Parmi ces ouvrages on peut citer spécialement
Crookes, Recherches sur les phénomènes du spiritualisme ;
Aksakof, Animisme et spiritisme ;
De Hochas, l'extériorisation de la motricité ;
Maxwell, Les 'phénomènes psychiques. Paris, F. Alcan. Parmi les revues : la collection des Annales des sciences psychiques et de la Bévue d'études psychiques.
Les principales difficultés d'interprétation physiologique dans la psychologie normale proviennent des constatations suivantes :
1° Les inégalités intellectuelles et morales considérables entre individus très rapprochés par les conditions de naissance et de vie ; leur développement psychique, retendue et la diversité de leurs facultés n'étant pas en rapport apparent appréciable avec des inégalités cérébrales constantes et proportionnelles l.
2° La différence entre l'hérédité ou l'atavisme psychique et l'hérédité ou atavisme physique. — Il est d'observation courante que l'enfant ressemble parfois absolument aux parents, au point de vue organique, et diffère non moins totalement, au point tle vue de l'intelligence et du cœur.
Deux frères, nés et élevés dans des conditions identiques, peuvent se ressembler physiquement et n'avoir rien de commun moralement.
Les hommes de talent et de génie sortent souvent de milieux inférieurs, et procréent non moins souvent des enfants fort médiocres.
On peut conclure de tout cela que les ressemblances
i. Je crois inutile d'insister sur ce point : on connaît l'échec des tentatives faites pour établir un rapport étroit entre l'intelligence dune part, et le poids du cerveau, la complexité des circonvolutions, etc., d'autre part.
18 LES FAITS OBSCURS DE LA PSTflIOIOGlE
psychiques, lorsqu'elles existent, sont plutôt le fait de Téducation et du milieu ambiant que de l'hérédité.
Nous sommes donc en présence d'un premier ordre de constatations embarrassantes. On propose, en général, l'explication suivante :
Les difficultés d'interprétations physiologiques résulteraient de la grossièreté et de l'insuffisance de nos moyens actuels d'investigation vis-à-vis de l'extrême délicatesse de l'organe cérébral.
Des différences anatomiques inappréciables produiraient toutes les différences psychiques.
Enfin, ces différences anatomiques pourraient provenir elles-mêmes, en dehors de l'hérédité, d'une foule de causes restées inaperçues, telles que certaines influences pathologiques, trauma tiques, toxiques, réflexes, etc., pendant la vie intra-utérine, ou telles que certaines conditions encore obscures de la génération.
Cette explication n'est pas fort satisfaisante, puisqu'elle ne s'appuie que sur une présomption nécessaire d'ignorance, mais elle n'est pas irrationnelle.
On peut l'accepter provisoirement, réserve faite sur laquelle il sera loisible de revenir.
3° Une difficulté d'un autre ordre consiste dans l'interprétation physiologique de la permanence de la personnalité, malgré les perpétuelles variations moléculaires de l'organisme.
Cette question a donné lieu à d'interminables controverses, relatives à la nécessité, affirmée par les uns, niée par les autres, d'un principe fixe servant de substratum à la matière organique incessamment renouvelée.
Je crois inutile (rentrer dons une semblable discussion. Je me contente de signaler cette difficulté d'une réelle importance, que les physiologistes esquivent volontiers et que, faute d'une explication satisfaisante, ils affectent trop de ne pas prendre au sérieux.
Nous aurons à revenir sur ce sujet.
4° Les phénomènes psychiques inconscients, ou du moins échappant en majeure partie à la volonté consciente, constituent une autre énigme physiologique. Ces faits ont été groupés sous l'étiquette d'aulomatisme psychologique l.
Connus de tous temps, ils ont été trouvés, depuis les progrès récents de la psychologie et de la neuropathologie, beaucoup plus nombreux, complexes et importants qu'on ne pensait.
Parmi les plus anciennement connus de ces faits, on peut citer : Les rêves.
La conservation, à noire insu, d'une multitude de souvenirs, en apparence oubliés, mais pouvant réapparaître sous l'influence d'une émotion violente, d'un danger menaçant, etc.
