‹ L'Etre subconscientChapitre 21 sur 39 · III. — Explication des névroses · texte numérisé non relu

III. — Explication des névroses

La névropathie vraie, indépendante de toute lésion organique, de tout processus pathologique, est très facilement explicable par les notions nouvelles :

LA PSYCHOLOGIE d'àPRÈS LES NOTIONS NOUVELLES \q9

Il y a névropathie toutes les fois que, dans la vie normale, il n'y a pas corrélation suffisante entre les éléments constitutifs de la synthèse psychique et spécialement entre lepsychisme inférieur et le psychisme supérieur. Il y a névropathie parce que l'être subconscient remplit défectueusement son rôle directeur et centralisateur.

Considérons un hystérique typique :

Il semble réellement ne pas savoir utiliser convenablement ses sens ni ses facultés : il y a des organes qui échappent à sa direction consciente, à sa sensibilité ou à sa volonté ; d'autres dans lesquels sa sensibibilité et sa motricité semblent s'accumuler avec exagération : d'où, d'un côté, anesthésies ou paralysies; de l'autre, hyperesthésies ou contractures.

Et ce qui prouve bien que c'est seulement la direction générale qui est défectueuse, c'est que ces symptômes contraires se déplacent, n'ont aucune fixité, soit comme localisation, soit comme intensité.

Mêmes remarques pour les troubles psychiques, d'excitation, de surexcitation, de dépression et d'incohérence et pour les phénomènes convulsifs.

Toujours force directrice mal dirigée, inutilisée ou défectueusement utilisée.

L'être subconscient, directeur de l'organisme, s'acquitte mal de sa fonction. Impuissant à tout diriger, il donne trop d'un côté, pas assez de l'autre, laisse toujours quelque organe ou quelque fonction échapper à sa surveillance.

L'hystérie serait donc due, essentiellement, au

Gelby. 7

DÉFAUT DE CONCORDANCE DES DEUX PSYCHISMES ET A i/lM- PUISSANCE DE LA SUBCONSCIENCE DIRECTRICE.

C'est là, du reste, une opinion que semblent entrevoir aujourd'hui philosophes et médecins:

On sait que M. Pierre Janet fait de l'hystérie un trouble de V attention, de la mémoire et de la, volonté.

Dans un trèsbeautravail d'ensemble sur l'hystérie l, le Dr Paul Sollier donne une théorie nouvelle de cette névrose, qui me paraît concorder également avec mon explication.

Pour lui, l'hystérie serait la conséquence d'un sommeil local du cerveau. Tous les centres divers pourraient être atteints, isolément et à des degrés variables, de ce sommeil ; d'où la variabilité extrême des symptômes morbides.

Au lieu de sommeil local, mettons abandon au repos, inutilisation des centres cérébraux, ce qui revient au même, et l'accord de cette théorie avec l'opinion que j'ai avancée sera complet.

Des théories analogues ont été données par divers savants, pour l'explication des symptômes isolés de l'hystérie. Ainsi, pour le professeur Lépine, l'anesthésie et la paralysie hystériques proviendraient d'une insuffisance temporaire de la transmission interneurotique {Lyon médical, 1894).

Branly exprime une opinion identique et assimile le fonctionnement des neurones au fonctionnement des radio-conducteurs 2.

1. Dr P. Sollier, Genèse et nature de l'hystérie. Paris, F. Alcan.

2. Voir Branly, Compte rendu de l'Académie des sciences, 22 novembre 1890, 12 janvier 1891, 12 février 1894, 27 décembre

Les physiologistes sont donc bien d'accord sur la question de la pathogénie hystérique.

Seulement, ce repos, ce sommeil desdits centres cérébraux, cette insuffisance de circulation nerveuse, etc., constituent une constatation, et non, à proprement parler, une explication.

Quelle est la cause intime du phénomène? C'est ce que nous ne apprend pas la théorie du Dr Sollier, ni les théories analogues.

La cause intime est celle que nous connaissons; le défaut de concordance entre les deux psychismes et l'impuissance de la direction subconsciente.

Maintenant surgissent quelques questions secondaires, relatives précisément à l'impuissance de la direction subconsciente. A quelles raisons faut-il attribuer ce défaut de concordance et cette impuissance?

Les raisons peuvent être multiples, comme le sont toujours des causes secondaires. On les trouvera aisément quand notre pathogénie de l'hystérie sera admise et étudiée. On peut dès maintenant en fournir quelques-unes;

ci) La subconscience directrice peut être impuissante, parce que son union avec la conscience et l'organisme est mal assurée, et que des phénomènes élémentaires d'extériorisation se produisent trop facilement et spontanément.

