‹ L'étrurie et les étrusques [microform]: souvenirs de voyageChapitre 2 sur 6 · AREZZO · texte numérisé non relu

AREZZO

Quand on sort de Florence par le chemin de fer d'Arezzo qui bientôt ira jusqu'à Rome, on jouit au départ d'un magnifique spectacle. La voie ferrée tourne autour des vieilles murailles de l'antique république, celles que Dante vit construire, et tous les grands monuments de la cité se déroulent à la fois, aux yeux du voyageur, dans un splendide panorama. La gigantesque coupole de Brunelleschi, qui n'a d'égale que celle de Saint-Pierre de Rome, la tour élancée du Palais-Vieux, le campanile élégant de Giotlo, sans rival au monde, se découvrent tout à coup aux regards. Sur la hauteur qui domine la ville au midi, se profilent les murs crénelés de l'ancienne église de San-Miniato, que Michel-Ange appelait la belle villageoise, la bella viUanella. Aux flancs du coteau croissent par bouquets touffus les oliviers, les pins et les cyprès. On voudrait contempler longtemps ce paysage unique, mais la vapeur impitoyable vous entraîne, la ville ne tarde pas à disparaître, et la double ligne des

rails va remontant le cours de l'Arno. De vertes campagnes, de

gracieuses villas, se déroulent sur des terrains en pente, car la vallée se resserre de plus en plus. L'olivier, la vigne mariée à Tormeau, le chanvre, le maïs et le blé, sont cultivés de préférence. Le fleuve, la voie ferrée et la route de terre marchent de compagnie. Autrefois, c'était par là que passait la voie Cassienne;

c'est ce chemin que suivit Annibal descendu en Italie et menaçant

Rome.

A Pontassieve on jouit d'une belle échappée sur les Apennins qui se dessinent à l'horizon. A Incisa, on voit le cours de l'Arno tailler ^ les bancs calcaires du pays, comme s'ils avaient jadis opposé une infranchissable barrière à la marche du fleuve. Bientôt on arrive à Figline. C'est ici que commence ce terrain du Val-d'Arno,

Où l'on a trouvé et où Ton trouve encore en si grande abondance les

ossements fossiles de gigantesques mammifères : éléphants, rhinocéros, mastodontes, hippopotames, dont quelques naïfs antiquaires ont pris longtemps les os pour ceux des éléphants d' Annibal.

De Figline on passe à San-Giovanni qui a vu naître deux vieux peintres, célèbres surtout comme peintres de fresques, Giovanni-da- San-Giovanni et Masaccio; enfin on arrive à Monte-Varchi.

C'est cette route intéressante que je parcourais moi-même dans les premiers jours du mois d'août 1865.

Le chemin de fer n'étant point encore terminé jusqu'à Arezzo,

la diligence nous attendait à Monte-Varchi. L'impressario de ce service naguère florissant, aujourd'hui déchu, était venu modestement, au départ de Florence, m'offrir un billet pour sa voiture. Cette précaution prise à Tavance me donnait droit aux premières places ; mais quelles places, (]uel véhicule, et surtout quels pauvres chevaux ! Je m'assis tant bien que mal dans un coin du coupé, tandis qu'un voyageur mon voisin, prudent comme tous les Toscans, refusait de payer sa place avant l'arrivée. Il fallut le contraindre par ibrce à dénouer les cordons de sa bourse; il se vengea de ce qu'il

appelait l'arbitraire du conducteur, en appliquant au véhicule le nom original de casserole, que jusiiCm bientôt le bruit métallique de

la voilure en mouvement. Tous les ressorts étaient défaits, tous les joints béants.

Le pauvre attelage, par le bruit particulier qui s'échappait de ses flancs amaigris, témoignait d'un jeûne continu, et ajoutait à la sonorité du véhicule ; mais tant est grande la force de l'habitude, que nous n'en parcourûmes pas moins assez lestement, j'entends en trois heures et demie, les trente-deux kilomètres qui séparent Monte-Varchi d'Arozzo.

t. De !à le nom d' Incisa donné à li localité.