V activité psychique latente se traduisant :
Par des émotions sans cause appréciable, des déterminations inattendues, des modifications brusques en apparence dans le caractère et les idées.
Par des résultats conscients d'opérations intellectuelles inconscientes, tels que la solution inattendue (l'une recherche abandonnée après de vains efforts, etc.
I. Voir l'ouvrage Je Pierre Janct, VAaiomatUme psychologique, Paris, F. Alcan.
20 LES FAIVS OPSCIRS DE LA PSYCHOLOGIE
Les recherches modernes ont considérablement étendu le domaine attribué à la psychologie inconsciente.
* On y fait rentrer, non seulement, comme nous le verrons, toute la psychologie anormale, mais aussi une portion de plus en plus importante de la psychologie normale. L'activité intellectuelle latente jouerait un rôle dans les manifestations de nos facultés, et généralement dans toutes les opérations conscientielles. Hartmann, on le sait, attribue a l'inconscient une part prépondérante dans les manifestations élevées de rame, et considère volontiers le génie comme son émanation directe1.
Tous les travaux récents sur le génie s'accordent à montrer le bien fondé de cette opinion.
Je me contenterai de citer Tun des plus complets, la revue d'ensemble du Dr Chabaneix intitulée le Subconscient chez les Artistes, les Savants et les Ecrivains, et de donner une analyse rapide des documents réunis dans ce travail.
L'influence subconsciente peut se manifester, avec une puissance remarquable, souvent prépondérante, dans les productions scientifiques, artistiques ou littéraires.
Elle peut être observée :
Soit pendant le sommeil ou au réveil.
Soit pendant l'état de veille.
Soit dans une sorte d'état intermédiaire à la veille et au sommeil.
t. Voir la, Philosophie de. Vin m» scient,
Voici quelques-uns des exemples qu'en donne le Dr Chabaneix :
Exemples d'activivité subconsciente pendant le sommeil ou au réveil. — Ils sont multiples. On peut cilcr d'après leurs propres observations, comme ayant observé et utilisé le travail psychique pendant le sommeil : Condorcet, Franklin, Michelet, Condillac, Arago.
Voltaire raconte avoir rêvé une nuit un chant complet de la Ilenriade autrement qu'il ne l'avait écrit.
La Fontaine composa en rêve la fable des Deux Pigeons.
Cardan dit avoir composé un de ses ouvrages tout entier en rêve.
Maignan aurait ainsi trouvé des théorèmes importants.
« J'ai eu souvent dans mes rêves, rapporte Burdach, des idées scientifiques qui me paraissaient tellement importantes qu'elles m'éveillaient. Dans bien des cas, elles roulaient sur des objets dont je m'occupais à la même époque, mais elles m'étaient entièrement étrangères quant à leur contenu. »
Le cas suivant de Coleridge est fort net :
« Coleridge s'endormit en lisant et, à son réveil, il sentit qu'il avait composé quelque chose comme deux ou trois cents vers qu'il n'avait qu'à écrire. » Cinquante-quatre furent écrits sans ell'ort et « aussi vite que la plume pouvait courir ; mais ayant été interrompu par quelqu'un qui resta environ une heure pour une affaire, Coleridge, à sa grande surprise et mortification, trouva que, quoiqu'il eut encore un vague
souvenir de l'ensemble général de sa vision, à l'exception de huit ou dix vers épars, tout le reste avait disparu sans retour. »
M. de Rosny déclare qu'il a l'habitude de mettre à côté de son lit un crayon et du papier et qu'il se réveille parfois en sursaut pour écrire des notes importantes.
Dans quelques cas, l'influence subconsciente dans le sommeil se traduit par un rêve hallucinatoire; ainsi dans le cas bien connu de Tartlni, rêvant que le diable exécute sur son violon une sonate merveilleuse, se réveillant brusquement et l'écrivant de mémoire.
