jusqu'à la connaissance de l'analogie de l'être.
Le devenir est un non-être, disent-ils.
Or, le devenir est, Donc le non-être est.
Tout s'écoule, tout marche, rien ne s'arrête. Rien n'est être, tout devient ; le fond de l'être c'est le devenir. Jamais on ne peut dire de ce qui change : c'est telle chose, puisque à l'instant même, c'est autre chose. Bref, l'être existant est contradictoire ; pour le saisir il faut nier et dépasser la pensée assujettie aux lois de la logique.
Il n'est point difficile de leur répondre.
Dire que tout s'écoule, c'est affirmer que rien ne s'écoule, ni ne change ; puisqu'il n'y a rien en quoi se puisse transformer ce que nous appelons les êtres. Si l'être est analogique, l'évolution ne comporte aucune contradiction. Dans ce cas, tout n'est pas dans tout. Tel être n'est pas dans tel être. Il n'y a entre eux qu'une analogie ou une ressemblance mêlée de différence. Le nonêtre du devenir est un non-être relatif qui comporte intrinsèquement une réalité, la puissance d'être.
A la philosophie traditionnelle, Hegel de son côté, oppose, en substance, le syllogisme suivant :
è '^ L'être pur est indétermination pure,
\ )^*^'^ \ Or, l'indétermination pure est pur non-être,
^Vv* , i'^'*'^ Donc l'être pur est pur non-être.
^y^ Dans ce syllogisme qui, par l'analyse de l'être veut conclure
à l'identité des contradictoires, le terme moyen est pris dans deux sens différents. L'indétermination de l'être pur est la négation de toute détermination dans l'ordre de l'être, mais non la négation de toute réalité. Dans la mineure, au contraire, l'indétermination pure signifie aussi la négation de la réalité. L'être sans plus, la notion abstraite de l'être, c'est un être quelconque, n'im.porte
^) Cfr. G a r d e i 1 , G. P, Faculté du divin ou faculté de Pêtre, t Revue néo-scolastique », février ]911, pp. 94 et sqq.
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lequel. La compréhension peut être minimale, elle n'est pas nulle. L'être pur et simple n'équivaut pas au non-être ^).
Le monisme du devenir, le monisme de l'identité des contradictoires ou des contraires dans l'idée pure suppose que, d'une façon univoque, l'être puisse signifier le changement continu ou l'indétermination pure. Or, le devenir comme tel suppose que l'être s'applique dans un sens analogue à plusieurs réalités. L'on devient quelque chose ; et, l'on ne devient que ce que l'on n'était pas. L'identification de itcontradictoires conduit d'ailleurs à l'immobilisme et à l'impossibilité pour l'idée pure de l'être de se scinder en opposition de contradictoires. Si tout est dans tout, tout rythme de l'être doit disparaître -).
Ni Parménide, ni Heraclite, ni les nombreux philosophes qui ont suivi leurs brisées, n'ont tenu compte de l'analogie de l'être. Celle-ci explique la possibilité pour un être qui n'est qu'être relatif et d'une certaine façon non-être, de participer vraiment à l'existence et d'acquérir réellement des perfections qu'il ne possédait point ^).
Avant de passer à l'analyse du contenu de l'être, il nous faut encore dépasser le criticisme subjectiviste ou l'idéalisme en montrant que l'objet de la métaphysique c'est l'être, et non seulement l'idée d'être.
L'idée, le jugement, le raisonnement sont, pour l'intelligence, des moyens de saisir l'être, la raison d'être à travers les phénomènes que lui fournit la connaissance sensible. C'est par cette prise immédiate de l'être que l'intelligence se connaît elle-même.
L'idée d'homme, par exemple, s'appliquant dans un même sens à tous les représentants de l'humanité, se distingue de son image phénoménale en ce que, par le caractère d'animal rationnel qui la définit, elle fournit la raison d'être de toutes les activités humaines : vie, sensation, liberté, moralité.
^) Cfr. Garrigou-Lagrange, O. P., article Dieu du «Dictionnaire apologétique de la Foi catholique», pp. 988 sq., fascicule IV. Paris, Beauchesne, 1910.
2) Cfr. Aristote, IV Métapkys., c 5.
') La suite de notre étude montrera le fondement réel de cette analogie de l'être que nous venons d'exposer en nous plaçant plutôt au point de vue logique. Ce fondement, c'est la composition réelle de l'être limité.