La défectuosité de cette union pourra elle-même être congénitale ou acquise (origine traumatique, infectieuse, toxique, réûexe).

1897. Voir aussi le mémoire du Dr Gercst, Lyon Médical, 21 août 1898.

h) La subconscience directrice peut être impuissante, parce qu'elle doit lutter contre des suggestions extérieures, contre les effets d'une contrainte, d'un genre de vie, d'un système d'éducation, etc., détournant l'être de sa voie naturelle.

C'est là une cause secondaire fréquente de l'hystérie. Dès que l'être est sorti de sa voie normale, dès surtout qu'il vit en désaccord avec les lois naturelles, la nature se venge cruellement et la névrose survient.

On sait combien l'hystérie est fréquente dans les couvents : c'est la tare habituelle des anormaux.

c) Enfin, la subconscience directrice peut être impuissante par nature, réellement inférieure à sa tâche, parce qu'elle est unie à un organisme trop compliqué pour elle, trop perfectionné pour qu'elle sache l'utiliser convenablement. Les hystériques de cette catégorie seraient simplement des névropathes inférieurs.

d) En regard de ces névropathes inférieurs, on conçoit immédiatement une catégorie de névropathes supérieurs, dont l'individualité subconsciente est trop au-dessus d'un organisme grossier.

L'activité subconsciente est en lutte perpétuelle contre une cérébration défectueuse, contre un instrument organique et des sens dont elle ne tire pas tout le parti qu'elle désirerait et qu'elle surmène en vain.

La lutte et la gêne se traduisent dans l'être conscient par des malaises et des troubles divers.

L'influence subconsciente, chez le névropathe supérieur, ne pèche donc plus par insuffisance, mais par excès.

Le névropathe supérieur, en outre des malaises

organiques, souffre moralement, parce qu'il voit toujours mieux ce qui lui manque que ce qu'il possède, parce qu'il a l'intuition trop claire de la limitation de ses forces, de ses facultés et de ses connaissances, de ses sentiments affectifs. D'autre part, la conscience intuitive ou raisonnée qu'il a de la solidarité universelle multiplie pour lui les émotions pénibles. L'humanité est encore trop loin de son idéal de liberté, de justice et d'amour.

Les névropathes supérieurs sont légion : la majorité des grands écrivains, artistes ou savants, la plupart des hommes de grand talent, tous les hommes de génie sont, à des degrés divers, des névropathes supérieurs.

Cette conception de la névropathie explique suffisamment les ressemblances de surface qu'on peut trouver entre des êtres inférieurs comme les hystériques vulgaires ou les monomanes et les êtres supérieurs dont s'honore l'humanité. Elle rend vaine cette pitoyable théorie delà dégénérescence dont la psychologie moderne avait fait un si lamentable abus. Les analogies de conduite qu'on invoquait, en faveur de cette théorie, entre les névropathes inférieurs et les névropathes supérieurs s'expliquent aussi simplement que les analogies morbides.

On conçoit, par exemple, que L'idée fixe et l'intuition géniale puissent avoir, temporairement, même apparence ou même résultai : dans les deux cas, on constatera l'indifférence pour ce qui n'est pas le but à attein dre, le mépris ou l'inattention des obstacles, des bizarreries d'allure, etc.

Mais ce qui, du loufoque maniaque, artiste dévoyé,

faux inventeur ou faux prophète, distingue l'homme de génie, grand artiste, savant, philosophe ou fondateur de religion, ce n'est pas l'absence de défauts graves ni d'erreurs grossières ; c'est, en dépit de ces erreurs possibles, le caractère d'élévation générale de l'inspiration ; c'est l'esprit de suite inlassable, le bon sens réel arrivant toujours à dominer les écarts de l'imagination, la saine raison venant seconder l'intuition et lui donner toute sa valeur pratique.

La lumineuse intelligence du névropathe supérieur ou génial pourra être occasionnellement éclipsée ou troublée ; mais dans aucun cas sa puissante originalité ne pourra se confondre longtemps avec l'extravagance imbécile du névropathe inférieur.

Beaucoup d'hommes de génie ont été dédaignés ou persécutés parce qu'ils heurtaient les passions, les préjugés ou simplement l'ignorance et la sottise de leurs contemporains. Bien peu, sans doute, ont été complètement et définitivement méconnus.

Beaucoup de déséquilibrés ont pu attirer sur eux l'attention, trouver des admirateurs ou des disciples ; aucun n'a pu s'assurer un succès persistant.

Entre les cas extrêmes de l'homme de génie et du déséquilibré banal se placent naturellement bien des cas intermédiaires de névropathes d'ordre inférieur par certains côtés et d'ordre supérieur par d'autres côtés.