Exemples d'activité subconscibnte, soit a l'état de veille, soit dans un état intermédiaire a la veille et au sommeil. — Ce qu'on appelle inspiration se produit fort souvent dans un état d'obnubilation plus ou moins complète de la réalité consciente :
« Diderot oubliait souvent les heures, les jours et les mois, et jusqu'aux personnes avec lesquelles il avait commencé à causer. »
Théophile Gauthier dit en parlant de Balzac : « Son attidude était celle d'un extatique, d'un somnambule qui dort les yeux ouverts ; perdu dans une rêverie profonde, il n'entendait pas ce qu'on lui disait. »
« Hegel termina tranquillement la PhrènoJogie de l 'esprit à Iéna, le 4 octobre 1806, sans même s'apercevoir que la bataille faisait rage autour de lui l. »
Beethoven, tout absorbé par l'inspiration, sortit un jour, à Neudstadt, à moitié vêtu. 11 fut conduit en pri-
i. On connaît les cas analogues, si souvent cites, d'Arcliimède, d'Ampère, etc.
son comme un vagabond ; personne ne voulant croire malgré ses cris, qu'il fût bien Beethoven.
Schopenhauer dit de lui-même : « Mes postulats philosophiques se sont produits chez moi sans mon intervention, dans les moments où ma volonté était comme endormie, et mon esprit non dirigé dans une direction prévue d'avance... Ainsi ma personne était comme étrangère à l'œuvre. »
Parfois l'influence subconsciente est tellement nette qu'elle semble une influence extérieure :
C'est ce que Musset exprimait dans ces vers :
On ne travaille pas, on écoute, on attend,
C'est comme un inconnu qui vous parle à l'oreille.
Les exemples de Socrate, de Pascal, de Mozart sont classiques à ce point de vue.
L'influence subconsciente a l'état de veille est difficile à distinguer du travail conscient et volontaire.
On pourrait la retrouver cependant dans les cas d'artistes ou d'écrivains ne composant une œuvre qu'avec des interruptions prolongées, l'abandonnant en présence d'une difficulté sérieuse pour la reprendre aisément plus tard.
Parmi ces derniers, le Dr Chabaneix cite Renan, Broca, Goethe qui abandonna et reprit Faust à de longues années d'intervalle.
Enfin, l'influence subconsciente est évidente dans les observations de manifestations géniales chez des enfants (Pascal, Mozart, etc.).
L'activité psychique latente présente, on le voit, une importance capitale, même dans la psychologie
normale. Dès lors, le moi nous apparaît comme extrêmement complexe et difficile à analyser. Connaître tout ce qui constitue la conscience est déjà fort compliqué ; mais savoir, en outre, tout ce qui, dans la synthèse psychique, échappe à cette conscience, constitue un nouveau et formidable problème. Dès maintenant, nous constatons que ce qu'on désigne sous le nom de subconscience comprend des éléments de nature très diverse, bien qu'ayant le caractère commun d'échapper en majeure partie à la connaissance et à la volonté directes.
Certains de ces éléments, tels que ceux qui se révèlent dans les rêves ordinaires, semblent de nature très inférieure. D'autres, tels que ceux qui se manifestent dans l'inspiration géniale, sont d'une nature très supérieure aux phénomènes conscients normaux.
On est donc autorisé à se demander si l'on a pas confondu à tort, sous l'étiquette commune d'automatisme psychologique ou de subconscience, des manifestations d'origine et d'essence différentes ; s'il n'est pas nécessaire de distinguer tout au moins deux catégories de phénomènes subconscients : « Les phènonomènes d'ordre inférieur relevant de Vautomatisme cérébral ; les phénomènes d'ordre supérieur encore inexpliqués.
Nous verrons l'importance et le développement de cette hypothèse nouvelle dans les faits de psychologie anormale.
o° Une dernière et très importante difficulté d'interprétation psychologique est celle du sommeil.
Au point de vue physiologique même, l'explication
du sommeil n'a consisté, pendant longtemps, que dans des théories hypothétiques; c'est tout récemment, grâce aux recherches hislologiques, qu'on est enfin arrivé à le comprendre d'une manière satisfaisante.