A gauche court la ligne sévère des Apennins, au pied desquels s'étendent de riantes campagnes. La route traverse des landes semées de taillis. Avant d'arriver à Arezzo, elle recoupe une plaine plantureuse, il pian d'Arezzo, à l'extrémité de laquelle, sur une hauteur, se dresse l'ancienne ville, tandis que la ville moderne descend jusque dans la plaine.

Mon premier soin, en arrivant, fut de m'inquiéter d'un guide et d'un hôtel. Comme hôtel on m'indiqua le TamburrOy antique auberge qui dut abriter sous son toit Michel-Ange et Vasari ; car elle date de plus de trois siècles. Elle est restée pendant tout ce temps entre les mains de la même famille. Aux murs enfumés de la cuisine sont toujours suspendues de vieilles assiettes émaillées de Faenza, dévoilant le degré de perfection qu'avait atteint l'art céramique au seizième siècle, ce siècle qui vit briller à la fois tous les arts, le cinquecento, comme l'appellent les Italiens.

Dans la cage de l'escalier est un vieux tableau de madone, peint à la byzantine, protégé par un verre, et devant lequel , depuis plus de trois cents ans, une lampe n'a cessé de brûler jour et nuit.

Resté fidèle à cette religieuse habitude, le Tamburro avait rompu avec la coutume de donner aux étrangers le vivre et le couvert, c'est-à-dire bon souper en même temps que bon gîte, et quand je me présentai pour me mettre à table, on me montra poliment le restaurant du coin. J'essayai, mais en vain, de faire entendre raison au vieil Ilarione, ^uiourd'hui padrone de cette illustre locanda, qu'il a reçue en héritage de son oncle, lequel la tenait de ses aïeux! Force fut de me soumettre à cet étrange usage, d'aller dîner dans

un hôtel pendant que je coucherais dans un autre, et je priai qu'on

fit appeler Filippo Palmi, le cicérone obligé de tous les voyageurs

qui viennent visiter Arezzo. Là-dessus Ilarione s'empressa de me

donner entière satisfaction. Quant à ma première demande, il m'objecta que sa fortune était faite, que lui et sa femme étaient vieux, sans enfants, et que depuis quelques années ils avaient réfléchi qu'il était parfaitement inutile de servir à manger aux forestieri; passe pour le coucher qui ne donne presqu'aucun embarras.

Filippo Palmi fut aussitôt arrivé que mandé. C'est un homme

déjà vieux, à la barbe et aux cheveux tout blancs, petit de taille,

de bonne tenue, réservé, ne causant que lorsqu'on l'interroge contrairement à l'habitude de tous les guides italiens.

En compagnie de ce cicérone modèle, qui ne se souvenait pas sans un certain orgueil, d'avoir montré cinq ans auparavant à M. Layard lui-même les curiosités d'Arezzo, je parcourus l'intéressante ville. Ce qui reste de son passé primitif est bien peu de chose, et c'est à près de cinq kilomètres de la position actuelle d'Arezzo qu'il faut aller chercher des ruines de murs cyclopéens et de constructions antiques, oîi de modernes archéologues ont cru retrouver TArretium des Romains et des Étrusques. Cette ville fut une des douze lucumonies ou capitales de l'Étrurie du cen tre; sous l'époque romaine, elle resta longtemps célèbre par sa fabrique de vases en terre rouge légère , que Pline-le-Naturaliste comparait à ceux si renommés de Samos ; elle fournit à Scipion-r Africain des armes de bronze, des

bois de construction, du blé, pour son expédition contre Carthage ;

et aujourd'hui on discute sur son emplacement, tant il reste peu de

traces d'un passé si glorieux ! Il est permis cependant de supposer que la situation actuelle d'Arezzo correspond à l'Arretium des Romains, et que celui-ci occupait la place de la ville étrusque. La

position élevée du vieil Arezzo, qui forme aujourd'hui la ville haute, autorise cette supposition, car les Étrusques ont généralement bâti leurs villes sur des éminences, témoins Volterra, Populonia, Fiesole,

Chiusi, Cortone, etc. Nous savons en outre que le consul Flaminius,

campé dans Arezzo comme dans un poste d'observation, y attendait

le passage d'Annibal, et que le rusé Carthaginois l'évita en prenant la vallée de la Chiana. La position moderne d'Arezzo répond bien à ce mouvement stratégique.