Leurs diverses facultés se montrent très inégales, soit par suite d'une évolution antérieure inharmonique, soit par manque de concordance ou d'affinité entre les deux psychismes.

Aussi n'est-il pas rare d'observer chez certains

artistes, écrivains ou philosophes de cet ordre, un mélange curieux de qualités et de défauts contradictoires ; une originalité vraie et une extravagance affectée ; du talent et du manque de goût ; parfois même une inspiration qu'on sent très puissante, mais dont les manifestations sont trop souvent faussées ou perverties.

La folie essentielle s'expliquera aussi simplement que l'hystérie par l'impuissance de la direction subconsciente. Seulement, dans la folie, l'impuissance du principe centralisateur n'est plus relative et partielle, mais complète.

Le résultat en est Yanarchie des centres du psychisme inférieur.

Les divers genres de folie essentielle s'interprètent ainsi tous aisément. Donnons quelques exemples : supposons le psychisme inférieur en pleine anarchie et plongé par des causes secondaires (toxiques, infectieuses, réflexes, etc.), dans un état de prostration anormale : nous avons la mélancolie. Supposons le psychisme inférieur dans les mêmes conditions morbides, mais surexcité au lieu d'être déprimé, nous avons la manie aiguë.

Supposons le psychisme inférieur en état d'anarchie vis-à-vis de la direction subconsciente, mais arrivant à se subordonner à un groupe d'éléments mentaux prédominant, nous avons le délire systématisé1, etc.

1. Voir pour plus de détails Iû livre de Th. Darel, La folie au point de vue psychique. Paris, F. Aicau.

IV. — Interprétation des cas de personnalités multiples et généralement des altérations de la personnalité.

Les cas de personnalités multiples, et généralement toutes les altérations de la personnalité se comprennent sans peine avec les notions nouvelles sur la complexité de la synthèse psychique et sur la possibilité d'une décentralisation momentanée plus ou moins accentuée de cette synthèse.

La condition essentielle de ces manifestations est la suppression plus ou moins complète et plus ou moins durable de la direction subconsciente.

L'incoordination qui en résulte va jusqu'à permettre la manifestation prépondérante, accaparatrice ou isolée d'un des groupes psychologiques.

Les cas observés dans l'hypnotisme et les états connexes, dans certains états pathologiques, dans le médiumnisme élémentaire, relèvent simplement de pseudo-personnalités de la subconscience inférieure, purement automatiques, ou d'origine suggestive.

Les cas observés dans le médiumnisme élevé ou dans la psychologie anormale en dehors de l'hypnose et du médiumnisme sont le plus souvent des manifestations fragmentaires de la subconscience supérieure.

Quand il s'agit d'une personnalité très complète, ayant toutes les capacités et apparences que nous sommes habitués à reconnaître dans les personnalités normales, on en peut conclure sans trop de témérité

qu'elle représente simplement plus ou moins nette ou plus ou moins déformée, l'une des personnalités antérieures du sujet l.

Quand il s'agit de personnalités incomplètes, de souspersonnalités plus ou moins bien caractérisées et plus ou moins autonomes, comme on en observe si fréquemment dans le médiumnisme, on est autorisé à ne voir en chacune d'elles que la manifestation isolée d'un groupement mental secondaire de l'Être subconscient ; ce groupement ayant été lui-même déterminé et systématisé par diverses conditions (époque particulière de la vie intellectuelle du sujet, préoccupation dominante, événement impressionnant, concentration de l'attention sur un point spécial, elcn etc.).

Ces sous-personnalités pourront se montrer plus ou moins déformées et modifiées par la suggestion ou l'auto-suggestion, par des adjonctions imaginatives de valeur et d'intérêt très variables, etc.

Le cas fameux d'Hélène Smith, si magistralement analysé par le Pr Flournoy, offre, on le sait, des exemples remarquables de ces diverses altérations de la personnalité : manifestations purement automatiques; sous-personnalités enfantines dans le roman Martien; sonnalités déjà élevées dans le cycle Hindou et le cycle royal ; personnalité 1res complète et supérieure à la personnalité normale dans le rôle de « l'Esprit guide » Léopold.

Toute réserve étant expressément faite sur la valeur

1. A moins, bien entendu, d'en faire une personnalité spiritiqu*.

des preuves données par le Pr Flournoy en faveur de son interprétation exclusive de ces personnalités et de certaines de leurs connaissances inattendues, il est permis de soutenir que son opinion, même acceptée intégralement, n'a rien de contradictoire avec les idées exposées dans mon travail.

Page 1