La thèse du Dr Pupin — le Neurone et les hijpothèses hislologiques sur son mole de fonctionnement. Théorie histologique du sommeil — donne un résumé très clair et très complet de la question, des théories anciennes et des idées nouvelles :
Les théories anciennes étaient aussi nombreuses qu'incertaines et contradictoires.
Une première théorie, la théorie circulatoire, attribuait le sommeil à des variations périodiques dans la circulation sanguine du cerveau.
Seulement, les partisans de cette opinion ne s'accordaient pas sur les caractères de ces variations :
Les uns, avec de Haller, Cabanis, etc., croyaient à la congestion, Yhi/perémie du cerveau pendant le sommeil. Les autres avec Durham, Cl. Bernard, Mosso, etc. croyaient à l'anémie.
Une autre théorie, la théorie chimique, faisait dépendre le sommeil de la diminution de la quantité d'oxygène du sang et des tissus (l'oxygène s'accumulant pendant le sommeil et diminuant pendant la veille par les divers processus d'activité vitale).
tle théorie, soutenue par Humboldt, Purkinje, Pettenkofer, etc.. fut combattue par Voit, qui démontra que la quantité d'oxygène n'augmente pas pendant le sommeil.
Enfin une dernière théorie, la théorie toxique, attri- Geley. 2
26 LES FAITS OliSLUKS DE LA PSYCHOLOGIE
Luc le sommeil à l'accumulation de leucomaïnes produites par l'activité célébrale (Armand Gauthier, Bouchard, etc.)
Les recherches histologiqucs ont mis fin à ces incertitudes explicatives en permettant une théorie nouvelle très claire et très rationnelle du sommeil.
Voici, toujours d'après le Dr Pupin, cette théorie hisiologique qui repose sur les connaissances anatomiques et physiologiques récentes relatives aux neurones.
On sait qu'on entend par neurone la cellule nerveuse pourvue de son nucléus, de ses prolongements protoplasmiques, de son prolongement cylindraxile arborisé.
Ces prolongements ramifiés ne s'anastomosent pas avec ceux des cellules voisines, comme on croyait autrefois; les rapports se font non pas par continuité, maispar contiguïté.
Chaque neurone constitue une « individualité anatomique, physiologique et histogénique, un tout isolé et indépendant ». Le système nerveux, dans son ensemble, n'est qu'un « agrégat de neurones sans soudure entre eux ».
Or, dans l'état de veille, l'activité fonctionnelle du cerveau serait caractérisée par la mobilité et V allongement des prolongements ramifiés « des tentacules», des neurones qui se mettent ainsi en contact de cellule à cellule.
Dans le sommeil, au contraire, il y a rétraction et immobilité de ces « tentacules », qui s'isolent ainsi, arrêtant ou ralentissant le courant nerveux.
Aucun doute n'est donc possible, physiologiquement,
si cctle théorie est vraie : le sommeil est essentiellement le repos des centres nerveux. Toutefois, l'existence de ces mouvements amiboïdes n'est pas admise par tous les histologistes. Un certain nombre pensent que les neurones sont toujours immobiles et que la transmission nerveuse se fait par une sorte de véritable décharge.
Mais, clans cette hypothèse encore, le sommeil n'est concevable que comme le repos des centres nerveux.
Passons maintenant à Yexplication psychologique du sommeil. On la fait généralement consister tout simplement dans cette notion de repos du système nerveux.
« Le sommeil, dit Mathias Duval, est la cessation réparatrice, totale ou partielle, des fonctions de relation. »
Pour Broussais, le sommeil n'est que la cessation des fonctions intellectuelles ou afiectives.
Pour Preyer, il consiste dans la disparition périodique de l'activité cérébrale supérieure.
La plupart des physiologistes professent une opinion semblable. Cependant, la question est loin d'être aussi simple :
S'il" ne s'agissait, dans le sommeil, que d'une obnubilation passagère de l'intelligence, l'explication naturellement tiendrait tout entière dans le fait d'une diminution d'activité psychique par diminution d'activité fonctionnelle du cerveau .