Il ne reste plus rien en place de la ville étrusque d'Arretium, et fort peu de chose de la ville romaine. De cette dernière on retrouve à peine les vestiges d'un amphithéâtre dans un jardin près de la ville. En passant sous un vomitoire, j'ai reconnu l'ouvrage réticulé, en losanges, qu'affectionnaient les maçons de

Rome. Sur une partie des fondations s'est assis un vieux couvent

qui, dans sa façade, a respecté la courbe elliptique du cirque. Quant aux restes étrusques, c'est au musée d'Arezzo qu'il faut aller les. étudier. Il y a là une série de bronzes fort remarquables : statuettes, lampes, trépieds, miroirs, ustensiles et appareils de tous genres, déterrés dans les environs de la ville; mais les plus beaux de ces bronzes, la Chimère y V Orateur ou le lucumon Métellus , la Minerve, ont été transportés au musée de

Florence. Ce sont peut-être les trois plus remarquables bronzes

que nous ait légués rÉtrurie, et la Grèce et Rome n'en ont guère produits qui vaillent mieux.

Après les bronzes du musée d'Arezzo, il faut citer les urnes sépulcrales où l'on enfermait les os incinérés des morts. Elles sont

en albâtre ou en terre cuite, de forme rectangulaire, avec basreliefs sur le devant. Le couvercle est surmonté du portrait du défunt couché ou appuyé sur des coussins. Souvent les bas-reliefs et le portrait sont rehaussés par des couleurs. Le couronnement de

l'urne porte en étrusque le titre et les noms du défunt. Les lettres, gravées à la pointe ou dessinées au pinceau, rappellent celles du grec archaïque ou de l'alphabet pélasge. Gomme dans les langues

orientales, elles vont de droite à gauche, et généralement les

voyelles, surtout les brèves, sont supprimées. Parmi les défunts,

on reconnaît quelques lars ou lucumons qui, dans cette société

théocratique, basée sur une aristocratie toute sacerdotale, remplissaient à la fois les fonctions politiques et religieuses, comme encore aujourd'hui les prêtres et les prélats à Rome.

L'art céramique occupe une large place au musée des antiques d'Arezzo. Il y est représenté soit par ces vases légers en terre rouge, décorés sur leur pourtour d'ornements en relief, et qui

rendirent Arezzo si célèbre dans l'antiquité, soit par des objets

plus modestes, tels que des lampes funéraires et des tuiles pour

toitures, portant les noms du fabricant. La forme de ces tuiles, large, trapézoïdale, s'est conservée en Toscane, et le nom latin est toujours reconnaissablc sous la dénomination actuelle d'emhrici. Chez les paysans on retrouve aussi la forme des lampes étrusques à deux ou trois becs, qui s'est perpétuée jusqu'aujourd'hui sans aucun changement.

Dans l'exposition céramique il faut ranger les urnes sépulcrales

enterre cuite, des vases noirs lustrés, que les Toscans nomment

creta liera, rappelant ceux de couleur rouge, mais moins beaux, et enfin ces vases peints que partout ont laissés les Étrusques, et qui, gracieux de formes, légers de poids, représentent sur leur pourtour, en rouge sur un fond noir, ou vice verso, des sujets surtout mythologiques, souvent traités avec le plus grand art. L'un des vases du musée d'Arezzo oîi est figuré le combat d'Hercule et des Amazones, peut être cité parmi l'un des plus beaux vases étrusques connus.

S'il ne reste plus rien debout dos premiers monuments d'Arre-

lium, Fart chrétien y a laissé quelques édifices curieux, entr'autres Téglise de la Pieve qu on appelle aussi la Concathcdrale, pour marquer qu'elle partage avec la cathédrale l'honneur d'être l'église primatiale du pays.

La façade en est romane, à trois étages de colonnettes et fort

originale, car aucune des colonnes, ronde, polygonale, torse, pliée,

unie, cannelée, à tambour, ne ressemble à sa voisine. L'église occupe remplacement d'un ancien temple de Bacchus; elle date du neuvième siècle ; elle a été réparée et achevée au treizième siècle

par le fameux architecte arétin, Marchione.

