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MÉTHODE ET ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE SCIENTIFIQUE

moyenne satisfaisante de bonheur, parce que leurs facultés physiques et psychiques, leur élévation morale, leur sensibilité, sont adéquates aux conditions vitales ambiantes.

Sans doute, ils n'ont pas de ces grandes joies émotives qui emportent l'être élevé au-dessus des réalités banales, mais une foule de petites satisfactions infiniment plus fréquentes qui leur suffisent largement.

S'ils n'évitent pas le mal, ils restent du moins généralement inaccessibles ou peu sensibles à des causes nombreuses de souffrances qui affectent sans cesse les êtres mieux doués.

Malgré tout, même pour les hommes inférieurs ou médiocres, il semble bien que la somme des peines l'emporte 1res généralement sur la somme des plaisirs.

Une preuve accessoire, mais néanmoins intéressante, du peu de satisfactions réciîcs que donne la vie terrestre, c'est l'usage perpétuel et l'abus fréquent que l'humanité, en tous temps et en tous lieux, a fait des narcotiques. \/

Les narcotiques sont variables, mais ils sont toujours : A alcool, tabac, hatchich, opium, éther, etc., etc., peu importe ; l'homme semble ne pouvoirse passer de l'un ou de l'autre pour obtenir quelques illusions, ou simplement le repos et l'oubli.

Et puis, à côté de ces narcotiques organiques, physiologiques, que de narcotiques moraux \)\\\$ puissants encore :

Chimères religieuses et superstitions, rêveries mystiques, croyances merveilleuses, etc., etc.

Enfin même, n'agissent-ellcs pas comme des narco-

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tiques, toutes les illusions bienfaisantes auxquelles 'homme le plus malheureux ne renonce jamais, et qui font aimer la vie, moins pour ce qu'elle donne que pour ce qu'elle permet d'espérer ?

Privée de ses illusions, l'existence individuelle semble réellement un mal, si cette existence tient tout entière de la naissance à la mort.

Ce n'est pas là, heureusement, la conclusion définitive de la philosophie scientifique. De nouvelles connaissances, dans le domaine de la psychologie théorique et expérimentale, permettront peut-être une conclusion toute différente.

Le monisme n'est pas inconciliable avec les espérances d'immortalité individuelle :

Du moment que l'intelligence n'est plus considérée comme une sécrétion de la matière, mais comme un mode de mouvement du principe unique, il n'est plus logique d'affirmer l'anéantissement de l'intelligence par la mort de l'organisme. « On oppose fréquemment à notre monisme, dit Ilœckel, qu'il nie absolument l'immortalité. Cependant cela n'est pas vrai... L'univers, dans son ensemble, est immortel. Aussi peu il est possible que la plus petite parcelle de matière et de force ait jamais péri dans l'univers, aussi peu il est probable que cela puisse arriver aux atomes de noire cerveau, ou aux forces de notre esprit. »

Seulement, ajoute Ilœckel, ce qui disparait par la mort, c'est la conscience, la mémoire individuelle. La force-intelligence de l'être se désagrège et se transforme, comme se désagrège et se transforme la matière organique elle-même.

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