Mais, précisément, el c'est là que réside In difficulté, la diminution de l'activité psychique n'est pas le phénomène essentiel, ni même nécessaire du sommeil.
28 LES FAITS OIîSCURS DE LA PSYCHOLOGIE
Le repos du cerveau est surtout caractérisé/;^/* l'obnubilation de la volonté consciente normale, obnubilation qui n'empêche pas les autres modes d'activité psychique de persister ou même de s'accroître, malgré le sommeil.
Sans parler de l'intensité émotive de certains rêves gais ou tristes, il suffit de se reporter aux manifestations si importantes du travail subconscient pour conclure que le sommeil n'a pas son explication psychologique suffisante dans une diminution de l'activité fonctionnelle du cerveau.
Et cependant la physiologie démontre que le sommeil n'est que le repos des centres nerveux.
Nous sommes donc en présence d'une contradiction partielle que j'essayerai de faire disparaître, dans l'interprétation finale que je donnerai delà subconscience et de tous les faits obscurs de la psychologie.
Sommaire : I. Les névroses et l'hystérie. — La folie essentielle. — Impuissance de l'anatomie et de la physiologie à les expliquer.
II. Les manifestations de personnalités multiples. Explications principales qui en ont été données. — Leur interprétation par l'hypothèse d'une subconscience supérieure.
III. L'hypnotisme et ses manifestations principales. — Ses explications classiques. — Suggestion ou névrose. — Illogisme des explications classiques d'ensemble et de détail. — Nécessité d'une hypothèse nouvelle : l'extériorisation.
IV. L'extériorisation de la sensibilité. — Les fantômes des vivants.
V. Action sensorielle à distance ou télesthésie. — Lucidité. — La lucidité conçue comme faculté de la subconscience supérieure.
VI. Extériorisation de la motricité et raps. — État du sujet pendant la production des phénomènes. — Sommeil spécial ou transe. — Direction intelligente des phénomènes. — Ex-
I. Dans la ire édition de VÊtre subconscient, j'avais cru devoir donner des exemples de chacun des phénomènes envisagés. Ces exemples avaient l'avantage de rendre plus attrayante la lecture du texte, mais le grave inconvénient de détourner impérieusement L'attention du raisonnement. La connaissance des phénomènes psychiques est maintenant tellement vulgarisée qu'à peu prés seuls les ignorent ceux qui, suivant l'expression du l'1" FI onrnoy, se bouchent volontairement les yeux. J'ai donc cru pouvoir, sans inconvénient, supprimer ces exemples et tout sacrifier à. la partie explicative, seul but de mon travail.
plication de la motricité à distance par l'extériorisation et la subconscience supérieure.
VIT. Action à distance d'une faculté organisatrice et désorganisatrice ou téléplastie. — .Matérialisations et dématérialisations. — Explication par l'extériorisation et la subconscience supérieure.
VIII. Actions de pensée à pensée. — Lecture de pensée, suggestion mentale, télépathie. — • Importance de l'hypothèse explicative extériorisation. — Importance de l'hypothèse explicative subconscience supérieure.
IX. Le médiumnisme. — Phénomènes physiques. — Phénomènes intellectuels. — Personnalités médiumniques. — Caractères principaux de ces personnalités. — Autonomie et indépendance apparente du sujet. — Différences avec la personnalité normale du sujet. — Prétention des personnalités médiumniques d'être les a esprits » des morts. — Explication du médiumnisme. — Tout peut à la rigueur s'expliquer par l'extériorisation et la subconscience supérieure.
X. Résumé des constatations relatives aux deux hypothèses nouvelles : extériorisation et subconscience supérieure. — Nécessité de rechercher leur essence intime.
T. — Les névroses.
Il me parait nécessaire de commencer l'étude de la psychologie anormale par un examen rapide des névroses dans leurs rapports avec la physiologie.
On sait, en effet, que les névroses en général et l'hystérie en particulier constituent, aux yeux de savants éminents, la cause déterminante et l'explication suffisante des manifestations psychiques anormales.
Il est donc indispensable, au point de vue explicatif, de savoir ce que sont exactement les névroses et l'hystérie.
