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X. Théorie du médiumnisme

XL Conclusion et résumé général.

I. — Conception générale des phénomènes psychologiques. Les deux psychismes. Leur nature et leur rôle.

Les nouvelles constatations psychologiques et la nouvelle hypothèse nous montrent, dans le moi, tout un monde d'éléments psychiques des plus complexes. Le « connais-toi toi-même » est infiniment plus important et plus difficile qu'on ne le supposait. L'être pen-

sant serait constitué par deux catégories distinctes d'éléments psychiques :

1° Les éléments provenant du fonctionnement des centres nerveux et constituant le psychisme cérébral, ou psychisme inférieur (pour employer une terminologie que nous retrouverons plus loin dans l'analyse d'une doctrine actuellement en vogue);

2° Les éléments indépendants du fonctionnement des centres nerveux, appartenant à l'être subconscient et constituant le psychisme supérieur.

La collaboration intime de ces deux psychismes "constitue L'être conscient normal.

L'ac^'o;i isolée de l'un ou de l'autre est une action subconsciente, c'est-à-dire en majeure partie inaccessible à la connaissance et à la volonté directes et immédiates de l'être normal.

Nous comprenons, maintenant, comment ce qu'on appelle la subconscience est double ; comment on doit distinguer la subconsciente inférieure produit du psychisme inférieur isolé et la subconscience supérieure produit du psychisme supérieur distinct.

Si la subconscienca inférieure est relativement simple et d'une étude facile, la subconscience supérieure est au contraire extrêmement compliquée. Nous avons vu, en effet, que l'être subconscient comprend :

a) Des éléments provenant d'une évolution extraplanétaire dont nous n'avons aucune idée précise.

h) Des éléments provenant de l'évolution terrestre antérieure, des acquisitions des personnalités successives.

c) Des éléments provenant des acquisitions de la personnalité actuelle.

Les divers phénomènes de la psychologie anormale, spécialement le médiumnisme, prouvent que ces éléments ne sont pas fondus, amalgamés en un bloc homogène, mais associés par groupes plus ou moins complexes dans la synthèse psychique. Ces groupes mentaux constituent soit des personnalités complètes, soit des sous-personnalités capables de se manifester isolément.

Ces notions étant admises, nous allons comprendre facilement ce qu'il faut entendre par psychologie normale et par psychologie anormale.

Psychologie normale. — L'être conscient étant le produit de la collaboration intime des deux psychismes, son activité régulière dépendra de la corrélation bien ordonnée de tous les éléments constitutifs de la synthèse psychique. Il y aura donc, dans la vie normale, subordination du psychisme inférieur au psychisme supérieur et, sans doute, subordination des groupes mentaux du psychisme supérieur à un principe central constituant la partie essentielle du moi, âme ou monade principale, sur la nature métaphysique duquel on peut discuter, mais dont il est bien difficile, avec les notions nouvelles, de méconnaître la nécessité et la réalité.

Ainsi se trouve réalisée une centralisation psychologique étroite grâce à laquelle l'être subconscient utilise à son gré les fonctions cérébrales et tire le meilleur parti possible des conditions organiques.

Toutes les acquisitions sensorielles passent du psy-

chisme inférieur dans le psychisme supérieur où elles sont assimilées par lui et synthétisées en capacités nouvelles.

L'être subconscient remplit non seulement le rôle directeur et centralisateur de la personnalité actuelle, mais aussi un rôle capital dans l'origine, le développement, la conservation de cette personnalité.

Il lui fournit, sans doute, ses facultés innées, ses prédispositions intellectuelles ou artistiques et s'efforce de les adapter le mieux possible au fonctionnement organique.

Peut-être aussi, probablement même, joue-t-il un rôle dans le développement de l'organisme puisqu'il jouit, nous le savons, d'une faculté organisatrice sur la matière.

Il maintient enfin la permanence générale de la personnalité, au milieu du perpétuel renouvellement moléculaire pendant la vie.

Une pareille conception de l'être subconscient permet d'affirmer que son rôle si important n'a rien d'automatique ; mais que ce rôle est voulu et raisonné. L'ignorance de la personnalité normale à son sujet n'a rien d'extraordinaire, car nous avons vu que dans les cas de personnalités multiples, la plus élevée des personnalités sait parfois tout ce qui a rapport aux autres, tout en étant ignorée d'elles. Il s'agirait peutêtre ici d'un mécanisme analogue.

Mieux encore, on peut reconnaître dans Vôtre normal Vètrc suhconsconcient lui-même, simplement modifié par son union à l'organisme.

Dans cette association, il acquiert des caractères

nouveaux issus du psychisme cérébral et il perd la mémoire de son état réel ainsi que l'usage direct des facultés transcendantales et des connaissances acquises antérieurement.