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Loin d'être une simple association d'images, le jugement pose Videntité réelle du prédicat et du sujet. Le verbe être, copule du jugement, restitue au réel ce que l'abstraction en avait tiré. Tout jugement est une analyse, avant d'être une synthèse. Cette identité, qui commande la synthèse, s'impose soit en vertu de la simple analyse des termes : sujet et prédicat, dans les jugements évidents par eux-mêmes ; soit à cause de la considération d'un fait existant, dans les jugem.ents d'expérience. L'intelligence ne peut communiquer aux phénomènes une intelligibilité qu'en eux-mêmes ils ne posséderaient point 0-
Par le recours à un terme moyen, le raisonnement montre, dans le plus connu, la raison d'être du moins connu. Il repose sur ce principe : Deux choses formellement ou proportionnellement identiques à une même troisième, sont entre elles, de la même façon identiques. Le terme moyen peut être une notion univoque ou analogique, mais jamais il ne doit se dédoubler, en présentant dans chacune des prémisses, un sens différent.
Avant de se connaître elle-même par un acte direct, l'intelligence connaît l'être. Pour penser, il faut se référer à l'être, à quelque chose. Penser le rien, c'est ne pas penser. L'idée est comme un miroir, adéquat à l'objet, c'est le moyen, le id quo, de la connaissance. Ce n'est pas le id quod ou l'objet directement connu. Pour savoir que le miroir existe, il faut un acte de réflexion sur l'objet qu'il reflète. De la même manière, l'idée n'est pas éclairée par elle-même, mais par l'objet qu'elle présente -). ' Cet objet sera l'être existant que mon intelligence retrouve dans tout phénomène particulier, saisissant le général, le commun, dans le concret de l'expérience sensible. En réfléchissant sur l'unité fonctionnelle du moi connaissant, j'atteins l'être particulier par ses raisons d'être formellement ou proportionnellement identiques dans plusieurs.
') Cfr. S e n t r o u 1, L'objet de la métaphysique selon Kant et Aristote, Ire édition, Louvain, 1905, pp. 223-224; 2e édition, 1913, pp. 304-305. Mémoire couronné par la « Kantgesellschaft ». — Cfr. etiam Garrigou- Lagrange, Le sens commun, la Philosophie de Vêtre et les formules dogmatiques, pp. 24 à 50 et passim. Paris, Beauchesne, 1909.
') Cette image est tirée du De natura verbi (opusc. XXIII. Edit. Rom. XV) inter opéra S.Thomae. Il résulte de l'étude des anciens catalogues des œuvres de saint Thomas que cet écrit est apocryphe
Cfr. S. Thom., 5. Theol, p. I*, q. 85, art. 2 et q. 87. art. 3
Docrypne. ^
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Connaissant les lois fondamentales de l'être, je saisis le possible comme un tout dont les notes sont compatibles et qui, par conséquent, peut exister ; il n'offre aucune contradiction à l'existence. Ab esse ad passe valet illatio, disaient les scolastiques. Dans la mesure, ni plus ni moins, oîi je connais l'être existant, je connais le possible 0-
A l'être de raison, je prête un caractère positif qu'il ne possède point dans la nature des choses. Je ne le réifie que pour une raison psychologique, dans un but utilitaire, pour pouvoir en parler. En dehors de l'acte de connaissance, je ne lui reconnais aucune existence. Il est contradictoire que l'être de raison, la négation, par exemple, existe. La métaphysique abandonnera donc à la psychologie et à la logique, l'étude de l'être de raison, après avoir reconnu toutefois que le contenu positif de cet être n'a qu'une valeur purement subjective.
A cet être de pure raison s'opposent, d'une part, l'être qui existe et, d'autre part, l'être possible, qui peut exister en dehors de la représentation.
Le conceptualisme réaliste modéré, auquel l'Ecole de Louvain se fait gloire d'avoir toujours été fidèle, n'admet aucun compromis avec l'idéalisme subjectiviste.
*) Au sujet de la discussion sur le fondement de la possibilité on peut consulter notre étude: Idéalisine ansehnien et réalisme thomiste. Extrait des « Annales de l'Institut supérieur de Philosophie ». Louvain, 1912, pp. 18-27. On peut lire aussi Le problème de Dieu d'après la Philosophie nouvelle. Extrait de la « Revue néo-scolastique » (nov. 1907, fév. 190S), pp. 48-49 — 56-56.
12 Les transcendantaux