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PREMIERE PARTIE

ÉTUDE DES FAITS OBSCURS DE PSYCHOLOGIE NORMALE ET ANORMALE. ESSAI DE SYNTHÈSE EXPLICATIVE

Sommaire : La fonction cérébrale et les phénomènes conscientiels. — La psychologie peut-elle être ramenée entièrement au fonctionnement des centres nerveux ? — Examen des faits encore obscurs de psychologie normale. — L'impuissance de l'anatomie et de la physiologie à en fournir une interprétation complète. — Les phénomènes psychiques inconscients et l'automatisme psychologique. — L'inspiration géniale. — Hypothèse d'une subconscience supérieure distincte de la subconscience automatique. — Le sommeil. — Explication physiologique du sommeil. — Manque d'une explication psychologique rationnelle du sommeil. — Constatation dans le sommeil de deux phénomènes en apparence contradictoires : diminution d'activité fonctionnelle et persistance ou augmentation do certains modes d'activité psychique.

Est-il possible de ramener toute la psychologie au fonctionnement des centres nerveux?

Cette question, qui a fait l'objet de tant de contro-

verses théoriques, antérieurement aux recherches expérimentales modernes, paraissait scientifiquement résolue par l'affirmative.

Les arguments donnés en faveur d'une solution contraire étaient surtout d'ordre idéaliste et moral.

Aux constatations positives :

Corrélation étroite entre le développement des centres nerveux et l'étendue de la conscience ; entre l'activité et la régularité des manifestations intellectuelles et l'activité et la régularité du fonctionnement cérébral.

Dépendance telle de la psychologie à la physiologie que le moindre trouble pathologique, traumatique, toxique, etc., atteignant directement ou indirectement les centres nerveux, suffit à surexciter, ralentir ou pervertir les manifestations de l'àme.

A ces constatations, on n'opposait guère qu'une objection dubitative : la corrélation psycho-physiologique dépendait peut-être, disait-on, non pas de la subordination absolue, mais de l'association à l'organisme d'un princiqe psychique indépendant de lui dans son origine et dans ses fins.

Comme ce n'était là qu'une hypothèse facultative et nullement indispensable, il semblait conforme à l'esprit scientifique de la rejeter purement et simplement.

Ce n'est pas, cependant, qu'on n'eût éprouvé de sérieuses difficultés à l'interprétation physiologique d'un grand nombre de faits psychiques, tels que : la permanence de la personnalité, malgré le perpétuel renouvellement des molécules cérébrales ; les inégalités

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intellectuelles considérables entre individus voisins comme origine ; l'innéité de certaines facultés ; les différences entre l'hérédité physique et l'hérédité psychique ; le sommeil, etc.

Toutefois, ces difficultés, d'importance diverse et diversement appréciée, ne pouvaient ébranler sérieusement l'hypothèse physiologique : l'âme est fonction du cerveau.

Avec les progrès récents de la psychologie (tant dans le domaine théorique que dans le domaine expérimental), les difficultés d'interprétation physiologique se sont multipliées à tel point qu'elles légitiment, qu'elles imposent le doute.

On peut et l'on doit se demander aujourd'hui, non pas si l'ancienne hypothèse physiologique est fausse ; mais bien si elle est suffisante. Il ne saurait être question, évidemment, de nier l'importance du fonctionnement cérébral, mais on est obligé de rechercher soigneusement s'il n'y a pas autre chose que le fonctionnement cérébral.

Dans une semblable étude, il est essentiel de laisser là toute idée préconçue, de repousser toute tentative de solution a priori, de suivre pas à pas la méthode scientifique.

De cette manière, on est sur, non pas peut-être d'arriver au but, mais de déblayer un peu la voie qui permettra d'y arriver ; et, quel que soit le résultat immédiat, de faire du moins œuvre utile.

Je me propose, dans ce travail, d'analyser successivement tous les phénomènes psychiques, d'observation ancienne ou récente, qui présentent de sérieuses difii-

cultes d'interprétation physiologique, et de chercher leur explication rationnelle.

Parmi les hypothèses explicatives que je rencontrerai, je m'efforcerai de ne conserver que celles remplissant les conditions imposées par la méthode scientifique : d'être indispensables, d'être logiquement déduites et suffisamment probables, de n'être en contradiction avec aucune constatation positive.

Enfin, je tâcherai de tirer des faits et des hypothèses toutes les déductions rationnelles.

Il s'agira donc, avant tout, d'après ce programme, de chercher une théorie capable d'embrasser et d'interpréter, si possible, tous les faits encore obscurs, tant dans la psychologie normale que dans la psychologie anormale.

Parmi ces faits obscurs, les uns sont connus et admis par tous les psychologues ; les autres, dits supranormaux, ne sont plus niés sans réserve que par ceux qui les ignorent volontairement.

Mon but étant non de prouver mais d'interpréter, je ne chercherai nullement à établir l'authenticité des phénomènes supranormaux, renvoyant le lecteur que la question intéresse aux nombreux ouvrages écrits dans cette intention *.

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