Mais cet oubli ne peut être que relatif et momentané. Le simple relâchement de la centralisation psychologique dans les états anormaux ou même dans la vie normale permet, comme nous le verrons plus loin, une certaine réapparition des facultés et connaissances latentes.

La rupture totale de la collaboration des deux psychismes qui se produit par la mort doit rendre à l'être subconscient l'usage de ces facultés et connaissances, usage d'autant plus parfait que son évolution est plus avancée.

En somme l'être subconscient (àme et son psychisme supérieur) serait le moi réel, Y individualité l permanente, synthèse des personnalités successives transitoires, produit intégral de la double évolution terrestre et extra-terrestre.

Aksakof, partant du spiritisme, arrive à une opinion identique à celle que je viens d'exposer. Il l'exprime dans la page suivante que je cite intégralement:

« Grâce aux travaux philosophiques du baron L. von Hellenbach et du Dr Cari du Prel, la notion de la personnalité a acquis un développement tout nouveau; et les difficultés que nous présente le problème spiritique sont déjà beaucoup aplanies.

I. Dans la suite de cette étude, le mot individualité désignera toujours l'être subconscient par opposition à la personnalité qui représentera l'être conscient normal.

« Nous savons à présent que notre conscience intérieure (individuelle) et notre conscience extérieure (sensorielle) sont deux choses distinctes ; que notre personnalité, qui est le résultat de la conscience extérieure, ne peut cire identifiée avec le moi, qui appartient à la conscience intérieure, ou, en d'autres termes, ce que nous appelons notre conscience n'est pas l'égal de notre moi. Il faut donc distinguer entre la personnalité et l'individualité. La personne est le résultat de l'organisme, et l'organisme est le résultat temporaire du principe individuel transcendantal.

« L'expérimentation, dans le domaine du somnambulisme et de l'hypnotisme, confirme cette grande vérité : dès que la personnalité, ou la conscience extérieure, est assoupie, surgit autre chose, une chose qui pense et qui veut, et qui ne s'identifie pas avec la personnalité endormie, et se manifeste par ses propres traits caractéristiques. Pour nous, c'est une individualité que nous ne connaissons pas ; mais elle connaît la personne qui dort, et se souvient de ses actions et de ses pensées. Si nous voulons admettre l'hypothèse spiritique, il est clair (pie ce nVst que ce noyau intérieur, ce principe individuel, qui peut survivre au corps, et tout ce qui a appartenu à sa personnalité terrestre ne sera pour lui qu'une affaire de mémoire. »

Myers n'est pas moins affirmatif1 :

« Le moi conscient de chacun de nous ou, comme je rappellerai plus volontiers, le moi empirique ou

1. Myers, La personnalité humaine, sa suriicancc, ses monifesiationt supranormales. Paris, F. Alcan.

supraliminal est loin de comprendre la totalité de notre conscience et de nos facultés. Il existe une conscience plus vaste, des facultés plus profondes, dont la plupart restent virtuelles en ce qui concerne la vie terrestre..* et qui s'affirment de nouveau dans leur plénitude après la mort. »

Cette conscience plus vaste et plus profonde que Myers appelle conscience subliminale correspond à ce que j'ai appelé l'Être subconscient.

Il est un point, cependant, sur lequel ma conception s'écarte de celle de Myers ; c'est le suivant :

Sa conscience subliminale embrasse tout ce qui échappe à la volonté consciente de l'Être normal, depuis l'automatisme organique des grandes fonctions vitales jusqu'aux facultés et connaissances transcendantales, en passant par l'automatisme psychologique d'ordre inférieur. Les états subconscients, dans son système, se distinguent par leur degré d'élévation psychologique, mais sont de même essence.

J'ai dit pourquoi, au contraire, je juge indispensable de distinguer la su hcon science inférieure, produit de l'automatisme des centres nerveux et la subconscience supérieure, indépendante du fonctionnement organique. Sans cette distinction capitale, beaucoup d'objections se dressent contre le système idéaliste de Myers et le mien. Le raisonnement s'obscurcit et Ton ne voit plus bien comment l'on pourrait attribuer une origine et une fin différentes à des manifestations psychiques qui seraient de même nature.

Psychologie anormale et difficultés explicatives de la psychologie normale. -*- Nous venons de voir que

les conditions qui président à l'activité normale de l'Être conscient sont : la corrélation bien ordonnée de tous les éléments psychologiques ; la subordination régulière du psychisme inférieur au psychisme supérieur et sans doute des groupes mentaux de ce dernier à un principe directeur et centralisateur.

Supposons maintenant ces conditions absentes ou momentanément suspendues ; nous assisterons, non pas à une désagrégation (ce terme impliquant un effet morbide et définitif), mais à une décentralisation plus ou moins complète, durable ou éphémère de la synthèse psychique.

Celte décentralisation permettra Faction isolée du psychisme inférieur, la mise en jeu de son automatisme et de sa suggestibilité.