Ce qu'elles sont, on l'ignore totalement.
Le mot névrose est un véritable contresens pour la
physiologie classique, en tant qu'il désigne une affection ne relevant que de troubles fonctionnels sans lésion organique.
Si les théories matérialistes sont vraies, un trouble fonctionnel quelconque est forcément inséparable d'une lésion organique, si faible soit-elle, et quelle qu'elle soit.
Une machine intacte, placée dans les conditions voulues de fonctionnement, doit fonctionner normalement.
Une machine qui, placée dans les conditions voulues de fonctionnement, ne fonctionne pas ou fonctionne mal, est une machine défectueuse ou lésée dans un ou plusieurs de ses rouages.
A ce raisonnement, la physiologie n'a qu'une réponse logique : c'est qu'en effet il ne peut être question d'affections indépendantes de toute lésion organique, et que le mot de névrose désigne simplement les maladies dont on n'a pu trouver encore la lésion causale.
Déjà, dit-on, les progrès del'anatomie pathologique onl permis de restreindre beaucoup le cadre des névroses: la paralysie générale, par exemple, en a été distraite; bien d'autres affections telles que la paralysie agitante \ la chorée, l'épilepsie, etc., relèvenl certainement d'une cause organique qu'on trouvera tôt ou lard.
Le raisonnement est fort juste pour toutes les ma-
I. Le I,r Teissier a découvert des lésions spéciales à celle maladie.
ladies à symptômes fixes et réguliers : il ne l'est plus pour la névrose typique, Yhystétie, la seule intéressante au point de vue qui nous occupe.
L'hystérie présente une symptomatologie complexe ne rappelant en rien la caractéristique générale des affections organiques.
Une maladie organique se manifeste par des troubles morbides d'un caractère relativement fixe et constant, suivant une marche spéciale déterminée dans les grandes lignes, dépendant nettement, dans leur origine, leurs manifestations, leur disparition, de la lésion causale.
La névropathie hystérique est toute différente: ses symptômes sont essentiellement mobiles, inconstants; apparaissant, disparaissant, variant sans cause ou sous l'influence de causes multiples. Anesthésies, hyperesthésies, contractures, paralysies se succèdent, passent d'une région à une autre région, échappent à toute prévision d'étendue ou de durée. 11 ont si peu de fixité qu'on peut parfois opérer leur transfert d'un membre à un autre membre et même d'un sujet à un autre sujet (parla suggestion, les aimants, les contacts de métaux, etc.).
Les symptômes multiples peuvent troubler isolément ou simultanément toutes les fonctions nerveuses, motricité, sensibilité, intelligence, nutrition, etc. Ils relèvent indifféremment de l'excitation, de la dépression ou de la perversion dans les manifestations fonctionnelles.
Tout, dans la symptomatologie de l'hystérie, est contraire a rhypothèse d'une lésion organique fixe et
spécifique. L'hystérie est encore totalement inexpliquée '.
La Folie essentielle, c'est-à-dire ne relevant, comme l'hystérie, d'aucune lésion anatomique fixe et spécifique, n'est pas une moindre énigme pour la science classique. Aucune des prc+^ndues explications qu'on en a fournies n'a apporté de lumière sur la nature réelle de cette terrible affection.
II. — Les manifestations de personnalités doubles ou multiples chez le même individu 2 (en dehors des états hypnotiques et médiumiques).
Bien que ces curieuses manifestations de psychologie anormale aient été recueillies en grand nombre depuis la publication du Dr Azam, sur Félida, il est fort difficile d'en faire une étude générale.
C'est que les cas connus et cites partout sont en général très mal observés et tiès imparfaitement décrits. Les indications données manquent de précision et ne portent que sur les grandes lignes.
L'observation du Dr Azam elle-même, bien que peut-être la plus consciencieuse, n'offre pas de symptomatologie méthodique. On y trouve un véritable luxe
i. On a fourni récemment quelques explications qui se réduisent à de simples constatations et ne résolvent pas la difficulté. Je les disenterai lors de l'interprétation générale que je proposerai plus loin.