MÉTHODE ET EVOLUTION HE LA PHILOSOPHIE SCIENTIFIQUE
comme au moins aussi incompréhensible pour nous en dehors de l'univers que dans l'univers même ; de sorte que placer cette cause première en dehors, c'est simplement reculer la difficulté et non la résoudre.
De plus, môme au point de vue moral, c'est une hypothèse vraiment peu rationnelle, comme l'a bien montré Guy au. En dépit des subtilités théologiques, et des paradoxes de l'optimisme, le Dieu tout-puissant serait responsable de tout le mal constaté dans l'univers.
Il semblerait plus logique d'attribuer le mal à la nature aveugle :
S'il est des malheureux, il n'est point de bourreaux,
Et c'est innocemment que la nature tue.
Je vous absous, soleil, espace, ciel profond,
Etoiles qui glissez, palpitant dans la nue,
Ces grands êtres muets ne savent ce qu'ils font.
(Guyau, Vers d'an philosophe.)
Les conceptions du monisme naturaliste sont-elles plus satisfaisantes que celles du matérialisme pur ?
Au point de vue métaphysique, sans doute; car son essence panthéistique supprime les difficultés de ce système.
Au point de vue moral, non.
C'est en vain qu'Haeckel prétend placer dans le monisme, tel qu'il le conçoit, une sorte d'idéal religieux. 11 lui manque tout ce qui caractérise essentiellement les religions ; une explication non seulement physique, mais aussi morale de l'Univers, une espérance et une consolation. "
En vain, il nous fait entrevoir, comme explication
du mal, le perfectionnement de l'espèce et le bonheur futur :
La perspective du perfectionnement, d'ailleurs non rigoureusement certain, de l'espèce, n'est qu'une consolation très relative au sacrifice de l'individualité, aux souffrances sans compensation des êtres vivants. Les espérances de justice et de bonheur personnel s'évanouissent et, dès lors, le pessimisme apparaît comme la conséquence inévitable de cette interprétation scientifique de l'univers.
Toutes les objections faites au pessimisme ne peuvent tenir devant la simple et très ancienne constatation de la prédominance des douleurs sur les plaisirs dans la vie terrestre.
La prédominance des douleurs est hélas indéniable!
Elle est évidente d'abord pour tous les hommes un peu élevés.
Leurs plaisirs, sauf exceptions, ne sont pas complets : ils sentent trop la limitation de leurs forces et de leurs facultés, l'impuissance de réaliser leurs espérances ou d'atteindre pleinement leur idéal.
D'autre part, leur sensibilité trop développée multiplie pour eux les occasions de douleur et la douleur elle-même et l'instinct ou la conscience de l'universelle solidarité leur fait trop ressentir tout ce qu'il y a de misères, d'injustices et de souffrances autour d'eux et loin d'eux.
Pour les médiocres, qui constituent la masse de l'humanité, les conclusions pessimistes sont moins évidentes :
La vie terrestre semble leur offrir souvent une