La cathédrale est citée pour ses beaux vitraux gothiques, dus à l'un des plus fameux verriers du moyen âge, frère Guillaume de Marseille, qui les peignit en 1350. On y admire aussi le magnifique tombeau en marbre de l'évêque Guido Tarlatti, plus guerrier que

prêtre, comme plus tard Jules II, et qui, chef du parti gibelin d'A-

rezzo, excommunié par le pape, soumit à la république arétine,

entre les années 1321 et 1327, époque de sa mort, toutes les cités environnantes. Les bas-reliefs qui ornent son tombeau sont de maîtres Agostino et Agnolo de Sienne, frères par le sang et le talent, élèves de Nicolas de Pise. Leur travail, terminé en 1330, se compose de seize sujets tirés de la vie aventureuse du singulier évêque. Entre les bas-reliefs sont des figures d'évêques et de prélats, et le tombeau est surmonté de la statue du défunt couchée. En tout, les

artistes ont été dignes de leur maître, et cette œuvre est assurément l'une des plus étonnantes du précoce réveil de l'art en

Italie.

Le moyen âge n'a pas seul embelli Arezzo ; la Renaissance y a laissé aussi des traces de son passage. Parmi les édifices de cette époque, on ne peut passer sous silence les Loges de Vasari, une série d'arcades supportant l'hôpital, et qu'on regarde comme le chef-d'œuvre en architecture de l'artiste qui a fait les Offices de Florence.

Ce n'est pas seulement pour ses édifices, c'est aussi pour tous les grands hommes qu'elle a vus naître qu'Arezzo mérite d'être mentionnée. « Parlano in Arezzo anche i sassi, les pierres même parlent dans Arezzo, » me disait mon guide Filippo Palmi, en m'accompagnant à travers la ville. Çà et là, sur les façades des maisons où naquirent et habitèrent d'illustres Arétins, des plaques de marbre portent gravées d'élogieuses inscriptions. Aucune ville ne s'est mon-

Irèe plus jalouse de ses glorieux enfants. Depuis Mécène qui fut citoyen d'Arezzo, Mécène issu deslucumonstyrrhéniens,r/^rtr/s regibus, jusqu'à rhydraulicien et homme d'Etat Fossombroni, et au peintre Benvenuti, tous deux morts à notre époque, Arezzo compte une longue série de célébrités de tous genres qu'eUe se plaît à rappeler. Écoutez : C'est le frère Guido, inventeur des notes musicales et

rénovateur du chant sacré ; le poète Guittone, l'auteur du premier sonnet; Mftrgaritone, le rival deGiotto; Spinello, le fameux peintre de fresques, émule d'Orcagna; Pétrarque, dont il suffit de citer le nom ; Léonardo Bruni, l'historien ; puis l'architecte et peintre Vasari ; Pierre Arétin. le satirique licencieux ; Andréa Cesalpino, médecin et botaniste, qui précéda Harvey dans la découverte de la circulation du sang, et Linné dans celle du sexe des plantes;

enfin le poète et philosophe-naturaliste Redi, et de nos jours, ainsi que je l'ai dit, Fossombroni, hydraulicien, économiste et homme

politique, et Benvenuti, le plus justement renommé des peintres de l'école toscane moderne.

En tête de tous ces noms célèbres, il faudrait peut-être mettre celui de Michel-Ange, né à Caprese, dans les environs d'Arezzo. L'historien Villani recherchant la raison de ce grand nombre, déjà signalé de son temps, d'iUustres Arétins, l'attribue à l'influence de l'air subtil et léger du pays, et c'est ici le cas d'appliquer le dicton : Se non è vero, è ben trovato. Michel-Ange fait lui-même allusion à

cette explication de Villani dans une de ses lettres à Vasari, quand il lui dit d'une façon ironique : « Si j'ai quelque chose de bon dans l'esprit, cela est venu de ce que je suis né au milieu de cet air subtil de votre pays d'Arezzo : Se io ho nulla di buono neWingegno, egli è venuto dal nascere nella sottilità delTaria del vostro paese d'Arezzo, » Les Arétins, fiers de leurs grands hommes si nombreux, ont pris

plaisir d'en accroître encore la liste. Plus d'une fois, à travers les rues, Filippo Palmi attira mon attention sur des noms absolument inconnus en dehors d'Arezzo. Je voudrais rappeler quelques-unes des inscriptions qu'on leur a consacrées, pour montrer jusqu'où peut atteindre le style lapidaire dithyrambique.