Elle permettra l'action isolée du psychisme supérieur (ou môme l'action isolée ou prépondérante de l'un ou l'autre des groupes constitutifs de ce dernier) et, par celte sécession de l'organisme, la manifestation de son activité extra-corporelle, de ses facultés supranormales, de ses capacités et connaissances latentes.

A la clarté de ces notions si simples, disparaissent toutes les obscurités de la psychologie normale et anormale. L'interprétation générale et l'explication particulière à chaque catégorie de phénomènes ne laissent subsister aucune grande difiiculté.

II. — Interprétation des difficultés dans la psychologie normale.

Je reprends toutes les difficultés que j'avais signa-

lées, au point de vue d'une interprétation anatomophysiologique :

L'iNNEITÉ DES PRINCIPALES FACULTÉS ET CAPACITÉS. Le TALEiNTET LE GÉNIE.

Les inégalités psychiques C0xNSIderabi.es entre êtres voisins par les conditions de naissance et de vie.

Les DIFFÉRENCES ENTRE L'HÉRÉDITÉ PHYSIQUE ET L'HEREDITE PSYCHIQUE.

Le TRAVAIL INCONSCIENT.

Toutes ces constatations s'appliquent facilement par la nature de l'Être subconscient et par son rôle dans l'origine, le développement, les manifestations de la conscience normale.

L'étendue et le développement de la subconscience directrice, lesquels dépendent eux-mêmes de son degré évolutif, déterminent en partie le plus ou moins d'élévation et de capacité de la conscience normale.

Je dis en partie, parce que le physique joue naturellement un rôle important, le cerveau, source du psychisme inférieur étant plus ou moins parfait, plus ou moins apte à subir la direction de l'individualité subconsciente.

De plus, cette direction pourra être, dans une cer taine mesure, diminuée, entravée ou détournée par des influences extérieures contraires (éducation, exemples, etc.) et par l'hérédité.

On ne peut donc pas juger rigoureusement, d'après la personnalité actuelle, de l'état d'avancement réel de l'individualité ; mais c'est à cette dernière que la personnalité doit, sans doute, ses principales facultés, ses qualités les plus éminentes, la possibilité de faire œuvre de grand talent ou de génie.

Suivant toute probabilité et d'une manière générale, les capacités de l'Être normal sont en majeure partie l'apport de la subconscience supérieure, le résultat de l'évolution passée, des expériences réalisées dans les existences antérieures ; tandis que ses connaissances actuelles sont en majeure partie l'acquisition de l'existence présente et le résultat du travail cérébral, guidé naturellement par l'Être subconscient.

Le caractère, les opinions diverses (politiques, économiques, religieuses, pbilosopbiques mêmes, etc.) tiennent à la fois des deux psycbismes. Mais tandis que le caractère tient davantage du psychisme supérieur, les opinions (sur le développement desquelles l'hérédité, l'action du milieu, l'éducation, l'intérêt personnel, etc., ont une si grande influence) tiennent souvent davantage, du moins chez les êtres peu évolués ou médiocres, du psychisme inférieur.

En ce qui concerne Yinspiration (chez les hommes de talent ou de génie), il est clair qu'elle est purement et simplement le résultat de la suggestion de l'Être subconscient.

Cette inspiration passe fréquemment inaperçue et se confond avec le travail volontaire. C'est qu'alors la collaboration des deux psychismcs est intime e! étroite. Mais dans bien des cas, chez, la plupart des plus grands artistes, écrivains, philosophes et savants, l'inspiration est nettement distincte du travail volontaire. Elle se manifeste en dehors de toute recherche pénible, souvent dans un état de distraction, parfois pendant que le cerveau sommeille e :pose. L'action isolée du

psychisme supérieur extra-organique est ici évidente.

Malheureusement, l'activité libérée et accrue du psychisme supérieur est souvent en grande partie inutilisable dans la vie pratique. En effet, si sa séparation d'avec le psychisme inférieur favorise son activité, elle rend naturellement son action sur le cerveau plus aléatoire et plus difficile.

Aussi les résultats de l'activité psychique isolée de l'être subconscient n'arrivent-ils à la conscience normale que par intervalles et par fragments, toujours incomplets, souvent déformés. Ces résultats sont supérieurs à ceux qui résultent de la collaboration normale des deux psychismes, mais ils sont toujours plus ou moins irréguliers, espacés, accidentels, intermittents. Telle est l'explication du mécanisme habituel bien connu de l'inspiration.

L'influence directrice de l'être subconscient explique, d'autre part clairement, je le répète, la permanence générale de la conscience malgré les variations moléculaires perpétuelles.

11 y a bien, en réalité, modifications et oublis; mais, comme tout ce qui a été conscient reste dans la subconscience supérieure, les modifications et oublis ne sont jamais que partiels, et la caractéristique générale personnelle est permanente, parce que permanente et invariable est la direction individuelle.

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