Ici l'on nous apprend que naquit et habita le marquis Alexandre del Borro, la terreur des Turcs ; là, Antonio Roselli, monarcha sapientiœ-y ailleurs, que Melpomènc éleva Vincomparable Thomas Sgricci, et au-dessous on ajoute ce vers de l'Arioste :

"rk '™

Ratura il fece^ e poi ruppe la stampa. Là nature le fit, et puis brisa le moule.

Ilarione, mon hôtelier, était fier de tant d'illustres compatriotes. Il se plaisait à me^citer les inscriptions se rapportant à toutes les célébrités d'Arezzo, où l'on comptait, me disait-il, presqu'un grand homme par maison. Il rappelait aussi avec orgueil le puits

de la via delV Orto, célèbre par une Nouvelle de Boccace, celle où la belle Ghitta dupe si bien son jaloux mari, Tofano. Quand il avait épuisé ces thèmes favoris, Ilarione racontait Thistoire d'Aîinibale

il Cartaginesej qui défit au bord du lac Trasimène, non loin d'Arezzo, un certain console dont on avait oublié le nom. Et comme je feignais de manifester quelques doutes sur cette fameuse bataille : a Je ne vous dirai pas Tépoque, reprenait mon interlocuteur, mais allez à Trasimène, et les paysans vous montreront un lieu qu'on

nomme Ossaja, tant on y a trouvé d'ossements, et un ruisseau qui

a gardé le nom d'il Sanguinetto^ parce qu'il roulait du sang au lieu

d'eau, \)erchè invece d'aqua correva sangue. »

En entendant parler cet homme avec cette conviction si vive, je me prenais à réfléchir à la persistance des traditions historiques. Depuis deux mille ans qu'a eu lieu la grande bataille, le nom du vainqueur Annibal le Carthaginois, est resté populaire dans le pays ; tous les paysans vous le répètent, d'Arezzo à Pérouse et de Pérouse à Chiusi; quant au vaincu, on n'a jamais su comment il se

nommait, vœ vidis! Tout ce qu'on en a retenu c'est que c'était un

certain consul*.

Filippo Palmi connaissait comme Ilarione les hauts faits du grand Carthaginois, mais il lui préférait ses chers Étrusques et surtout sa bonne ville d'Arezzo. Je lui demandais s'il n'avait pas chez lui quelques objets d*art à me montrer ou à me vendre. Il me

1 . Dans le midi de la France, à Fourrières, sur la limite entre le département des Bouches-.du-Rhône et celui du Var, j'ai également recueilli la tradition, chez les paysans, d'une bataille non moins célèbre, celle gagnée par Marius contre les Cimbres et les

Teutons. C^M fois on a retenu le nom du consul parce qu'il a été vainqueur. Quant au roi vainCT^ Teutobochus ou tout autre, le peuple n'a pas daigné s'en souvenir. Lo

nom de Pourrières, le lieu môme où se livra la bataille gagnée par Marius, vient

de Campi putridi, tant fut grand le nombre des cadavres amoncelés en cet endroit ;

la montagne au pied de laquelle on se battit porte toujours le nom de Mont de la Vic^ toirç.

dit qu'on ne trouvait plus rien, et que les Anglais qui voulaient à tout prix acquérir quelque chose, en étaient réduits à emporter des fresques ou des bas-reliefs. Pour lui, il n'avait plus qu un petit vase en verre émaillé de Venise, et une bague sacerdotale du moyen âge, dont la pierre factice représentait la madone assise, avec une inscription du plus pur gothique. Il m'offrit à des prix très-raisonnables ces deux objets qui eussent tenté un collectionneur, et comme j'hésitais : « Vous devriez prendre la bague, me dit l'honnête et naïf cicérone, elle peut servir de baromètre : quand le

temps change, on voit changer tout à coup la couleur de l'or et celle de l'émail du chaton. »

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